L'industrie de l'eau au Québec - Assurer la pérénité de la ressource
Le Québec abrite 45 sites de captation d'eau
Délicat sujet que celui de l'eau au Québec. Particulièrement lorsqu'on aborde l'industrialisation de celle-ci. Quelques chiffres et statistiques: le Québec possède 3 % des réserves mondiales d'eau douce; l'industrie québécoise de l'eau représente le tiers de l'industrie canadienne dans ce secteur; on estime que près de 10 % du territoire de la province est recouvert du précieux liquide.
L'industrialisation de l'eau est depuis quelques années en plein essor. Elle s'est intensifiée. Depuis le début des années 1990, cette industrie a connu une croissance considérable. En 10 ans, on est passé de 10 sites de captation d'eau à 45. Chez Réseau-Environnement, dont la mission est d'assurer le développement et la promotion des technologies et de la science en environnement, on répertorie près de 750 entreprises liées au secteur de l'environnement, dont 280 directement impliquées dans le secteur de l'eau.
«Cela représente près de 40 % des entreprises de l'ensemble du secteur environnemental au Québec. C'est le plus grand secteur de l'environnement de la province. Ces entreprises représentent plus de 9000 emplois», affirme le vice-président de Réseau-Environnement, Luc Aubertin. Toutefois, il faut relativiser ces chiffres. Ces emplois font partie d'entreprises oeuvrant dans le secteur, mais ne sont pas nécessairement des emplois liés directement à l'industrie de l'eau. Selon les estimations du gouvernement du Québec, cette industrie procurerait directement de l'emploi à plus de 800 personnes.
Eau en bouteille
Au Québec, 93 % de la production de l'eau embouteillée vient de l'eau de source, 3 % de l'eau minérale, et 4 % de l'eau traitée. Cela représente environ 0,08 % de l'eau captée dans l'ensemble de la province. Si ces chiffres, au premier abord, ne semblent pas représenter une quelconque menace pour la ressource, certaines organisations environnementalistes ne sont pas du même avis. «La quantité d'eau que les entreprises prennent menace les nappes souterraines. D'autant plus qu'on ne connaît pas les temps de recharge de ces nappes», fait remarquer le président de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau (Eau Secours!), André Boutiller.
Le temps de remplissage dépend de la profondeur à laquelle se trouvent celles-ci. Plus les nappes se trouvent près du sol, plus elles se remplissent rapidement. «Une nappe d'eau souterraine peut se remplir après trois semaines, tandis que certaines nappes aquifères peuvent prendre 3000 ans à se remplir.»
Gaétan Breton, professeur de comptabilité à l'UQAM et auteur de l'ouvrage Tu me pompes l'eau! Halte à la privatisation, affirme qu'il faudrait plus d'études portant sur les impacts environnementaux d'une telle industrie. «Actuellement, on ne connaît pas l'état des nappes souterraines. On ne sait pas vraiment combien d'eau se trouve à l'intérieur. Et on ne connaît pas leur taux de régénération. Donc si on donne des permis de pompage, comment peut-on être certain qu'on n'est pas entrain de vider les nappes?»
Politique de l'eau
En décembre dernier, André Boisclair, alors ministre d'État à l'Environnement, dévoilait la Politique nationale de l'eau. D'ici sept ans, celle-ci prévoit réduire de 20 % la consommation de l'eau. Présentement, on estime la consommation moyenne des Québécois à 400 litres par jour (l/j), dont seulement 1 % sert à l'alimentation humaine. La province dépasse ainsi la moyenne canadienne, qui est de 350 l/j. Par ailleurs, la palme de la consommation d'eau revient aux Américains. Ceux-ci consomment en moyenne 425 l/j. Des chiffres hautement supérieurs à ceux compilés en Europe — Angleterre (200 l/j), France (150 l/j).
«L'industrie de l'environnement et de l'eau est tributaire de l'évolution réglementaire», souligne Luc Aubertin. Donc, la mise sur pied d'une telle politique devrait générer de l'effervescence dans l'industrie. «Plusieurs moyens devront être mis en oeuvre pour atteindre ces objectifs. Et qui dit moyens, dit utilisation de nouvelles technologies. Des entreprises privées seront impliquées dans ce processus. Et pour assurer une saine gestion de la ressource, il faudra inévitablement compter sur l'expertise de qui s'y connaît dans le domaine.»
Eau Secours! est moins optimiste en ce qui a trait à la politique présentée par le gouvernement Landry. André Boutiller déplore le fait «qu'il s'agisse seulement d'une politique et non d'une loi. Il n'y a pas plus de règlements qui encadrent l'industrie».
Pour sa part, M. Aubertin est confiant: la politique émise par le gouvernement du Québec a de fortes chances d'aboutir à une loi et à une réglementation du secteur. Les dangers liés à cette industrie sont évidents. Le vice-président de Réseau-Environnement avance qu'il s'agit «d'une vérité qui est difficilement contestable. Mais je pense que la Politique nationale de l'eau prouve qu'on a pris conscience des dangers et qu'on va être en mesure de baliser ces risques et d'assurer une saine gestion de cette ressource».
Mondialisation de l'industrie de l'eau
Comme M. Aubertin le fait remarquer, l'industrie de l'eau dépasse, dans le contexte économique actuel, les frontières de la province et du pays: «Elle doit aussi être mise à profit à l'extérieur des impératifs provinciaux.» Toutefois, une mondialisation de l'industrie effraie certains environnementalistes, qui craignent que les entreprises accaparent la ressource au détriment des besoins de la population. Ils craignent, entre autres choses, les répercussions que pourrait avoir l'article XI de l'ALENA, qui stipule que les investisseurs peuvent poursuivre les gouvernements s'ils croient que ceux-ci exercent une discrimination. Du même coup, il serait plus difficile pour le gouvernement d'assurer la pérennité de la ressource.
L'industrialisation de l'eau est depuis quelques années en plein essor. Elle s'est intensifiée. Depuis le début des années 1990, cette industrie a connu une croissance considérable. En 10 ans, on est passé de 10 sites de captation d'eau à 45. Chez Réseau-Environnement, dont la mission est d'assurer le développement et la promotion des technologies et de la science en environnement, on répertorie près de 750 entreprises liées au secteur de l'environnement, dont 280 directement impliquées dans le secteur de l'eau.
«Cela représente près de 40 % des entreprises de l'ensemble du secteur environnemental au Québec. C'est le plus grand secteur de l'environnement de la province. Ces entreprises représentent plus de 9000 emplois», affirme le vice-président de Réseau-Environnement, Luc Aubertin. Toutefois, il faut relativiser ces chiffres. Ces emplois font partie d'entreprises oeuvrant dans le secteur, mais ne sont pas nécessairement des emplois liés directement à l'industrie de l'eau. Selon les estimations du gouvernement du Québec, cette industrie procurerait directement de l'emploi à plus de 800 personnes.
Eau en bouteille
Au Québec, 93 % de la production de l'eau embouteillée vient de l'eau de source, 3 % de l'eau minérale, et 4 % de l'eau traitée. Cela représente environ 0,08 % de l'eau captée dans l'ensemble de la province. Si ces chiffres, au premier abord, ne semblent pas représenter une quelconque menace pour la ressource, certaines organisations environnementalistes ne sont pas du même avis. «La quantité d'eau que les entreprises prennent menace les nappes souterraines. D'autant plus qu'on ne connaît pas les temps de recharge de ces nappes», fait remarquer le président de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau (Eau Secours!), André Boutiller.
Le temps de remplissage dépend de la profondeur à laquelle se trouvent celles-ci. Plus les nappes se trouvent près du sol, plus elles se remplissent rapidement. «Une nappe d'eau souterraine peut se remplir après trois semaines, tandis que certaines nappes aquifères peuvent prendre 3000 ans à se remplir.»
Gaétan Breton, professeur de comptabilité à l'UQAM et auteur de l'ouvrage Tu me pompes l'eau! Halte à la privatisation, affirme qu'il faudrait plus d'études portant sur les impacts environnementaux d'une telle industrie. «Actuellement, on ne connaît pas l'état des nappes souterraines. On ne sait pas vraiment combien d'eau se trouve à l'intérieur. Et on ne connaît pas leur taux de régénération. Donc si on donne des permis de pompage, comment peut-on être certain qu'on n'est pas entrain de vider les nappes?»
Politique de l'eau
En décembre dernier, André Boisclair, alors ministre d'État à l'Environnement, dévoilait la Politique nationale de l'eau. D'ici sept ans, celle-ci prévoit réduire de 20 % la consommation de l'eau. Présentement, on estime la consommation moyenne des Québécois à 400 litres par jour (l/j), dont seulement 1 % sert à l'alimentation humaine. La province dépasse ainsi la moyenne canadienne, qui est de 350 l/j. Par ailleurs, la palme de la consommation d'eau revient aux Américains. Ceux-ci consomment en moyenne 425 l/j. Des chiffres hautement supérieurs à ceux compilés en Europe — Angleterre (200 l/j), France (150 l/j).
«L'industrie de l'environnement et de l'eau est tributaire de l'évolution réglementaire», souligne Luc Aubertin. Donc, la mise sur pied d'une telle politique devrait générer de l'effervescence dans l'industrie. «Plusieurs moyens devront être mis en oeuvre pour atteindre ces objectifs. Et qui dit moyens, dit utilisation de nouvelles technologies. Des entreprises privées seront impliquées dans ce processus. Et pour assurer une saine gestion de la ressource, il faudra inévitablement compter sur l'expertise de qui s'y connaît dans le domaine.»
Eau Secours! est moins optimiste en ce qui a trait à la politique présentée par le gouvernement Landry. André Boutiller déplore le fait «qu'il s'agisse seulement d'une politique et non d'une loi. Il n'y a pas plus de règlements qui encadrent l'industrie».
Pour sa part, M. Aubertin est confiant: la politique émise par le gouvernement du Québec a de fortes chances d'aboutir à une loi et à une réglementation du secteur. Les dangers liés à cette industrie sont évidents. Le vice-président de Réseau-Environnement avance qu'il s'agit «d'une vérité qui est difficilement contestable. Mais je pense que la Politique nationale de l'eau prouve qu'on a pris conscience des dangers et qu'on va être en mesure de baliser ces risques et d'assurer une saine gestion de cette ressource».
Mondialisation de l'industrie de l'eau
Comme M. Aubertin le fait remarquer, l'industrie de l'eau dépasse, dans le contexte économique actuel, les frontières de la province et du pays: «Elle doit aussi être mise à profit à l'extérieur des impératifs provinciaux.» Toutefois, une mondialisation de l'industrie effraie certains environnementalistes, qui craignent que les entreprises accaparent la ressource au détriment des besoins de la population. Ils craignent, entre autres choses, les répercussions que pourrait avoir l'article XI de l'ALENA, qui stipule que les investisseurs peuvent poursuivre les gouvernements s'ils croient que ceux-ci exercent une discrimination. Du même coup, il serait plus difficile pour le gouvernement d'assurer la pérennité de la ressource.
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