Conférence sur les changements climatiques - Bonn s'enlise sur les positions de Copenhague
Photo : Agence France-Presse Henning Kaiser
Ivo de Boer quitte le pilotage des négociations climatiques après plus de 10 ans au gouvernail.
À la conférence de Bonn sur les changements climatiques, qui se terminait hier, tout le monde est demeuré sur ses positions de Copenhague. On parle d'objectifs de réduction des GES pour 2050 pour mieux masquer l'impossibilité de convenir de réductions à court et à moyen terme. Et les 30 milliards promis aux pays en développement semblent autant de voeux pieux que les engagements volontaires de réduction de Copenhague.
Dans la seule journée d'hier, une étude européenne démontrait que les maladies tropicales progressent désormais sur ce continent en raison du réchauffement du climat. Une étude néerlandaise publiée dans Science indiquait de son côté que la fonte des glaciers de l'Himalaya et les changements dans le régime des pluies menaceront sérieusement la sécurité alimentaire de 70 millions d'Asiatiques entre 2040 et 2060. Et le Mexique empruntait hier 450 millions à la Banque mondiale pour améliorer son approvisionnement en eau potable, une denrée de plus en plus rare avec les changements climatiques.
Mais au même moment, à Bonn, où 5000 délégués de 185 pays terminaient la première rencontre post-Copenhague sur le climat, Ivo de Boer, qui quitte le poste de pilotage des négociations climatiques après plus de 10 ans au gouvernail, déclarait que «les engagements actuels et les plans [de réduction des GES] de l'ensemble des pays ne vont pas arrêter la croissance des émissions au cours des 10 prochaines années».
Pire, concluait-il avec la liberté de celui qui retirera son habit de diplomate dans trois semaines, les engagements actuels des pays industrialisés ne permettent pas d'atteindre l'objectif de réduction de 25 à 40 % des GES, que le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) a défini pour que l'humanité ait une chance sur deux — seulement! — de limiter la hausse du climat à 2 °C.» En réalité, dit-il en mitraillant indirectement l'Entente de Copenhague, les engagements des pays riches vont même se solder par une augmentation des émissions mondiales de 12 à 19 % en 2020 par rapport aux niveaux de 1990.
Si on ajoute à cela les émissions croissantes des pays émergents, la communauté scientifique estime que l'humanité pourrait perdre alors le contrôle du climat parce que la spirale climatique s'alimenterait d'elle-même grâce à la libération du méthane enfoui dans le pergélisol et au fond des mers.
En ce sens, les petits pas franchis cette semaine à Bonn traduisent un enlisement quasi irréversible de l'effort international dans l'ornière de Copenhague.
Objectifs de très longue portée
Techniquement, on a surtout travaillé à Bonn sur les objectifs de très longue portée, soit une réduction de 80 % des émissions anthropiques d'ici 2050 pour les pays industrialisés, ce qui équivaut, en réalité, à pelleter le problème vers les gouvernements qui seront élus dans 15 ou 20 ans.
«Je crois, ajoutait hier Yvo de Boer avec son franc-parler, qu'on arrivera à cet objectif. Mais on ne peut plus reporter l'adoption de mesures plus radicales. Autrement, même un monde plus chaud de 2 °C n'est pas garanti. Et la possibilité d'une planète plus chaude de 1,5 °C aura été complètement éliminée.»
Reprenant la langue de bois diplomatique, la direction onusienne de la conférence parlait néanmoins hier de «progrès importants». Mais elle précisait malgré tout «qu'un progrès important devient possible à Cancún sous la forme d'un accord global sur des mesures opérationnelles qui permettraient aux pays de prendre plus rapidement des mesures plus musclées dans tous les volets des changements climatiques».
En clair, cela signifie qu'on s'entendra sur des mesures d'intendance importantes, certes, mais qu'aucun accord sur des cibles de réduction visant à stabiliser la hausse du climat n'est possible en 2010. L'horizon pour un tel accord devient alors 2011, soit la conférence des Parties qui se tiendra en Afrique du Sud, à un mois de la dernière année du protocole de Kyoto.
Si tel doit être le cas, les commentaires acerbes que tenaient cette semaine les pays en développement à Bonn seraient véritablement fondés.
Confirmation
Pour eux, plus les pourparlers se centrent sur des objectifs de long terme, plus cela précipite l'abandon du protocole de Kyoto, lequel prévoit pour 2013 l'application de nouveaux objectifs de réduction contraignants en droit international.
C'est ce dérapage hors du sentier de Kyoto que les pays en développement et les écologistes dénonçaient à Copenhague en décembre et que l'enlisement actuel sur les positions pré-Copenhague confirme dramatiquement.
La responsable des pourparlers sur la définition d'objectifs de moyen terme (2020), Margaret Mukahanana-Sangarwe, a proposé cette semaine un document qui pourrait devenir à Cancún la base d'une négociation officielle.
Partant de l'entente de Copenhague, où pays développés et émergents ont convenu de limiter la hausse du climat à 2 °C, le groupe sur la définition d'objectifs de réduction de long terme a proposé de les traduire par une réduction de 25 à 40 % des GES d'origine humaine d'ici 2020. Mais le document évite de dire si cette réduction s'appliquerait par rapport à l'année de référence de 1990, soit celle qui rend possible une stabilisation de la hausse du climat selon le GIEC, ou s'il s'agira de 2005-06, soit l'année de référence des pays qui traînent la patte, comme le Canada et les États-Unis, pour faire oublier leur désastreux bilan 1990-2005.
Si plusieurs pays en développement hurlent à la seule évocation de l'abandon par les pays développés d'un Kyoto 2 au profit d'une entente aussi volontaire que floue d'un Copenhague élargi, ils ont clairement dit cette semaine que la confiance ne reviendra que si les engagements financiers promis en décembre se matérialisent. Ce qui n'est le cas qu'en partie maintenant.
États-Unis et Chine en tête ont convenu dans l'entente de Copenhague de verser de 30 à 100 milliards par année entre maintenant et 2020 aux pays en développement qui vont subir l'essentiel des impacts d'un bouleversement climatique dont ils ne sont pas responsables. C'est le prix du «retour de la confiance» entre le Nord et le Sud, ont martelé les porte-parole des pays pauvres.
Dans la seule journée d'hier, une étude européenne démontrait que les maladies tropicales progressent désormais sur ce continent en raison du réchauffement du climat. Une étude néerlandaise publiée dans Science indiquait de son côté que la fonte des glaciers de l'Himalaya et les changements dans le régime des pluies menaceront sérieusement la sécurité alimentaire de 70 millions d'Asiatiques entre 2040 et 2060. Et le Mexique empruntait hier 450 millions à la Banque mondiale pour améliorer son approvisionnement en eau potable, une denrée de plus en plus rare avec les changements climatiques.
Mais au même moment, à Bonn, où 5000 délégués de 185 pays terminaient la première rencontre post-Copenhague sur le climat, Ivo de Boer, qui quitte le poste de pilotage des négociations climatiques après plus de 10 ans au gouvernail, déclarait que «les engagements actuels et les plans [de réduction des GES] de l'ensemble des pays ne vont pas arrêter la croissance des émissions au cours des 10 prochaines années».
Pire, concluait-il avec la liberté de celui qui retirera son habit de diplomate dans trois semaines, les engagements actuels des pays industrialisés ne permettent pas d'atteindre l'objectif de réduction de 25 à 40 % des GES, que le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) a défini pour que l'humanité ait une chance sur deux — seulement! — de limiter la hausse du climat à 2 °C.» En réalité, dit-il en mitraillant indirectement l'Entente de Copenhague, les engagements des pays riches vont même se solder par une augmentation des émissions mondiales de 12 à 19 % en 2020 par rapport aux niveaux de 1990.
Si on ajoute à cela les émissions croissantes des pays émergents, la communauté scientifique estime que l'humanité pourrait perdre alors le contrôle du climat parce que la spirale climatique s'alimenterait d'elle-même grâce à la libération du méthane enfoui dans le pergélisol et au fond des mers.
En ce sens, les petits pas franchis cette semaine à Bonn traduisent un enlisement quasi irréversible de l'effort international dans l'ornière de Copenhague.
Objectifs de très longue portée
Techniquement, on a surtout travaillé à Bonn sur les objectifs de très longue portée, soit une réduction de 80 % des émissions anthropiques d'ici 2050 pour les pays industrialisés, ce qui équivaut, en réalité, à pelleter le problème vers les gouvernements qui seront élus dans 15 ou 20 ans.
«Je crois, ajoutait hier Yvo de Boer avec son franc-parler, qu'on arrivera à cet objectif. Mais on ne peut plus reporter l'adoption de mesures plus radicales. Autrement, même un monde plus chaud de 2 °C n'est pas garanti. Et la possibilité d'une planète plus chaude de 1,5 °C aura été complètement éliminée.»
Reprenant la langue de bois diplomatique, la direction onusienne de la conférence parlait néanmoins hier de «progrès importants». Mais elle précisait malgré tout «qu'un progrès important devient possible à Cancún sous la forme d'un accord global sur des mesures opérationnelles qui permettraient aux pays de prendre plus rapidement des mesures plus musclées dans tous les volets des changements climatiques».
En clair, cela signifie qu'on s'entendra sur des mesures d'intendance importantes, certes, mais qu'aucun accord sur des cibles de réduction visant à stabiliser la hausse du climat n'est possible en 2010. L'horizon pour un tel accord devient alors 2011, soit la conférence des Parties qui se tiendra en Afrique du Sud, à un mois de la dernière année du protocole de Kyoto.
Si tel doit être le cas, les commentaires acerbes que tenaient cette semaine les pays en développement à Bonn seraient véritablement fondés.
Confirmation
Pour eux, plus les pourparlers se centrent sur des objectifs de long terme, plus cela précipite l'abandon du protocole de Kyoto, lequel prévoit pour 2013 l'application de nouveaux objectifs de réduction contraignants en droit international.
C'est ce dérapage hors du sentier de Kyoto que les pays en développement et les écologistes dénonçaient à Copenhague en décembre et que l'enlisement actuel sur les positions pré-Copenhague confirme dramatiquement.
La responsable des pourparlers sur la définition d'objectifs de moyen terme (2020), Margaret Mukahanana-Sangarwe, a proposé cette semaine un document qui pourrait devenir à Cancún la base d'une négociation officielle.
Partant de l'entente de Copenhague, où pays développés et émergents ont convenu de limiter la hausse du climat à 2 °C, le groupe sur la définition d'objectifs de réduction de long terme a proposé de les traduire par une réduction de 25 à 40 % des GES d'origine humaine d'ici 2020. Mais le document évite de dire si cette réduction s'appliquerait par rapport à l'année de référence de 1990, soit celle qui rend possible une stabilisation de la hausse du climat selon le GIEC, ou s'il s'agira de 2005-06, soit l'année de référence des pays qui traînent la patte, comme le Canada et les États-Unis, pour faire oublier leur désastreux bilan 1990-2005.
Si plusieurs pays en développement hurlent à la seule évocation de l'abandon par les pays développés d'un Kyoto 2 au profit d'une entente aussi volontaire que floue d'un Copenhague élargi, ils ont clairement dit cette semaine que la confiance ne reviendra que si les engagements financiers promis en décembre se matérialisent. Ce qui n'est le cas qu'en partie maintenant.
États-Unis et Chine en tête ont convenu dans l'entente de Copenhague de verser de 30 à 100 milliards par année entre maintenant et 2020 aux pays en développement qui vont subir l'essentiel des impacts d'un bouleversement climatique dont ils ne sont pas responsables. C'est le prix du «retour de la confiance» entre le Nord et le Sud, ont martelé les porte-parole des pays pauvres.
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