Eaux traités et canalisations - De l'eau pure, mais à quel prix?
«On réclame un programme avec un financement statutaire permanent pour la mise à niveau des réseaux»
Le gouvernement du Québec n'en finit plus de rehausser ses standards en matière d'assainissement et de traitement des eaux depuis une trentaine d'années. Alors qu'en 1978, six milliards de dollars étaient consentis à l'assainissement des eaux, l'argent semble aujourd'hui manquer à la mise en oeuvre des mille et une propositions formulées par la nouvelle Politique nationale de l'eau. L'eau claire a pourtant un prix.
«Au Québec, l'eau que nous buvons est de qualité, à un point tel que les étrangers la réclament, estime Gabriel Meunier, spécialiste du traitement de l'eau et homme d'affaires aujourd'hui à la retraite. Les Américains veulent même creuser un canal dans la baie géorgienne pour acheminer notre eau douce chez eux!»
Membre du très sélect Cercle des Phénix de l'environnement qui vient de couronner les efforts de 17 artisans québécois du développement durable, M. Meunier dit boire l'eau de Montréal et de Laval sans aucune hésitation. Car depuis que le problème des eaux résiduaires des municipalités est résolu à 98 %, le gouvernement s'applique davantage à traiter l'eau potable. Mais un problème subsiste: celui de la contamination des eaux causée par l'industrie (porcine, pharmaceutique, et autres produits chimiques), les terres agricoles (engrais et pesticides) et les sites d'enfouissement.
Le spécialiste note toutefois un changement de mentalité positif en regard de la pollution des cours d'eau et des eaux souterraines. «On ne peut plus cacher les accidents, dit-il. Les médias sont tellement attentifs aux erreurs commises par les pollueurs que tout se sait rapidement.» L'opération «Adoptez une rivière», lauréate d'un Phénix dans la catégorie «L'éducation et la sensibilisation», a d'ailleurs permis l'émergence de nouveaux groupes de protection de l'environnement ou la consolidation de groupes existants.
Révision des règlements
L'eau potable du Québec devrait encore gagner en qualité grâce à la nouvelle Politique nationale de l'eau rendue publique à l'automne 2002. Dans la foulée de ce document d'orientation visant à «respecter la qualité du milieu et la pérennité des ressources renouvelables», le gouvernement du Québec a entrepris la révision du cadre juridique concernant l'eau. Ainsi, le Règlement sur la qualité de l'eau potable, adopté en juin 2001, est venu remplacer le Règlement sur l'eau potable dans le but de rehausser les normes de qualité dans le traitement de l'eau.
Résultats? «Depuis l'adoption du règlement [sur la qualité de l'eau potable], on a noté une amélioration au niveau des fréquences d'échantillonnage, précise Didier Bicchi, chef du service de l'expertise technique en eau au ministère de l'Environnement. Des travaux sont en cours en vue de moderniser l'équipement de traitement et des efforts sont consentis afin de s'assurer de l'application du règlement.»
Le Réseau-Environnement, le plus important regroupement de l'industrie environnementale du Québec, veille lui aussi à l'application de ce règlement auquel il a largement contribué. «Dès l'an prochain, indique Hubert Demard, coordonnateur du secteur de l'eau au Réseau, on entre dans le cycle de révision du règlement. On va parler d'une approche de plus en plus acceptée, celle "De la source jusqu'au robinet", pour essayer de protéger les cours d'eau où il y a des prises d'eau et maintenir la qualité de l'eau dans le réseau de distribution.»
Le Réseau a retenu plusieurs mesures d'intervention dont le remplacement des vieilles conduites rouillées, la réduction du temps de séjour de l'eau dans les réseaux, l'examen de la composition des réservoirs et l'évitement de la contamination des eaux par des accidents de nature industrielle.
D'ici les prochains mois, le Réseau-Environnement entend fournir aux municipalités un maximum d'informations sur les nouvelles technologies disponibles en matière de traitement de l'eau. «Pour la première fois cette année, indique Hubert Demard, des ultraviolets seront installés dans des systèmes de traitement d'eau potable.» Il ajoute que des membranes de filtration — corps poreux très fins permettant de retenir les impuretés dissoutes — sont encore à l'étude, mais devraient être autorisées sous peu. Le Réseau prévoit aussi expliquer aux officiers municipaux le nouveau guide d'application du Règlement sur le captage des eaux souterraines, en vigueur dès le 15 juin 2003. Ce règlement vient combler les lacunes de feu le Règlement sur les eaux souterraines en précisant, notamment, des normes de construction s'appliquant à tous les ouvrages de captage.
Toutes ces mesures coûtent cher et requièrent l'argent des trois paliers de gouvernement. «On parle de technologies bien connues, mais l'élément financier constitue le problème à régler», ajoute M. Demard.
Un réseau vétuste
Ce qui risque de coûter encore plus cher aux contribuables ainsi qu'aux différents paliers de gouvernement, ce sont les importantes fuites d'eau causées par l'état de délabrement du réseau d'aqueducs de Montréal et de plusieurs municipalités du Québec. La Politique nationale de l'eau prévoit d'ailleurs la mise à niveau des réseaux à raison de 1 % par année. Une ville ayant 100 km de conduites devrait en principe en remplacer un kilomètre par année.
«Il y a des dizaines, voire des centaines de ruptures de canalisation chaque année dans les municipalités du Québec, déplore Gilles Vaillancourt, président de la Coalition pour le renouvellement des infrastructures du Québec. Toutes n'ont pas des conséquences spectaculaires, mais elles coûtent tout de même des centaines de millions de dollars chaque année aux contribuables du Québec.»
Il ajoute que ces dégâts, généralement peu visibles, font oublier l'urgence d'intervenir en instaurant un plan de réfection à long terme couvrant l'ensemble du Québec. La Coalition évalue ainsi à un milliard de dollars par année pendant 15 ans les investissements requis pour la remise à niveau des infrastructures municipales.
Hubert Demard souligne de son côté que «la prochaine étape consiste à trouver l'argent nécessaire pour remplacer graduellement les conduites les plus dégradées». Le Réseau-Environnement vise un programme conjoint financé par les municipalités et les gouvernements provincial et fédéral. «Ce qu'on réclame, dit-il, c'est un programme bien établi avec un financement statutaire permanent pour la mise à niveau des réseaux. Pour le moment, on a des programmes ponctuels qui sont impossibles à gérer.»
«Au Québec, l'eau que nous buvons est de qualité, à un point tel que les étrangers la réclament, estime Gabriel Meunier, spécialiste du traitement de l'eau et homme d'affaires aujourd'hui à la retraite. Les Américains veulent même creuser un canal dans la baie géorgienne pour acheminer notre eau douce chez eux!»
Membre du très sélect Cercle des Phénix de l'environnement qui vient de couronner les efforts de 17 artisans québécois du développement durable, M. Meunier dit boire l'eau de Montréal et de Laval sans aucune hésitation. Car depuis que le problème des eaux résiduaires des municipalités est résolu à 98 %, le gouvernement s'applique davantage à traiter l'eau potable. Mais un problème subsiste: celui de la contamination des eaux causée par l'industrie (porcine, pharmaceutique, et autres produits chimiques), les terres agricoles (engrais et pesticides) et les sites d'enfouissement.
Le spécialiste note toutefois un changement de mentalité positif en regard de la pollution des cours d'eau et des eaux souterraines. «On ne peut plus cacher les accidents, dit-il. Les médias sont tellement attentifs aux erreurs commises par les pollueurs que tout se sait rapidement.» L'opération «Adoptez une rivière», lauréate d'un Phénix dans la catégorie «L'éducation et la sensibilisation», a d'ailleurs permis l'émergence de nouveaux groupes de protection de l'environnement ou la consolidation de groupes existants.
Révision des règlements
L'eau potable du Québec devrait encore gagner en qualité grâce à la nouvelle Politique nationale de l'eau rendue publique à l'automne 2002. Dans la foulée de ce document d'orientation visant à «respecter la qualité du milieu et la pérennité des ressources renouvelables», le gouvernement du Québec a entrepris la révision du cadre juridique concernant l'eau. Ainsi, le Règlement sur la qualité de l'eau potable, adopté en juin 2001, est venu remplacer le Règlement sur l'eau potable dans le but de rehausser les normes de qualité dans le traitement de l'eau.
Résultats? «Depuis l'adoption du règlement [sur la qualité de l'eau potable], on a noté une amélioration au niveau des fréquences d'échantillonnage, précise Didier Bicchi, chef du service de l'expertise technique en eau au ministère de l'Environnement. Des travaux sont en cours en vue de moderniser l'équipement de traitement et des efforts sont consentis afin de s'assurer de l'application du règlement.»
Le Réseau-Environnement, le plus important regroupement de l'industrie environnementale du Québec, veille lui aussi à l'application de ce règlement auquel il a largement contribué. «Dès l'an prochain, indique Hubert Demard, coordonnateur du secteur de l'eau au Réseau, on entre dans le cycle de révision du règlement. On va parler d'une approche de plus en plus acceptée, celle "De la source jusqu'au robinet", pour essayer de protéger les cours d'eau où il y a des prises d'eau et maintenir la qualité de l'eau dans le réseau de distribution.»
Le Réseau a retenu plusieurs mesures d'intervention dont le remplacement des vieilles conduites rouillées, la réduction du temps de séjour de l'eau dans les réseaux, l'examen de la composition des réservoirs et l'évitement de la contamination des eaux par des accidents de nature industrielle.
D'ici les prochains mois, le Réseau-Environnement entend fournir aux municipalités un maximum d'informations sur les nouvelles technologies disponibles en matière de traitement de l'eau. «Pour la première fois cette année, indique Hubert Demard, des ultraviolets seront installés dans des systèmes de traitement d'eau potable.» Il ajoute que des membranes de filtration — corps poreux très fins permettant de retenir les impuretés dissoutes — sont encore à l'étude, mais devraient être autorisées sous peu. Le Réseau prévoit aussi expliquer aux officiers municipaux le nouveau guide d'application du Règlement sur le captage des eaux souterraines, en vigueur dès le 15 juin 2003. Ce règlement vient combler les lacunes de feu le Règlement sur les eaux souterraines en précisant, notamment, des normes de construction s'appliquant à tous les ouvrages de captage.
Toutes ces mesures coûtent cher et requièrent l'argent des trois paliers de gouvernement. «On parle de technologies bien connues, mais l'élément financier constitue le problème à régler», ajoute M. Demard.
Un réseau vétuste
Ce qui risque de coûter encore plus cher aux contribuables ainsi qu'aux différents paliers de gouvernement, ce sont les importantes fuites d'eau causées par l'état de délabrement du réseau d'aqueducs de Montréal et de plusieurs municipalités du Québec. La Politique nationale de l'eau prévoit d'ailleurs la mise à niveau des réseaux à raison de 1 % par année. Une ville ayant 100 km de conduites devrait en principe en remplacer un kilomètre par année.
«Il y a des dizaines, voire des centaines de ruptures de canalisation chaque année dans les municipalités du Québec, déplore Gilles Vaillancourt, président de la Coalition pour le renouvellement des infrastructures du Québec. Toutes n'ont pas des conséquences spectaculaires, mais elles coûtent tout de même des centaines de millions de dollars chaque année aux contribuables du Québec.»
Il ajoute que ces dégâts, généralement peu visibles, font oublier l'urgence d'intervenir en instaurant un plan de réfection à long terme couvrant l'ensemble du Québec. La Coalition évalue ainsi à un milliard de dollars par année pendant 15 ans les investissements requis pour la remise à niveau des infrastructures municipales.
Hubert Demard souligne de son côté que «la prochaine étape consiste à trouver l'argent nécessaire pour remplacer graduellement les conduites les plus dégradées». Le Réseau-Environnement vise un programme conjoint financé par les municipalités et les gouvernements provincial et fédéral. «Ce qu'on réclame, dit-il, c'est un programme bien établi avec un financement statutaire permanent pour la mise à niveau des réseaux. Pour le moment, on a des programmes ponctuels qui sont impossibles à gérer.»
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