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Réfection de Gentilly-2 - Pourquoi perpétuer l'erreur?

Jean-Yves Proulx - Trois-Rivières  17 juin 2010  Actualités sur l'environnement
La décision d’Hydro-Québec et du gouvernement d’investir deux milliards de dollars pour prolonger la vie de Gentilly-2 est-elle raisonnable, sachant, entre autres, que sa production représente à peine 3 % de l’énergie produite par Hydro-Québec et que le coût de production de cette énergie serait, selon Hydro, de 7,2 cents le kilowattheure, alors que le coût de production moyen d’Hydro-Québec est de 2,1 cents le kilowattheure?
Photo : Source Hydro-Québec
La décision d’Hydro-Québec et du gouvernement d’investir deux milliards de dollars pour prolonger la vie de Gentilly-2 est-elle raisonnable, sachant, entre autres, que sa production représente à peine 3 % de l’énergie produite par Hydro-Québec et que le coût de production de cette énergie serait, selon Hydro, de 7,2 cents le kilowattheure, alors que le coût de production moyen d’Hydro-Québec est de 2,1 cents le kilowattheure?
À RDI, le 8 juin 2010, à la question: «Un accident comme celui de BP dans le golfe du Mexique pourrait-il vous arriver?», le président de la pétrolière Total, Christophe de Margerie, nous rappelait que «le risque zéro n'existe pas».

Le 14 avril 1912, à bord du Titanic, on faisait la fête: ils étaient les premiers passagers d'un navire que ses concepteurs avaient qualifié d'indestructible. L'impensable s'est tout de même produit, on le sait: 1500 décès.

Dans la nuit du 3 décembre 1984, les habitants de Bhopal dormaient paisiblement dans la quiétude que leur garantissaient les ingénieurs d'Union Carbide. L'impensable s'est tout de même produit: 3000 décès la nuit même, 12 000 au total. Un territoire contaminé pour des décennies. Des souffrances pour plusieurs générations.

Les sept astronautes qui sont montés à bord de Challenger le 28 janvier 1986 avaient placé toute leur confiance dans l'une des équipes d'ingénieurs les plus respectées du monde: la NASA. 75 secondes plus tard, l'impensable s'est tout de même produit: sept décès, sept familles consternées...

Mai 2010, BP pompe des millions de dollars de pétrole dans le golfe du Mexique. La technologie est fiable et tout le monde est heureux, l'argent coule à flots. L'inimaginable s'est tout de même produit: catastrophe écologique pour la flore, la faune, les pêcheurs, les touristes...

En 1983, Boris Semenov était expert en sûreté nucléaire en URSS et directeur général adjoint de l'AIFA. Convaincu que les réacteurs de type RBMK étaient très sécuritaires, il s'exprimait ainsi: «Le fait qu'il existe plus de 1000 circuits primaires individuels augmente la sûreté du réacteur; un accident grave par perte de réfrigérant est pratiquement impossible.»

En 1985, Nikolaï Formin, le chef de la centrale de Tchernobyl, affirmait: «L'énorme réacteur est logé dans un silo en béton et est muni de dispositifs de protection de l'environnement. Même si l'incroyable devait se produire, les systèmes de contrôle et de sûreté arrêteraient le réacteur en quelques secondes. La centrale possède des systèmes de refroidissement de secours et beaucoup d'autres dispositifs de sécurité.»

Mais le 26 avril 1986, à Tchernobyl, ici aussi, l'impensable s'est tout de même produit. Selon l'UNESCO: «Ces radiations représentaient

100 fois celles émises par les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki cumulées. Il a fallu attendre des années avant que la population ne découvre qu'une région beaucoup plus vaste, s'étendant à 150 km de Tchernobyl, avait subi d'importantes retombées radioactives. Aujourd'hui, quatre millions de personnes vivent toujours dans des régions reconnues contaminées.»

Vingt ans plus tard, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, déclarait: «La catastrophe est loin d'avoir cessé. Elle continue à produire des effets dévastateurs non seulement sur la santé des populations, mais aussi sur tous les aspects de la vie sociale.»

Décision raisonnable?

La décision d'Hydro-Québec et du gouvernement d'investir deux milliards de dollars pour prolonger la vie de Gentilly-2 est-elle raisonnable? Quel est le poids des 28 années d'opération à G-2, sans pépins «reconnus», par rapport aux milliers d'années de menace que représentent les déchets nucléaires entreposés sur place?

Pour produire de l'électricité? La production de Gentilly-2 représente à peine 3 % de l'énergie produite par Hydro-Québec. Et qui plus est, le coût de production de l'énergie provenant de Gentilly-2 serait, selon Hydro, de 7,2 cents le kilowattheure, alors que le coût de production moyen d'Hydro-Québec est actuellement de 2,1 cents le kilowattheure.

Pour créer des emplois? Combien d'emplois propres pourrions-nous créer en investissant ces deux milliards de dollars en recherche et développement pour l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables tels l'éolien, le solaire, la géothermie, la biomasse ou... la voiture électrique?

De quel droit pouvons-nous hypothéquer ainsi le territoire québécois, notre vie et celle de nos descendants pour quelques milliers d'années? Au nom de quelle logique?

Si l'impensable survenait, on en parlerait encore pour des milliers d'années... «Le risque zéro n'existe pas.» Le jeu n'en vaut pas la chandelle.

***

Jean-Yves Proulx - Trois-Rivières

***

Ce texte est cosigné par Jacqueline Bellemare, Andrée Béland, Louisette Bourassa, Jacques Brodeur, Madeleine Châteauneuf, Robert Jacques, Roger Lalonde, Odette Lavoie, Gérald Parenteau, Donald Perreault, Nicole Robitaille, Gilles Savard, Berthe Tessier, tous membres des comités environnement et sociopolitique de l'AREQ, région de la Mauricie.
 
 
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  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    jeudi 17 juin 2010 07h19
    À qui profite cette décision

    Les chiffres de l'Hydro Québec ne sont pas crédibles. Le coût réaliste nous de la réfection, en tenant compte de la gestion des déchets, risque de s'approcher des 6 milliards, donc plus proche de 40 ct le KWH.

    Mais alors, à qui profite cette décision:

    http://www.vigile.net/Les-deux-grosses-pattes-dans

  • Bernard Terreault
    Abonné
    jeudi 17 juin 2010 10h44
    Technologie désuète
    Si encore Gentilly 2 représentait la fine pointe de la technologie. Mais G-2 est basée sur la technologie CANDU désuète, qui n'est utilisée presque nulle part ailleurs dans le monde et qui, par conséquent, ne fait pas l'objet d'investissements suffisants pour la perfectionner. Comme si on s'entêtait à n'acheter que des téléphones fixes à fil sous prétexte que leur inventeur était d'origine canadienne.

  • France Marcotte
    Abonnée
    jeudi 17 juin 2010 10h46
    Relativité des grandes évidences
    Vu à "Tout le monde en parlait" avec quelle insouciance, ignorance, les pouvoirs ont failli se lancer dans les années 70-80 au Québec, dans une folle aventure du nucléaire en semant une quarantaine de centrales le long du Saint-Laurent. Là aussi on n'était convaincu que c'était la chose à faire, on n'anticipait pas l'avenir, on jurait la main sur le coeur. C'est grâce surtout au courage et à l'opposition tenace et quasi miraculeuse de groupes écologistes militants (une poignée de monde) que ce projet diabolique, qui paraît aujourd'hui délirant, n'a pas eu lieu. Alors, pour ce qui est des "grandes évidences" d'aujourd'hui...

  • Pierre Demers
    Abonné
    jeudi 17 juin 2010 12h20
    Gentilly et géopolitique du Québec: créer une CEAQ
    Le nucléaire est une réalité de la nature et une découverte française, faite par des Français avec une participation historique du Canada et du Québec.
    Son développement au Canada jusqu'à nos jours s'est fait dans une perspective proprement anglo-saxonne ne comprenant aucune référence aux intérêts du Québec puissance géopolitique. Il est temps que le Québec se prenne en charge dans ce domaine qui lui appartient sur son territoire.
    Je propose que le Québec crée sans tarder un organisme autonome permanent qu'on pourrait appeler Commission de l'Énergie Atomique du Québec CEAQ.
    La CEAQ serait munie d'un budget et de pouvoirs, elle serait formée à partir des ressources évidemment disponibles chez nous entre autres de l'expertise d'Hydro-Québec et de certains universitaires et fonctionnerait EN FRANÇAIS, dans notre langue officielle. Elle aurait comme mission de favoriser et d'exécuter toutes études scientifiques et sociales et toutes réalisations pratiques dans le domaine du nucléaire et de l'atome, dans l'intérêt du Québec et de l'humanité. Elle fonctionnerait en toute transparence, car ce qui fut temporairement tenu hautement secret par les États anglo-saxons est devenu banalisé et de connaissance publique universelle.
    Dans son activité, elle établirait des contacts amicaux avec la France et avec les voisins du Québec.
    Elle annoncerait, après délibérations, un programme d'études et de réalisations. Mais sa toute première activité serait de renseigner pleinement le public sur les projets touchant la centrale de Gentilly, y compris leur financement, et sur le stockage du combustible usagé.

    Pierre Demers, Physicien. À Saint-Laurent, 8-17 juin 2010. c3410@er.uqam.ca
    http://er.uqam.ca/nobel/c3410/lisulf.html,
    http://er.uqam.ca/nobel/c3410/quebecium.html,
    http://er.uqam.ca/nobel/c3410/?M=D,
    Inscrivez-vous à l'École du Québécium

  • Paul Racicot
    Inscrit
    jeudi 17 juin 2010 18h07
    Y a-t-il des volontaires?
    Il y a de cela quelques jours, je me permettais de poser cette question à Jean-Martin Aussant, député de Nicolet-Yamaska et Porte-parole de l'Opposition officielle en matière de développement économique et d'institutions financières : «Que fait-on de ces déchets (nucléaires)?»

    Sa réponse : «Pour l'instant, à ce que j'en sais, les déchets sont stockés dans l'eau et/ou le béton en attendant un enfouissement plus permanent, lorsqu'un site aura été identifié. La SGDN (Société de gestion des déchets nucléaires) est à la recherche d'une collectivité au Canada qui voudra bien accueillir ces déchets.»

    Je ne sais pas à quand remonte la mise en marche du premier CANDU au Canada, mais il semble bien que l'on cherche toujours un lieu propice à la mise en lieu sûr de ces foutus déchets... Et une collectivité... accueillante.

    Y a-t-il des volontaires?

  • Chryst
    Abonné
    lundi 28 juin 2010 23h04
    Gentilly II, solution absurde
    Quand on pense à tous les risques et durant des milliers d’années pour la société, quand on pense aussi aux coûts réels de l’énergie produite par ce moyen, quand on pense aussi à toutes les opportunités offertes par le numérique, les satellites et l’informatique et qu’on laisse de côté, cette décision de réfection nous apparaît des plus absurde.

    Michel Thibault ing. f. m. sc

  • philippe ouimet
    Inscrit
    lundi 21 février 2011 02h04
    Gentilly 2 , possiblement un gros problème de béton
    Je suis retraité du domaine de la construction et je suis très inquiet de ce projet de rénovation.

    Un ingénieur électrique sur le projet me demande si il y a un procédé de traitement du béton pour l'arrêt du RAG. J'ai littéralement tomber sur le dos!!!! car si c'est le cas...... Hydro devra procéder à la fermeture, la décontamination et la démolition du site.

    Je sais que Hydro Québec sont aux prises avec le RAG sur la centrale de Beauharnois depuis plusieurs années et nous savons tous que c'est une question de temps pour sa fermeture ( mais une chance ce n'est pas du nucléaire)

  • SterneArctique
    Inscrit
    dimanche 27 février 2011 22h43
    Info,svp
    @ Philippe Ouimet
    Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est le RAG?
    Merci.

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