Une télé-réalité sauvage
La famille de faucons pèlerins de l'UdeM s'agrandit
Photo : Ève Bélisle
Deux des rejetons de Spirit et Roger, les faucons pèlerins qui ont élu domicile au sommet de la tour de l’Université de Montréal.
J'exècre la télé-réalité, que j'assimile à une exploitation de la bêtise humaine aux dépens de voyeurs impénitents. Mais je suis par contre un accro de www.livestream.com/fauconsudem, celui de la télé-réalité qui met en scène une famille de faucons qui habite le sommet de la tour centrale de l'Université de Montréal.
Aux dernières nouvelles, Spirit, la femelle, et son compagnon Roger (prononcer rodgeur, à l'anglaise), ont eu depuis une semaine trois rejetons, bien en vie, qui semblent tenir au chaud un quatrième oeuf, dont on ne sait s'il va éclore. Deux des jeunes sont nés en fin de semaine dernière et déjà, ils raffolent des pigeons que leur apportent les parents.
Comme le confirmait Sophie Langlois, la responsable des communications à l'Université, «on n'a aucun problème de pigeons ici sur les toits ou sur les bords de fenêtres» avec de pareils prédateurs volants sur le campus.
Le faucon pèlerin, une espèce particulièrement vulnérable, s'est ainsi réinstallé à Montréal avec une deuxième couvée cette année, qui pourrait donc atteindre le double de celle de l'an dernier. Mais ce n'est pas la première fois qu'on en voit en milieu urbain montréalais. Les ornithologues savent qu'à compter de 1937, une femelle a eu 21 petits en 16 ans au sommet de l'édifice Sun Life avec trois compagnons différents.
Il faut croire que les pigeons de ville offrent aux faucons pèlerins — Falco peregrinus — une diète de meilleure qualité que celles que leur fournissaient les champs et les forêts en oiseaux et petits mammifères. En effet, l'espèce a beaucoup souffert en campagne et en milieu forestier de la contamination de ses proies par les toxiques présents dans les pesticides et, sans doute aussi en ville, à cause du plomb qui devait contaminer les pigeons avant son interdiction dans l'essence. Les faucons, tout comme d'autres prédateurs en haut de la chaîne alimentaire, par exemple les aigles pêcheurs, ont été affligés de problèmes chroniques de reproduction, notamment parce que la bioaccumulation de toxiques fragilisait mortellement leurs oeufs.
Les faucons pèlerins sont de véritables projectiles ailés d'une effarante précision. En plongée sur une proie, ils peuvent atteindre 300 km/h. La proie frappée à cette vitesse est littéralement désarticulée et tombe en vrille, pour être aussitôt cueillie en vol et ramenée au nid à raison d'une proie par jour environ. La précision mortelle de ce projectile à plumes, à côté duquel nos drones les plus sophistiqués ne sont que des balourds aveugles, explique que depuis des milliers d'années, les rois et les nobles les bichonnaient pour chasser les oiseaux.
C'est en 2007 que celle qu'on surnomme aujourd'hui «Madame Faucon» a aperçu de ses bureaux de l'École polytechnique de l'Université de Montréal ces oiseaux magnifiques, qu'elle photographie sans relâche depuis en observant au jour le jour les péripéties de leur vie. Ève Bélisle est une ornithologue amatrice qui travaille au Centre de recherche en calcul thermochimique de Poly. Quand elle a découvert de sa fenêtre le couple, alors baptisé Polly et Roger (du nom du pavillon Roger-Gaudry où se trouve la tour qui les abrite), Ève Bélisle a entrepris de convaincre en un temps record l'administration universitaire d'ouvrir le seul condo du campus pour faucons seulement. Grâce aux conseils d'un biologiste de McGill, l'ornithologue David Bird (!), la construction d'un nid avec fond de gravier a été bouclée en quelques semaines. L'histoire ne dit pas encore s'il a été plus difficile de vaincre l'inertie de l'administration ou de hisser sur les 14 étages de la tour tout le matériel — contreplaqué, gravier et les caméras qui permettent, jour et nuit, hiver comme été, d'observer la petite famille qui a décidé de ne pas migrer en automne. Leur jeter un coup d'oeil avant de se coucher vous branche sur les cycles naturels comme aucun somnifère ne peut le faire!
Après avoir hésité à s'installer dans ce logis venu de nulle part, les deux faucons ont commencé à le fréquenter plus assidûment. Ils n'ont pas fait de rejetons la première année, mais la glace a été cassée l'an dernier avec deux nouveaux nés. Tout le monde espère à l'Université de Montréal que les faucons ont adopté l'établissement pour de bon. Ils sont en train de devenir des mascottes vivantes qui célèbrent à leur façon la victoire de la nature sur l'urbanité, une urbanité décidée à se redéfinir comme un écosystème. Et tous les espoirs sont permis, car si on se fie au cas de l'île de Lundy, en Angleterre, les faucons peuplent ses sommets depuis 1243!
Il faut des histoires merveilleuses comme celle-là pour nous rappeler à quel point Montréal a un lien privilégié avec la nature, malgré tous les coups qu'on lui a portés en faisant disparaître notamment les grands marais sur lesquels on a construit Expo 67 et les milieux naturels comme ceux de l'île des Soeurs. Mais on pêche toujours tout autour de la ville. C'est même dans le lac Saint-Louis et pas à la baie James que j'ai pris mes plus gros dorés. Et j'ai chassé la sauvagine pendant des années devant les raffineries, un secteur qui est aujourd'hui le parc des Îles-de-Boucherville. On continue d'ailleurs de le faire sur les battures de Longueuil dans le cadre d'une entente exemplaire entre chasseurs et cette Ville. Et c'est sans parler des cerfs, coyotes et renards de l'île. Pas banal pour une métropole, n'est-ce pas?
Samedi, dans le cadre des 24 heures de science, Ève Bélisle présentera à 13h au Biodôme de Montréal une conférence sur cette aventure extraordinaire. Entrée libre.
Castors bricoleurs
L'AFP rapportait hier qu'un écologiste vient de découvrir sur Google Earth ce qui semble le plus important barrage de castors au monde, d'une longueur de 850 mètres. Ce barrage, qui dépasse en longueur le plus long connu (650 mètres) jusqu'ici dans le Montana, près de l'Alberta, serait d'ailleurs en train d'être agrandi par une nouvelle génération de castors. Sa longueur pourrait dépasser sous peu le kilomètre! Un pareil ouvrage est obligatoirement très vieux, ce dont témoigne la végétation qui pousse à son sommet en plusieurs endroits. Les barrages de castors sont la seule «oeuvre» animale qui soit visible de l'espace, ce qui comprend celles de nos castors bétonneurs à deux pattes...
À lire: Kit de survie antipollution: 1001 gestes simples pour vivre dans un environnement sain, Sioux Berger, éditions Transcontinental, 128 pages. On n'y parle pas que des toxiques les plus courants de notre milieu de vie, mais aussi de nouvelles avenues de réflexion, comme les allergies chroniques, l'exposition aux ondes électromagnétiques des cellulaires et de l'ordinateur. Pour une réflexion décapante sur la vie de tous les jours.
Aux dernières nouvelles, Spirit, la femelle, et son compagnon Roger (prononcer rodgeur, à l'anglaise), ont eu depuis une semaine trois rejetons, bien en vie, qui semblent tenir au chaud un quatrième oeuf, dont on ne sait s'il va éclore. Deux des jeunes sont nés en fin de semaine dernière et déjà, ils raffolent des pigeons que leur apportent les parents.
Comme le confirmait Sophie Langlois, la responsable des communications à l'Université, «on n'a aucun problème de pigeons ici sur les toits ou sur les bords de fenêtres» avec de pareils prédateurs volants sur le campus.
Le faucon pèlerin, une espèce particulièrement vulnérable, s'est ainsi réinstallé à Montréal avec une deuxième couvée cette année, qui pourrait donc atteindre le double de celle de l'an dernier. Mais ce n'est pas la première fois qu'on en voit en milieu urbain montréalais. Les ornithologues savent qu'à compter de 1937, une femelle a eu 21 petits en 16 ans au sommet de l'édifice Sun Life avec trois compagnons différents.
Il faut croire que les pigeons de ville offrent aux faucons pèlerins — Falco peregrinus — une diète de meilleure qualité que celles que leur fournissaient les champs et les forêts en oiseaux et petits mammifères. En effet, l'espèce a beaucoup souffert en campagne et en milieu forestier de la contamination de ses proies par les toxiques présents dans les pesticides et, sans doute aussi en ville, à cause du plomb qui devait contaminer les pigeons avant son interdiction dans l'essence. Les faucons, tout comme d'autres prédateurs en haut de la chaîne alimentaire, par exemple les aigles pêcheurs, ont été affligés de problèmes chroniques de reproduction, notamment parce que la bioaccumulation de toxiques fragilisait mortellement leurs oeufs.
Les faucons pèlerins sont de véritables projectiles ailés d'une effarante précision. En plongée sur une proie, ils peuvent atteindre 300 km/h. La proie frappée à cette vitesse est littéralement désarticulée et tombe en vrille, pour être aussitôt cueillie en vol et ramenée au nid à raison d'une proie par jour environ. La précision mortelle de ce projectile à plumes, à côté duquel nos drones les plus sophistiqués ne sont que des balourds aveugles, explique que depuis des milliers d'années, les rois et les nobles les bichonnaient pour chasser les oiseaux.
C'est en 2007 que celle qu'on surnomme aujourd'hui «Madame Faucon» a aperçu de ses bureaux de l'École polytechnique de l'Université de Montréal ces oiseaux magnifiques, qu'elle photographie sans relâche depuis en observant au jour le jour les péripéties de leur vie. Ève Bélisle est une ornithologue amatrice qui travaille au Centre de recherche en calcul thermochimique de Poly. Quand elle a découvert de sa fenêtre le couple, alors baptisé Polly et Roger (du nom du pavillon Roger-Gaudry où se trouve la tour qui les abrite), Ève Bélisle a entrepris de convaincre en un temps record l'administration universitaire d'ouvrir le seul condo du campus pour faucons seulement. Grâce aux conseils d'un biologiste de McGill, l'ornithologue David Bird (!), la construction d'un nid avec fond de gravier a été bouclée en quelques semaines. L'histoire ne dit pas encore s'il a été plus difficile de vaincre l'inertie de l'administration ou de hisser sur les 14 étages de la tour tout le matériel — contreplaqué, gravier et les caméras qui permettent, jour et nuit, hiver comme été, d'observer la petite famille qui a décidé de ne pas migrer en automne. Leur jeter un coup d'oeil avant de se coucher vous branche sur les cycles naturels comme aucun somnifère ne peut le faire!
Après avoir hésité à s'installer dans ce logis venu de nulle part, les deux faucons ont commencé à le fréquenter plus assidûment. Ils n'ont pas fait de rejetons la première année, mais la glace a été cassée l'an dernier avec deux nouveaux nés. Tout le monde espère à l'Université de Montréal que les faucons ont adopté l'établissement pour de bon. Ils sont en train de devenir des mascottes vivantes qui célèbrent à leur façon la victoire de la nature sur l'urbanité, une urbanité décidée à se redéfinir comme un écosystème. Et tous les espoirs sont permis, car si on se fie au cas de l'île de Lundy, en Angleterre, les faucons peuplent ses sommets depuis 1243!
Il faut des histoires merveilleuses comme celle-là pour nous rappeler à quel point Montréal a un lien privilégié avec la nature, malgré tous les coups qu'on lui a portés en faisant disparaître notamment les grands marais sur lesquels on a construit Expo 67 et les milieux naturels comme ceux de l'île des Soeurs. Mais on pêche toujours tout autour de la ville. C'est même dans le lac Saint-Louis et pas à la baie James que j'ai pris mes plus gros dorés. Et j'ai chassé la sauvagine pendant des années devant les raffineries, un secteur qui est aujourd'hui le parc des Îles-de-Boucherville. On continue d'ailleurs de le faire sur les battures de Longueuil dans le cadre d'une entente exemplaire entre chasseurs et cette Ville. Et c'est sans parler des cerfs, coyotes et renards de l'île. Pas banal pour une métropole, n'est-ce pas?
Samedi, dans le cadre des 24 heures de science, Ève Bélisle présentera à 13h au Biodôme de Montréal une conférence sur cette aventure extraordinaire. Entrée libre.
Castors bricoleurs
L'AFP rapportait hier qu'un écologiste vient de découvrir sur Google Earth ce qui semble le plus important barrage de castors au monde, d'une longueur de 850 mètres. Ce barrage, qui dépasse en longueur le plus long connu (650 mètres) jusqu'ici dans le Montana, près de l'Alberta, serait d'ailleurs en train d'être agrandi par une nouvelle génération de castors. Sa longueur pourrait dépasser sous peu le kilomètre! Un pareil ouvrage est obligatoirement très vieux, ce dont témoigne la végétation qui pousse à son sommet en plusieurs endroits. Les barrages de castors sont la seule «oeuvre» animale qui soit visible de l'espace, ce qui comprend celles de nos castors bétonneurs à deux pattes...
À lire: Kit de survie antipollution: 1001 gestes simples pour vivre dans un environnement sain, Sioux Berger, éditions Transcontinental, 128 pages. On n'y parle pas que des toxiques les plus courants de notre milieu de vie, mais aussi de nouvelles avenues de réflexion, comme les allergies chroniques, l'exposition aux ondes électromagnétiques des cellulaires et de l'ordinateur. Pour une réflexion décapante sur la vie de tous les jours.
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