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    Analyse - L'après-Copenhague s'annonce laborieux

    Copenhague sous la neige et le froid, comme une grande partie de l’Europe. Au lendemain de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, il sera difficile de relancer des pourparlers pouvant mener à une entente globale contraignante.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Adrian Dennis Copenhague sous la neige et le froid, comme une grande partie de l’Europe. Au lendemain de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, il sera difficile de relancer des pourparlers pouvant mener à une entente globale contraignante.
    L'échec de la conférence de Copenhague est peut-être plus important qu'il n'y paraît de prime abord. La direction onusienne de la convention sur le climat et du protocole de Kyoto aura fort à faire pour relancer les pourparlers sur des bases susceptibles de déboucher sur une entente légalement contraignante et globale contre la hausse du climat.

    Les troupes d'élite du monde diplomatique qui se retrouvaient samedi avant-midi dans le Bella Center de Copenhague ressemblaient à une armée en déroute, désormais sans plan de bataille et composée d'éléments qui tiraient à volonté dans toutes les directions, certains envisageant même le désengagement, sauf ceux, évidemment, qui risquent d'y laisser leur peau à court terme, comme les petits pays insulaires, les plus vulnérables ou les moins développés.

    On a présenté à juste titre l'engagement des États-Unis et des quatre grands pays émergents — Chine, Inde, Brésil et Afrique du Sud — comme une avancée dans le dossier du climat.

    C'est un gain certes, mais fort relatif, car les États-Unis n'ont pas accéléré le pas d'un kilomètre à l'heure par rapport au plan de réduction national qui est présentement devant leur Congrès. Et, en tant que signataires du protocole de Kyoto, les quatre pays émergents dont on a souligné les engagements devaient de toute façon se mettre à table dans le cadre d'une deuxième phase de Kyoto. Le fait de s'engager maintenant avec les États-Unis dans une démarche placée plutôt sous la convention de Rio risque de les amener à se retirer ou à ne pas tenir compte des exigences de Kyoto, une brèche qui pourrait emporter tout le barrage, ce que souhaitent des délinquants comme le Canada.

    Plusieurs attribuent présentement aux États-Unis et au président Obama l'initiative d'avoir enfin lancé dans la bataille du climat les quatre grands pays émergents. Mais, en réalité, aucun de ces quatre pays n'a inscrit dans le registre créé par ce que l'on appelle l'Accord de Copenhague une seule mégatonne de plus que ce qu'ils avaient annoncé dans les semaines précédant la conférence. En réalité, ces annonces étaient beaucoup plus le résultat de la pression internationale exercée depuis deux ans par l'Europe avec son plan de réduction, qui est globalement un succès, et par le relèvement de ses cibles de réduction à 20 % sous la barre de 1990 d'ici à 2020. L'efficacité du plan européen tient au fait qu'il agissait comme un miroir impitoyable devant les grimaces hésitantes des États-Unis et de la Chine, deux pays responsables annuellement de la moitié des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Mais, pour l'instant, sauf à Copenhague où tout le monde a vu la faiblesse de Barack Obama dans ce dossier, c'est ce dernier qui ramasse, du moins chez lui, les lauriers de la fin de semaine.

    On peut d'ailleurs prendre la mesure de la faible volonté des États-Unis d'Obama de s'impliquer dans le dossier du climat quand on réalise qu'il ne met que 3,6 milliards dans la cagnotte de l'aide à l'adaptation aux pays les plus vulnérables. C'est beaucoup moins que les 10,6 milliards de l'Europe et des 11 milliards du Japon!


    Trois faiblesses majeures

    Cette entente, présentée comme une avancée, répète, sans plus, l'objectif de limiter la hausse de la température à 2 °C.

    Cela avait été décidé à la conférence de Bali et réitéré à celle de Poznan l'an dernier malgré les efforts du Canada pour faire biffer cet objectif. À Poznan, on avait au moins écrit en bas de page, dans une note âprement débattue, que cela représentait une réduction globale de 25 à 40 % sous la barre de 1990. Cet objectif opérationnel a disparu dans l'Accord de Copenhague. On n'y fait d'ailleurs état d'aucune ligne directrice qui pourrait établir un cadre de négociation entre pays développés et émergents: par exemple, des cibles absolues pour pays développés, des cibles en intensité pour pays émergents avec plafond absolu en 2020, et rien pour les plus vulnérables et les plus pauvres.

    De plus, l'Accord de la fin de semaine n'est qu'un accord justifiant de n'avoir aucun plan de match, chacun pouvant officiellement s'y engager à sa manière, selon ses modalités et avec ses cibles. Au fond, une seule règle: n'en avoir aucune, sauf celle de son bon vouloir. Comble du ridicule, il institue deux années de référence, soit 1990 comme dans le protocole de Kyoto, et 2005 pour les pays qui, comme le Canada et les États-Unis, utilisent cette année de référence pour masquer qu'ils n'ont rien fait entre 1990 et 2005.

    Mais le pire de tout, c'est que l'Accord de Copenhague ne contient même pas l'engagement de s'engager dans une négociation en cours d'année pour parvenir à un véritable traité à la conférence de Mexico l'an prochain. Dans les projets d'entente qui ont circulé dans les délégations vendredi, un tel engagement était prévu. Mais il a disparu en dernière minute. En somme, on reporte sine die, malgré les prétentions de Barack Obama, la négociation prévue par la «Feuille de route de Bali» et qui devait se matérialiser dans un traité à Copenhague cette année.

    La direction onusienne de la convention sur le climat et du protocole de Kyoto aura fort à faire pour relancer les pourparlers, car la valeur juridique de ce que l'on appelle l'Accord de Copenhague est tout simplement nulle et n'a même pas, comme le voulaient ses concepteurs, valeur de décision de la plénière des Parties. En effet, ce texte, négocié par un petit groupe de 27 pays, était pompeusement intitulé «Nous, chefs d'État, de gouvernement et ministres». Cela aurait été vrai si l'assemblée plénière l'avait voté et fait sien. Mais devant le refus de plusieurs pays d'y voir le reflet des efforts de négociation de l'ensemble des pays depuis deux ans, le document a été tout simplement reçu comme «information» par la plénière. Comme s'il s'agissait d'un simple rapport de comité. Il informe simplement la plénière de l'engagement non signé des États-Unis et des quatre pays émergents, qui n'y sont même pas nommés.

    Personne ne sait donc ce que valent aujourd'hui les engagements financiers que l'on y trouve pour les pays en développement.

    Cet accord ne peut non plus prétendre au titre de «Feuille de route de Copenhague» parce qu'il ne prévoit même pas la poursuite des pourparlers, ce qui sera néanmoins possible grâce au bon vieux protocole de Kyoto toujours en place.

    Si on a beaucoup parlé de la faiblesse de la présidence danoise durant la conférence, l'Union européenne aura un important examen de conscience à faire. Elle a tout misé sur le retour des États-Unis dans le dossier du climat, pensant ainsi les inciter à relever la barre. Ils l'ont plutôt abaissée à leur niveau, et l'Europe a laissé à beaucoup de pays en développement l'impression de les avoir floués en appuyant ce jeu. Tout ça parce qu'elle n'ose pas avancer avec ses alliés, quitte à risquer de marginaliser les États-Unis politiquement, voire à devoir frapper ses exportations et celles des délinquants, comme le Canada, d'une taxe carbone sur les importations. L'Europe a fait la preuve que l'on peut perdre la guerre autant en évitant une bataille qu'en la perdant dans un véritable affrontement, qui n'est pas souhaitable, mais peut-être inévitable à terme.
    Copenhague sous la neige et le froid, comme une grande partie de l’Europe. Au lendemain de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, il sera difficile de relancer des pourparlers pouvant mener à une entente globale contraignante. Un délégué français se repose durant une interruption dans le marathon de négociations qui s’est déroulé dans la nuit de vendredi à samedi au Bella Center, à Copenhague.












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