La chauve-souris, un chasse-moustiques sans merci
Photo : Agence Reuters Benedicte Kurzen
Les chauves-souris ont une espérance de vie assez longue, estimée à entre 15 et 20 ans.
S'il est un petit animal qui suscite des peurs paniques, souvent injustifiées, c'est bien la chauve-souris. Certes, c'est un animal sauvage, donc imprévisible par ses ripostes s'il perçoit les géants que nous sommes comme des menaces.
Quand nous avons acheté notre chalet, il y a plus de 25 ans, la pointe du toit était habitée par une colonie qui garnissait la laine isolante de l'entretoit de fientes peu invitantes. Nous nous en sommes débarrassés d'une façon fort écologique en installant un bas de nylon sur leur sortie, ce qui empêchait leur retour dans la maison. Mais heureusement, elles n'ont pas quitté notre environnement, où elles sont toujours omniprésentes et concourent intensément et gratuitement au contrôle des insectes.
On découvre parfois une aventurière qui a emprunté la cheminée du foyer pour s'introduire dans la maison. Nous avons retrouvé la dernière sous un oreiller, toute noire de suie! Il a suffi d'ouvrir la porte extérieure de la chambre et de l'affoler un peu: grâce à son écholocalisation, elle a trouvé la sortie en quelques secondes. On en a aussi découvert le soir en lisant, quand la maison est sombre, et que le petit animal sort des rideaux où il s'était réfugié durant la journée. Avec un gant de cuir assez épais, on l'enferme dans le rideau où elle retourne se cacher et on le saisit doucement avant de la libérer dehors.
Les enfants ont inventé une variante nocturne du jeu qu'ils ont si souvent joué dehors avec les libellules dans la journée. Le jeu consiste à nager sur place doucement en gardant la tête humide hors de l'eau pour attirer les grosses mouches dont les morsures font si mal. Les chauves-souris qui sortent à la brunante pour chasser repèrent vite la concentration de grosses mouches autour des têtes émergentes. Elles foncent et nous effleurent à trois ou cinq centimètres de la tête, ce qui met fin met fin instantanément au bourdonnement des mouches, qui finissent leur vie dans l'abdomen de ces efficaces chasseurs d'insectes et de papillons nocturnes.
Il m'est arrivé de pénétrer par curiosité dans une sorte de caverne pour me retrouver entouré soudainement d'une cinquantaine de chauves-souris. J'ai eu heureusement le réflexe de ne pas bouger. Leur précision en vol a fait le reste et j'ai pu voir à quel point elles nous évitent avec une exactitude toute chirurgicale. Moi qui croyais, comme tout le monde, qu'elles allaient s'agripper dans mes cheveux, j'ai pu vérifier à quel point il s'agit d'une légende rurale. Et à cette époque, j'avais des cheveux... Il ne faut pas cependant s'imaginer que leur proximité est sans risque. Je connais l'histoire d'un jeune Québécois qui a perdu la vie après avoir été mordu en Colombie-Britannique par une chauve-souris porteuse de la rage.
Des espèces vulnérables
Mais ces chasseuses si efficaces, qui valent tous les gadgets électriques et électroniques censés nous débarrasser des insectes nocturnes, sont menacées au Québec.
Dans un article scientifique particulièrement intéressant publié dans le numéro d'hiver du Naturaliste canadien (vol. 134, no 1), Junior A. Tremblay et Jacques Jutras font le point sur cette espèce étonnante que l'on connaît surtout par les études réalisées aux États-Unis.
On y apprend que le Québec abrite huit espèces, dont six sont arboricoles, c'est-à-dire qu'elles vivent dans les arbres en profitant des cavités naturelles ou de celles excavées par les pics. À l'échelle du continent, 27 des 45 espèces recensées utilisent les cavités des arbres ou leur feuillage comme gîte, ce qu'on peut observer souvent à Montréal dans nos parcs parce qu'on y trouve les gros arbres qu'elles préfèrent.
Les chiroptères vivent fort longtemps, de 15 à 20 ans! Mais elles ont un taux de reproduction plutôt faible. La plupart atteignent leur maturité sexuelle après un ou trois ans et les femelles mettent bas rarement de plus d'un ou deux rejetons annuellement. Selon la littérature scientifique, le nombre d'adultes non reproducteurs peut atteindre jusqu'à 50 % de la population annuellement.
Au Québec, quatre de nos huit espèces sont susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables, soit la chauve-souris argentée, la chauve-souris cendrée, la chauve-souris rousse et la pipistrelle de l'Est, qui elle préfère les habitats forestiers plus denses en raison, sans doute, d'un système d'écholocalisation à fréquence plus élevée, sans doute plus précis pour le slalom de nuit entre les branches!
Selon les auteurs, l'urbanisation et l'agriculture, qui font disparaître des milieux naturels, ainsi que les coupes forestières importantes, sont à la fois responsables de la destruction des gîtes et de leur diète alimentaire en insectes. La perte des gîtes est considérée comme le principal facteur limitant de ces populations, selon les deux auteurs, qui ajoutent que «la pierre angulaire d'un aménagement efficace pour les chauves-souris arboricoles est le maintien des gîtes existants et l'apport continu de gîtes adéquats de façon spatiale et temporelle». En somme, les forestiers et les acériculteurs se tirent dans le pied en abattant tous ces gros vieux chicots — de véritables condos forestiers! — dont la destruction réduit le nombre de prédateurs qui contrôlent les populations d'insectes, dont les larves sont souvent si néfastes pour la santé des forêts.
Éoliennes
Les éoliennes s'ajoutent à une nouvelle menace, mais dans une mesure mal documentée au Québec. Le problème ne serait pas les collisions des espèces migratrices avec les pales. Une étude albertaine a plutôt démontré que les chauves-souris trouvées mortes au pied des éoliennes ne présentent pas de blessures externes, résultat d'une collision. Elles souffraient plutôt de barotraumatisme, soit une hémorragie interne vraisemblablement causée par la baisse de pression de l'air derrière les pales. Si, au Québec, on exige désormais un suivi de ces mortalités après la construction des parcs, malheureusement, ces suivis devraient être permanents et à déclaration obligatoire, incluant celles des oiseaux, comme on l'exige en Allemagne afin de documenter le phénomène pour mieux le contrer.
Achat: La boutique du Biodôme de Montréal a recommencé, il y a deux jours, à vendre des nichoirs de chauves-souris qu'on peut installer dans un endroit ensoleillé. Les femelles et leurs petits s'y réfugient en été pendant que les mâles se tiennent au frais dans les arbres ou des cavités rocheuses. C'est un moyen naturel de réduire sensiblement les populations d'insectes volants autour de chez soi. On peut aussi inscrire «plans de nichoirs de chauves-souris» dans un moteur de recherche Internet pour en trouver plusieurs.
Quand nous avons acheté notre chalet, il y a plus de 25 ans, la pointe du toit était habitée par une colonie qui garnissait la laine isolante de l'entretoit de fientes peu invitantes. Nous nous en sommes débarrassés d'une façon fort écologique en installant un bas de nylon sur leur sortie, ce qui empêchait leur retour dans la maison. Mais heureusement, elles n'ont pas quitté notre environnement, où elles sont toujours omniprésentes et concourent intensément et gratuitement au contrôle des insectes.
On découvre parfois une aventurière qui a emprunté la cheminée du foyer pour s'introduire dans la maison. Nous avons retrouvé la dernière sous un oreiller, toute noire de suie! Il a suffi d'ouvrir la porte extérieure de la chambre et de l'affoler un peu: grâce à son écholocalisation, elle a trouvé la sortie en quelques secondes. On en a aussi découvert le soir en lisant, quand la maison est sombre, et que le petit animal sort des rideaux où il s'était réfugié durant la journée. Avec un gant de cuir assez épais, on l'enferme dans le rideau où elle retourne se cacher et on le saisit doucement avant de la libérer dehors.
Les enfants ont inventé une variante nocturne du jeu qu'ils ont si souvent joué dehors avec les libellules dans la journée. Le jeu consiste à nager sur place doucement en gardant la tête humide hors de l'eau pour attirer les grosses mouches dont les morsures font si mal. Les chauves-souris qui sortent à la brunante pour chasser repèrent vite la concentration de grosses mouches autour des têtes émergentes. Elles foncent et nous effleurent à trois ou cinq centimètres de la tête, ce qui met fin met fin instantanément au bourdonnement des mouches, qui finissent leur vie dans l'abdomen de ces efficaces chasseurs d'insectes et de papillons nocturnes.
Il m'est arrivé de pénétrer par curiosité dans une sorte de caverne pour me retrouver entouré soudainement d'une cinquantaine de chauves-souris. J'ai eu heureusement le réflexe de ne pas bouger. Leur précision en vol a fait le reste et j'ai pu voir à quel point elles nous évitent avec une exactitude toute chirurgicale. Moi qui croyais, comme tout le monde, qu'elles allaient s'agripper dans mes cheveux, j'ai pu vérifier à quel point il s'agit d'une légende rurale. Et à cette époque, j'avais des cheveux... Il ne faut pas cependant s'imaginer que leur proximité est sans risque. Je connais l'histoire d'un jeune Québécois qui a perdu la vie après avoir été mordu en Colombie-Britannique par une chauve-souris porteuse de la rage.
Des espèces vulnérables
Mais ces chasseuses si efficaces, qui valent tous les gadgets électriques et électroniques censés nous débarrasser des insectes nocturnes, sont menacées au Québec.
Dans un article scientifique particulièrement intéressant publié dans le numéro d'hiver du Naturaliste canadien (vol. 134, no 1), Junior A. Tremblay et Jacques Jutras font le point sur cette espèce étonnante que l'on connaît surtout par les études réalisées aux États-Unis.
On y apprend que le Québec abrite huit espèces, dont six sont arboricoles, c'est-à-dire qu'elles vivent dans les arbres en profitant des cavités naturelles ou de celles excavées par les pics. À l'échelle du continent, 27 des 45 espèces recensées utilisent les cavités des arbres ou leur feuillage comme gîte, ce qu'on peut observer souvent à Montréal dans nos parcs parce qu'on y trouve les gros arbres qu'elles préfèrent.
Les chiroptères vivent fort longtemps, de 15 à 20 ans! Mais elles ont un taux de reproduction plutôt faible. La plupart atteignent leur maturité sexuelle après un ou trois ans et les femelles mettent bas rarement de plus d'un ou deux rejetons annuellement. Selon la littérature scientifique, le nombre d'adultes non reproducteurs peut atteindre jusqu'à 50 % de la population annuellement.
Au Québec, quatre de nos huit espèces sont susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables, soit la chauve-souris argentée, la chauve-souris cendrée, la chauve-souris rousse et la pipistrelle de l'Est, qui elle préfère les habitats forestiers plus denses en raison, sans doute, d'un système d'écholocalisation à fréquence plus élevée, sans doute plus précis pour le slalom de nuit entre les branches!
Selon les auteurs, l'urbanisation et l'agriculture, qui font disparaître des milieux naturels, ainsi que les coupes forestières importantes, sont à la fois responsables de la destruction des gîtes et de leur diète alimentaire en insectes. La perte des gîtes est considérée comme le principal facteur limitant de ces populations, selon les deux auteurs, qui ajoutent que «la pierre angulaire d'un aménagement efficace pour les chauves-souris arboricoles est le maintien des gîtes existants et l'apport continu de gîtes adéquats de façon spatiale et temporelle». En somme, les forestiers et les acériculteurs se tirent dans le pied en abattant tous ces gros vieux chicots — de véritables condos forestiers! — dont la destruction réduit le nombre de prédateurs qui contrôlent les populations d'insectes, dont les larves sont souvent si néfastes pour la santé des forêts.
Éoliennes
Les éoliennes s'ajoutent à une nouvelle menace, mais dans une mesure mal documentée au Québec. Le problème ne serait pas les collisions des espèces migratrices avec les pales. Une étude albertaine a plutôt démontré que les chauves-souris trouvées mortes au pied des éoliennes ne présentent pas de blessures externes, résultat d'une collision. Elles souffraient plutôt de barotraumatisme, soit une hémorragie interne vraisemblablement causée par la baisse de pression de l'air derrière les pales. Si, au Québec, on exige désormais un suivi de ces mortalités après la construction des parcs, malheureusement, ces suivis devraient être permanents et à déclaration obligatoire, incluant celles des oiseaux, comme on l'exige en Allemagne afin de documenter le phénomène pour mieux le contrer.
Achat: La boutique du Biodôme de Montréal a recommencé, il y a deux jours, à vendre des nichoirs de chauves-souris qu'on peut installer dans un endroit ensoleillé. Les femelles et leurs petits s'y réfugient en été pendant que les mâles se tiennent au frais dans les arbres ou des cavités rocheuses. C'est un moyen naturel de réduire sensiblement les populations d'insectes volants autour de chez soi. On peut aussi inscrire «plans de nichoirs de chauves-souris» dans un moteur de recherche Internet pour en trouver plusieurs.
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