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Libre opinion - Le Scrooge des Prairies

Carmen Labelle - Lacolle  29 décembre 2009  Actualités sur l'environnement
Il était une fois un vaste continent nordique, peuplé de grands arbres vénérables, d'animaux de toutes tailles et de toutes formes, et de végétaux si divers qu'on n'a pas encore fini de les répertorier.

En ces temps immémoriaux, les habitants de ce continent prenaient soin de ce peuple végétal et animal, car ils savaient que leur survie en dépendait. Ils n'avaient pas besoin pour ça de recherches, de statistiques ou de sommets climatiques. C'était pour eux une évidence!

Puis sont venus d'outre-mer d'autres peuples qui ne savaient pas voir les évidences et dont la cupide ambition a commencé à détruire ces peuples végétaux et animaux. On a appelé ça l'ère industrielle, et elle a perduré jusqu'à nos jours. L'humanité, si jamais elle en réchappe, jugera cette période, qui a été plus destructrice en cent ans que tous les millénaires réunis depuis le début de la vie sur cette planète, comme la plus noire de son histoire.

Au cours de cette période noire, la santé des gens a commencé à décliner. Ils ont développé des allergies, de l'asthme, des cancers, se sont mis à se multiplier, puis la fertilité a commencé à diminuer.

Ils étaient de plus en plus souvent malades, et les virus, transmis par les animaux malades eux aussi, les oiseaux, les porcs, se répandaient sur le continent et bien au-delà.

Les gens ont commencé à voir l'évidence que les anciens peuples avaient essayé de leur faire voir. Ils ont modifié leurs habitudes progressivement pour réduire la destruction de leur environnement et se sont mis à protester contre les projets qui hypothéquaient davantage cet environnement et à réclamer des sources d'énergies plus vertes.

Dans les vastes Prairies de cette contrée nordique habitait le gouverneur, élu de justesse par la force des nombres et de l'argent. Ses politiques, loin de protéger les écosystèmes assurant la survie de tous les habitants du continent et de la planète entière, avaient pour objectif de promouvoir chez lui, dans les Prairies, l'essor d'une des plus polluantes industries jamais développées par les habitants de ce monde: l'extraction de l'or noir!

Une veille de Noël, au retour d'une rencontre entre tous les peuples de cette planète bleue où il avait déployé toutes ses forces pour faire avorter un accord planétaire visant à réduire les impacts dévastateurs des industries, tout en affirmant le contraire à ses concitoyens, le Scrooge s'endormit après avoir fêté dans l'opulence et le luxe.

Au cours de la nuit, il reçut la visite de trois esprits. L'esprit du passé lui montra d'où lui venait cette cupidité et cette étroitesse d'esprit. L'esprit du présent lui fit voir les gens qui, en dépit de ses politiques destructrices, se regroupaient pour fêter ensemble et s'organiser en petites communautés pour partager et réduire l'impact humain sur leur environnement.

L'esprit du futur lui laissa entrevoir les terres nues et dévastées de son pays, ses descendants et d'autres habitants des Prairies comprenant que tout l'argent accumulé ne se mange pas, son peuple affamé errant en quête de subsistance et de rares sources d'eau, des nuées de réfugiés provenant de terres inondées. Finalement, l'esprit l'emmena sur sa tombe, une quelconque pierre grugée par la pollution dans un cimetière laissé à l'abandon et sur laquelle on pouvait lire: «Ci-gît un de ceux qui ont refusé de sauver l'humanité.»

Contrairement à l'heureux dénouement du conte de Dickens, le Scrooge des Prairies ne s'est pas réveillé en comprenant ses erreurs. Mais l'histoire n'est pas terminée, et c'est à chacun d'entre nous de participer à son dénouement. Laisserons-nous l'industrie de l'or noir polluer notre environnement et notre réputation? Aurons-nous le courage et la détermination de nous regrouper en communautés autour de projets qui minimisent nos impacts environnementaux et laissent un répit à notre planète, ce qui lui permettra peut-être de se guérir suffisamment vite pour que nos petits-enfants ne vivent pas dans le cauchemar anticipé par les prédictions des scientifiques? Combien de temps encore attendrons-nous? Combien de temps nous reste-t-il? Trop peu pour rester les bras croisés à attendre!

*****

Carmen Labelle - Lacolle
 
 
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