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Une vision globale du territoire inscrite dans une optique de développement durable

La gestion par bassin versant gagne en popularité

«Ça ne sert à rien de dépenser des millions de dollars pour dépolluer nos lacs et nos rivières si les cours d'eau qui les nourrissent sont pollués», résume Jean-Claude Thibault, vice-président du Regroupement des associations pour la protection de l'environnement, des lacs et des cours d'eau de l'Estrie et du haut bassin de la Saint-François (RAPPEL).

Le bassin versant représente le territoire naturel qui recueille l'eau pour la drainer dans une rivière et ses affluents. Ses frontières naturelles, les lignes de partage des eaux, suivent la crête des montagnes. Jean-Claude Thibault aime faire un parallèle entre les bassins versants et le corps humain: «Un lac est composé de deux parties, une partie aquatique et une partie terrestre. La partie terrestre est en général beaucoup plus grande que la partie aquatique et c'est elle qui nourrit le coeur. Tout le réseau sanguin, toutes les veines, ce sont les cours d'eau qui nourrissent le coeur ou la partie aquatique du lac.»

La gestion par bassins versants tient compte des interactions entre l'eau, la faune, la flore, l'occupation du sol et les activités humaines. Elle englobe tous les facteurs pouvant influer sur la qualité de l'eau.

En Europe, certains organismes de bassins versants existent depuis plus d'un demi-siècle. Au Québec, l'histoire la plus ancienne de gestion intégrée de l'eau remonte au début des années 1960 avec l'organisme AQTE, l'actuel Réseau Environnement. Dans les décennies qui ont suivi, quelques corporations d'aménagement et de restauration des rivières ont vu le jour: les rivières Sainte-Anne, L'Assomption, Jacques-Cartier et Châteauguay sont les plus connues.

Si la gestion par bassins versants n'est pas nouvelle, elle gagne en popularité depuis quelques années: «Le rapport de la commission BAPE sur la gestion de l'eau, rendu public en mai 2000, a inspiré la création de plusieurs organismes de bassins versants au Québec», explique Anselme Gagné, président du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ). Aujourd'hui, le Québec compte 26 organisations de bassins mandatées pour préparer un plan directeur de l'eau.

Dans sa Politique nationale de l'eau, instaurée en novembre 2002, le gouvernement sortant a accordé une grande importance à ce type de gestion intégrée et reconnaît le caractère prioritaire de 33 rivières.

Les industries polluantes

La pollution diffuse est, selon le rapport du BAPE pour l'an 2000, le nouveau problème de l'heure. Plusieurs acteurs interviennent dans cette pollution de l'or bleu: les citoyens avec leurs herbicides et pesticides, le secteur récréatif avec ses moteurs hors-bord, le secteur forestier, l'agriculture, et les industries comme les pâtes et papiers, l'aluminerie ou la production hydroélectrique. «Si l'on prend par exemple un agriculteur à 1000 pieds de la rivière, l'effet ne sera pas instantané, mais se fera à la longue par l'alluvion; l'eau qui se déverse dans la nappe phréatique entraîne une partie des déchets comme les nitrates et les phosphates contenus dans le purin de porc liquide que l'on épand comme engrais», constate Anselme Gagné.

Plus la source de pollution est proche, plus les dommages sont grands et rapides. C'est pourquoi Jean-Claude Thibault du RAPPEL crie au suicide environnemental: «D'une main, l'ex-gouvernement a signé une magnifique politique de l'eau, et de l'autre il a signé discrètement un accord autorisant à épandre le purin de porc jusqu'à trois mètres des cours d'eau et à un mètre des cours d'eau.» Selon lui, il s'agit d'une véritable catastrophe nationale car s'il pleut dans les 24 heures suivant l'épandage, 80 % du purin se retrouve dans l'eau.

Entre 1986 et 1996, le gouvernement a dépensé 6,6 milliards pour l'assainissement des eaux municipales. «Mais les activités agricoles modernes ont pratiquement annulé tous ces efforts avec l'augmentation de l'utilisation des engrais chimiques — herbicides et pesticides — et la mise à nu des sols qui créent de l'érosion, explique le vice-président du RAPPEL. Bien sûr, il n'y a plus d'acide sulfurique et de BPC, mais il y a deux fois plus de coliformes fécaux dans le haut des bassins.»

Un exemple concret: les fossés

Tout comme son collègue du ROBVQ, Jean-Claude Thibault refuse de désigner des coupables, mais cherche plutôt des solutions. Sur un conseil du RAPPEL, le ministère des Transports du Québec s'est intéressé à la gestion par bassins versants au cours des dernières années. L'organisme a en effet convaincu le ministère de l'importance du rôle des fossés dans la gestion de l'eau. «Toute eau qui se rend dans les lacs et rivières passe inévitablement par un fossé le long d'une route, et la façon dont le ministère entretenait les fossés en coupant toute l'herbe compromettait la qualité de notre eau.»

En ne nettoyant plus que le tiers inférieur de ces fossés, cela permet aujourd'hui de garder la biomasse, de filtrer une grande partie des sels de déglaçage qui s'y retrouvent et de diminuer l'érosion... en plus de faire économiser près de 20 % des budgets annuels d'entretien.

Depuis le 15 mai 2002, cette technique de nettoyage du tiers inférieur est devenue une norme pour toutes les routes provinciales, mais n'est pas encore appliquée aux routes municipales. «C'est le plus bel exemple de collaboration en gestion de bassins versants qui, sur le plan écologique et économique, fait des miracles», s'emballe Jean-Claude Thibault.

Pour les deux hommes, il est clair qu'un nouveau pas a été franchi avec la Politique nationale de l'eau et que la population québécoise est prête à penser au développement durable de cette ressource limitée qu'est l'or bleu. «Le Québécois moyen vient de sortir de l'ignorance en ce qui concerne son environnement; il connaît maintenant les impacts de ses actes sur l'eau et devient nécessairement plus sensible à la problématique de la pollution et de la gestion par bassins versants. Chacun doit se voir comme une veine qui alimente le coeur et doit s'assurer que le sang qui sort de chez lui soit aussi propre, sinon plus, que lorsqu'il est entré», conclut le vice-président du RAPPEL.
 
 
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