Forêt: la surexploitation a cessé
Les faiblesses du ministère demeurent toutefois criantes, estime le Forestier en chef
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le premier bilan 2000-2008 de l'état de la forêt québécoise divulgué hier par le Bureau du forestier en chef indique que la surexploitation dénoncée par le film L'Erreur boréale et la commission Coulombe a cessé.
Mais le Forestier en chef, une institution créée pour donner l'heure juste sur les forêts publiques, qui représentent 90 % de la surface boisée du Québec, fait état d'importants problèmes de gouvernance.
Ainsi, écrit-il, «le système de gestion gouvernemental demeure incomplet à plusieurs égards: l'allocation des ressources, la formation, les mesures correctives, l'évaluation de l'efficacité, la mise en oeuvre, les contrôles et les suivis présentent les lacunes».
Par contre, il estime que les engagements du gouvernement et ses programmes visent de bons objectifs. Mais en raison des faiblesses relevées par son bilan, «l'état et l'évolution de certaines composantes de la forêt sont préoccupants, car peu de données et de connaissances scientifiques soutiennent leur gestion.» La participation du public et des Premières Nations est aussi déficiente, écrit-il, tout comme le système de reddition de comptes du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), qui «demeure inachevé» et déficient sur le plan de la transparence.
Pour remédier à ces lacunes et déficiences, écrit le Forestier en chef, il faudra que Québec adopte un système de gestion basé sur des principes et méthodes acceptés internationalement et qu'il mette en place un programme de suivi de la biodiversité et des composantes de la forêt pour s'assurer que leur exploitation et leur aménagement n'en modifient pas les équilibres naturels, ce qu'on appelle une gestion écosystémique.
Le forestier en chef, Pierre Levac, répond à la fois «oui» et «non» quand on lui demande si la forêt québécoise est en bon état.
Oui, dit-il, parce qu'elle se renouvelle et que les volumes de bois se maintiennent. Cependant, à son avis, les gestionnaires n'ont pas assez de données scientifiques pour en caractériser toutes les composantes. Et les écosystèmes, reconnaît-il, sont substantiellement modifiés par l'exploitation: les peuplements rajeunissent, leur structure est simplifiée et leur composition change. Mais si ces changements sont «préoccupants», ils «ne semblent pas alarmants pour l'instant».
Oui, la forêt se régénère, ajoute le forestier, et la déforestation a cessé, principalement en raison du coup de frein recommandé par la commission Coulombe et la réduction additionnelle de 5,5 % décrétée en 2006 par le Bureau du forestier en chef lui-même.
«Aujourd'hui, je suis en mesure d'affirmer que les calculs concernant la période 2008-2013 respectent davantage la capacité de production des écosystèmes forestiers», affirme Pierre Levac.
Mais la faune, à l'exception des espèces vedettes comme le cerf et les poissons prisés des sportifs, n'est pas suffisamment suivie et, affirme-t-il, faute de ressources et de programmes, les gestionnaires de la faune ne peuvent pas évaluer avec rigueur les impacts des coupes forestières sur les espèces en situation précaire, comme le caribou forestier et le pygargue à tête blanche, ou sur des espèces sensibles à l'exploitation, comme la martre et le pic à dos noir.
Mais si les lois améliorent en principe la gestion québécoise des forêts par de nouvelles orientations, «je constate, écrit le forestier en chef, que l'engagement du Québec sur la voie de l'aménagement forestier durable n'est pas soutenu par un système de gestion gouvernemental qui prévoit les ressources, les programmes de suivi et la formation nécessaires à la mise en oeuvre de l'aménagement durable» et d'une foresterie sans cesse meilleure.
Il note que Québec a haussé la barre en matière d'aires protégées de 8 à 12 % d'ici 2015. Mais, écrit-il, la forêt boréale n'est protégée qu'à 5,5 %. À cette «sous-représentativité de la forêt boréale commerciale» s'ajoute l'isolement des petites et moyennes aires protégées, le peu de grandes aires protégées au sud du 62e parallèle et «le caractère incomplet des programmes de suivi de la biodiversité».
Il indique clairement que «la prépondérance des titres miniers, des potentiels hydroélectriques et de l'exploitation forestière compromet les efforts de représentativité et la grandeur des aires protégées», qui passent au second plan.
Depuis une vingtaine d'années, ajoute le forestier en chef, la récolte du bois touche en moyenne chaque année 0,9 % de la superficie forestière productive, soit un peu plus que le total des dégâts causés par la tordeuse de bourgeons de l'épinette (0,6 %) et des incendies (0,2 %).
D'autres problèmes affligent encore les forêts, qui exigeront des coups de barre. Le forestier indique ainsi que le volume de résineux disponible a tendance à diminuer depuis 1970, alors que celui des feuillus augmente. Cette situation serait le résultat des épidémies de tordeuses et de l'intérêt trop prononcé des exploitants pour les résineux. Et, ajoute le forestier, nos connaissances scientifiques ne permettent pas de savoir «si ces fluctuations menacent la durabilité des forêts».
Pour l'instant, 80 % des superficies boisées récoltées se régénèrent naturellement. Mais plusieurs opérations de reboisement réalisées ailleurs ont donné des résultats qu'il juge «insatisfaisants».
Le forestier note enfin une diminution de l'orniérage dans les aires exploitées et des surfaces improductives. Mais les taux de conformité aux normes de protection du milieu aquatique «stagnent à 80 %» et le ministère ne suit toujours pas l'évolution des vieux chemins et des traverses de cours d'eau, dont les impacts ne sont pas négligeables.
Mais le Forestier en chef, une institution créée pour donner l'heure juste sur les forêts publiques, qui représentent 90 % de la surface boisée du Québec, fait état d'importants problèmes de gouvernance.
Ainsi, écrit-il, «le système de gestion gouvernemental demeure incomplet à plusieurs égards: l'allocation des ressources, la formation, les mesures correctives, l'évaluation de l'efficacité, la mise en oeuvre, les contrôles et les suivis présentent les lacunes».
Par contre, il estime que les engagements du gouvernement et ses programmes visent de bons objectifs. Mais en raison des faiblesses relevées par son bilan, «l'état et l'évolution de certaines composantes de la forêt sont préoccupants, car peu de données et de connaissances scientifiques soutiennent leur gestion.» La participation du public et des Premières Nations est aussi déficiente, écrit-il, tout comme le système de reddition de comptes du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), qui «demeure inachevé» et déficient sur le plan de la transparence.
Pour remédier à ces lacunes et déficiences, écrit le Forestier en chef, il faudra que Québec adopte un système de gestion basé sur des principes et méthodes acceptés internationalement et qu'il mette en place un programme de suivi de la biodiversité et des composantes de la forêt pour s'assurer que leur exploitation et leur aménagement n'en modifient pas les équilibres naturels, ce qu'on appelle une gestion écosystémique.
Le forestier en chef, Pierre Levac, répond à la fois «oui» et «non» quand on lui demande si la forêt québécoise est en bon état.
Oui, dit-il, parce qu'elle se renouvelle et que les volumes de bois se maintiennent. Cependant, à son avis, les gestionnaires n'ont pas assez de données scientifiques pour en caractériser toutes les composantes. Et les écosystèmes, reconnaît-il, sont substantiellement modifiés par l'exploitation: les peuplements rajeunissent, leur structure est simplifiée et leur composition change. Mais si ces changements sont «préoccupants», ils «ne semblent pas alarmants pour l'instant».
Oui, la forêt se régénère, ajoute le forestier, et la déforestation a cessé, principalement en raison du coup de frein recommandé par la commission Coulombe et la réduction additionnelle de 5,5 % décrétée en 2006 par le Bureau du forestier en chef lui-même.
«Aujourd'hui, je suis en mesure d'affirmer que les calculs concernant la période 2008-2013 respectent davantage la capacité de production des écosystèmes forestiers», affirme Pierre Levac.
Mais la faune, à l'exception des espèces vedettes comme le cerf et les poissons prisés des sportifs, n'est pas suffisamment suivie et, affirme-t-il, faute de ressources et de programmes, les gestionnaires de la faune ne peuvent pas évaluer avec rigueur les impacts des coupes forestières sur les espèces en situation précaire, comme le caribou forestier et le pygargue à tête blanche, ou sur des espèces sensibles à l'exploitation, comme la martre et le pic à dos noir.
Mais si les lois améliorent en principe la gestion québécoise des forêts par de nouvelles orientations, «je constate, écrit le forestier en chef, que l'engagement du Québec sur la voie de l'aménagement forestier durable n'est pas soutenu par un système de gestion gouvernemental qui prévoit les ressources, les programmes de suivi et la formation nécessaires à la mise en oeuvre de l'aménagement durable» et d'une foresterie sans cesse meilleure.
Il note que Québec a haussé la barre en matière d'aires protégées de 8 à 12 % d'ici 2015. Mais, écrit-il, la forêt boréale n'est protégée qu'à 5,5 %. À cette «sous-représentativité de la forêt boréale commerciale» s'ajoute l'isolement des petites et moyennes aires protégées, le peu de grandes aires protégées au sud du 62e parallèle et «le caractère incomplet des programmes de suivi de la biodiversité».
Il indique clairement que «la prépondérance des titres miniers, des potentiels hydroélectriques et de l'exploitation forestière compromet les efforts de représentativité et la grandeur des aires protégées», qui passent au second plan.
Depuis une vingtaine d'années, ajoute le forestier en chef, la récolte du bois touche en moyenne chaque année 0,9 % de la superficie forestière productive, soit un peu plus que le total des dégâts causés par la tordeuse de bourgeons de l'épinette (0,6 %) et des incendies (0,2 %).
D'autres problèmes affligent encore les forêts, qui exigeront des coups de barre. Le forestier indique ainsi que le volume de résineux disponible a tendance à diminuer depuis 1970, alors que celui des feuillus augmente. Cette situation serait le résultat des épidémies de tordeuses et de l'intérêt trop prononcé des exploitants pour les résineux. Et, ajoute le forestier, nos connaissances scientifiques ne permettent pas de savoir «si ces fluctuations menacent la durabilité des forêts».
Pour l'instant, 80 % des superficies boisées récoltées se régénèrent naturellement. Mais plusieurs opérations de reboisement réalisées ailleurs ont donné des résultats qu'il juge «insatisfaisants».
Le forestier note enfin une diminution de l'orniérage dans les aires exploitées et des surfaces improductives. Mais les taux de conformité aux normes de protection du milieu aquatique «stagnent à 80 %» et le ministère ne suit toujours pas l'évolution des vieux chemins et des traverses de cours d'eau, dont les impacts ne sont pas négligeables.
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