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Protection des espèces aquatiques - Québec doit se mouiller

Pêche<br />
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir
Pêche
La semaine dernière, quand mon fils et moi avons lancé nos premières mouches dans la rivière Malbaie, la température de l'eau, laquelle provient pourtant du parc des Hautes-Gorges, atteignait déjà les 22 °C. La canicule qui sévissait dans la région de Montréal avait même gagné celle de Charlevoix, malgré l'altitude et les montagnes. Quand nous avons quitté la rivière, après deux jours de pêche, Armand, notre accompagnateur, a relevé un inquiétant 26 °C au pied du barrage!

Inutile de dire qu'avec des températures pareilles, les saumons avaient déserté toutes les sections d'eaux vives, moins profondes, pour se réfugier par dizaines dans le sanctuaire et les rares fosses situées près du barrage qui alimente en eau l'usine d'AbitibiBowater. Et tous nos efforts pour les séduire se sont avérés vains. Les saumons semblaient littéralement en mode de survie, ce que confirmait le biologiste Pierre Dumont, selon qui les salmonidés peuvent difficilement vivre à plus de 28 °C.

Mais heureusement, juste en aval du barrage, les gestionnaires de cette rivière à saumon ont réussi à faire creuser une fosse supplémentaire l'hiver dernier, dont l'histoire est instructive à plusieurs égards.

D'abord parce que l'organisme à but non lucratifs qui gère la rivière n'a pas les moyens de se payer des travaux de cette envergure. Mais en régions, les solidarités sont telles qu'un entrepreneur local a accepté de faire le travail gratuitement. Les problèmes ont commencé au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Faune (MDDEP), où on a exigé une étude d'impacts en règle, ce que les bénévoles et l'organisme de gestion n'avaient évidemment pas les moyens de se payer.

Après bien des débats, le ministère a cédé et a autorisé le creusage d'une des deux fosses proposées, que les saumons ont immédiatement adoptée et qui leur a fourni un refuge de plus durant la canicule récente. Cet abri deviendra beaucoup plus essentiel dans les années à venir avec les hausses moyennes de la température provoquées par le réchauffement du climat.

Fallait-il construire une seule, ou les deux fosses proposées par les gestionnaires de la rivière? Une étude d'impacts aurait permis de répondre avec rigueur à la question.

Cette question en soulève une autre: qui doit payer pour qu'on aide les espèces aquatiques à survivre, qui sont une propriété, un capital et un patrimoine collectifs? Il n'est pas équitable qu'on refile comme on le fait en ce moment la facture aux bénévoles locaux ou à une municipalité soucieuse de sa faune quand une espèce, considérée comme vulnérable en plus, a besoin d'aménagements supplémentaires pour se développer, voire simplement survivre. En réalité, c'est le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs qui devrait réaliser les études d'impacts visant à améliorer l'état de la faune quand de tels projets sont déposés. Il serait normal que le Fonds vert, doté de plus de 300 millions, absorbe en priorité absolue les dépenses exigées pour le maintien de la biodiversité, qui sera la première menacée par les changements climatiques, et d'autant plus vulnérable qu'elle est muette... Ce serait certainement plus urgent que de financer à coups de millions des bâtiments dits écologiques au centre de Montréal ou des campagnes de sensibilisation dont on se demande quels seront les gains réels.

La Loi sur la qualité de l'environnement exige une analyse des impacts de tous les projets dans les cours d'eau. Certains gestionnaires de la faune préféreraient, à tort, qu'on coupe court à cette exigence quand il s'agit d'améliorer le sort des espèces fauniques. C'est visiblement un mauvais calcul, car de bons projets en apparence peuvent parfois avoir des effets pervers. Cela s'est déjà vérifié même dans des projets de Canards illimités, un organisme qui connaît la manière d'aménager encore plus que certains ministères. La solution, c'est plutôt de financer la réalisation de ces études d'impacts réalisées par les biologistes et les spécialistes gouvernementaux, ceux de la faune ou de l'environnement, mais avec des fonds publics puisqu'il s'agit de notre patrimoine à tous, une responsabilité que Québec semble vouloir éluder depuis des décennies.

Or il y a des précédents, mais ils sont trop peu nombreux. Québec, par exemple, vient de refaire à ses frais le barrage et la passe migratoire à saumons de la rivière Trinité, sur la Côte-Nord. C'est aussi Québec qui a payé, il y a plusieurs années, pour construire la magistrale passe migratoire qui permet aux saumons de la rivière Madeleine en Gaspésie de franchir une chute d'une hauteur de plus de 30 mètres, si mon souvenir est exact. Cette passe permet à la ZEC de gérer un stock de saumons particulièrement intéressant, qui peut ainsi remonter jusqu'aux contreforts des plus hautes montagnes du parc de la Gaspésie.

Sans ces travaux que Québec a réalisés, cette rivière n'afficherait pas sa vitalité faunique actuelle, ce qui en fait, à mon avis, une des plus belles et, heureusement ou malheureusement selon le point de vue, une des plus méconnues de cette région. Pour ma part, sa découverte l'été dernier en compagnie de ses gestionnaires a été mon coup de coeur faunique de l'été. Par contre, si vous voulez découvrir cette merveille, il faut compter sur un solide véhicule pour accéder aux «pools» magnifiques de l'amont.

Mais sur la Madeleine, les bénévoles gèrent la quasi-totalité du cours d'eau, hormis une section en aval qui abrite une pourvoirie privée. C'est ce type de gestion intégrée, appuyée sur une réglementation étatique, qu'il faudrait instituer d'urgence pour la rivière Malbaie. Pour l'instant, seule la partie aval est gérée et surveillée par un organisme. L'an dernier, dans un restaurant de la place, j'ai assisté à une discussion animée à une table voisine où quatre jeunes discutaient de méthodes toutes aussi illégales pour capturer les saumons à la cuillère, une fois qu'on les a remontés en haut du barrage, là où la corporation n'a aucun pouvoir d'intervention.

La création d'une ZEC à saumons sur ce cours d'eau, pour gérer ce cheptel d'une façon intégrée — de l'embouchure jusqu'à l'intérieur du parc des Hautes-Gorges en passant par les ZECS actuelles de chasse et pêche — est une nécessité pour protéger à la fois cette ressource et son accès le plus démocratique possible au public. Il faudra se poser des questions si ce dossier traîne de façon indue.

***

Suggestion de lecture: Le Guide de vie et survie en forêt, par Jean-Marc Lord et André Pelletier, éditions Broquet, 432 pages. Voilà un guide qui aborde la vie en nature avec un regard moderne, renouvelé. On n'y propose que des méthodes et trucs éprouvés, des solutions adaptées aux équipements d'aujourd'hui. Un guide vivant et bien illustré pour tous les utilisateurs de la nature, du forestier jusqu'aux cueilleurs, en passant par les canoteurs, les chasseurs et les pêcheurs.

Bon été à tous!
 
 
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  • Marie-Michele Rousseau-Clair
    Abonné
    vendredi 16 juillet 2010 08h46
    Erreur....!
    Les problèmes ont commencé au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Faune (MDDEP)...

    Le P c'est pour Parcs :)

  • Daniel Pontbriand
    Inscrit
    vendredi 16 juillet 2010 16h46
    La chasse
    C'est tout un passe-temps s'amuser à tuer les animaux dans la nature. Quelque chose cloche dans la tête des chasseurs.

  • Fernand Trudel
    Abonné
    samedi 17 juillet 2010 13h18
    Le discours écolo ambivalent
    La chasse et la pêche était une industrie florissante jusqu'à ce que les écolos se mèlent là dedans.

    D'abord, il y a eu Brigitte Bardot secondée de Paul Watson de Greenpeace qui sont venus crier contre la chasse aux phoques du Groenland dont la population s'étend jusqu'à nos cotes. L'interdiction au nom du respect des animaux a permis aux phoques de tripler leur population qui se nourrit essentiellement de poisson. Les stocks de morue sont tellement décimés que la nourriture poissonière est de plus en plus rare dans nos assiettes et on commenca à interdit certaines espèces à la consommation humaine.

    Alors nos écolos, Desjardins en tête se sont tournés vers notre réserve forestière. Équiterre s'est associé aux américains qui ont fermé nos usines de sciage avec une surtaxe illégale de 35 % pour venir normer le secteur forestier. Maintenant nos écolos alarmistes s'intéressent à la faune aquatique de nos lacs. De grâce, éliminons ce fléau d'apprentis-sorciers qui se donnent bonne conscience en inondant les gens ordinaires de leur lithanies environnemenales dogmatiques et irréalistes. On est assez normé sans l'apport de cette faune d'hurluberlus verts.

    Ça fait longtemps ce sont les pêcheurs avec le prix de leur permis qui permet auministère d'avoir des revenus suffisants pour ensemencer nos lacs et en surveiller les abus des chasseurs comme des pêcheurs limités à un quota. Quand les écolos auront chassé des bois les nemrods qui pratiquent leur hobby préféré en payant pour des accès aux réserves fauniques contrôlées par l'État, aux pourvoiries privées et aux ZEC publiques administrées par des ONG sensibles à la préservation de la faune, on pourra se demander qui va payer pour ça.

    Le discours des écolos est ambivalent et on n'a pas besoin d'eux pour nous abrutir davantage.

  • Dauphinais Linda
    Inscrite
    vendredi 23 juillet 2010 13h36
    ...
    M. Trudel,
    je crois que vous mêlez tout et que vous avez beaucoup de temps à perdre en vociférant n'importe quoi...

    Mais vous avez raison sur un fait... dans la dernière phrase de votre texte..."et on n'a pas besoin d'eux pour nous abrutir davantage."

  • J. Hardy
    Inscrit
    jeudi 19 août 2010 10h16
    La gestion à long terme
    Nos lacs et rivières ne sont pas gérés aussi efficacement que le cheptel d’orignaux, par exemple. La surveillance et une régulation flexible de la chasse de cet animal sont un succès sur toute la ligne. La population se porte bien du prélèvement effectué par les chasseurs.

    On ne peut pas en dire autant de nos lacs et rivières. Surpêche, pollution, faible surveillance… Cet article décrit bien le risque encouru.

    Je me suis toujours demandé pourquoi nous n’ensemencions pas les points de pression. D’un point de vue de pérennité et de tourisme, c’est la suite logique des choses. Si l’on fait pression sur une ressource naturelle, il faut la renouveler et l’entretenir. Lorsque c’est bien fait, celle-ci prospère.

    Je suis moi-même trappeur et je possède un large territoire. Nous nourrissons les animaux de grandes quantités de déchets de la chasse à l’original. Nous suivons étroitement la taille et la quantité des prises sur le territoire. Nous laissons des secteurs en repos plusieurs années. Nous consultons des biologistes et des experts du gouvernement. Bref, nous faisons la gestion de la ressource.

    Il y a des années de disette, comme l’an dernier, où beaucoup d’animaux meurent de faim. (Le lynx sur notre territoire en 2009) Les rares individus collectés étaient très maigres. Nous aurions aimé au moins récupérer la fourrure de ces animaux, pour qu’ils ne soient pas morts en vain.

    La mort est omniprésente en forêt. Qu’elle soit causée par l’homme ou pas, c’est la gestion que l’on fait de la ressource qui fait la différence.

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