Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Conférence de Copenhague - Sarkozy lance le sprint final

    Hillary Clinton donne un avertissement très clair à la Chine

    «Nous ne sommes pas ici pour un colloque sur les changements climatiques mais pour prendre des décisions», a lancé hier Nicolas Sarkozy aux 1500 délégués des 193 pays représentés à Copenhague.
    Photo: Agence France-Presse (photo) «Nous ne sommes pas ici pour un colloque sur les changements climatiques mais pour prendre des décisions», a lancé hier Nicolas Sarkozy aux 1500 délégués des 193 pays représentés à Copenhague.
    Copenhague — Les 119 chefs d'État présents depuis hier à Copenhague — la plus forte cohorte jamais réunie dans une instance onusienne — ont amorcé en soirée le sprint final de négociation des grandes lignes d'un futur traité sur le climat, dont personne ne peut prédire la forme.

    Le signal de cette négociation, confiée depuis hier à deux groupes restreints responsables d'accoucher des deux documents qui allaient amorcer la longue nuit de négociations directes entre chefs d'État, a été lancé hier par les interventions-chocs de la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, et du président de la France, Nicolas Sarkozy.

    Dans une conférence de presse impromptue, Hillary Clinton a annoncé que les États-Unis se rallieraient à la création d'un fonds capable de débourser en 2020 quelque 100 milliards par année pour aider les pays en développement les plus touchés à faire face à un réchauffement planétaire dont ils ne sont pas responsables. Et les États-Unis, a-t-elle ajouté, sont d'accord eux aussi pour participer à un fonds d'aide de 10 milliards par année pour aider, entre 2010 et 2012, les pays en voie de développement à s'adapter au réchauffement du climat.

    Toutefois, la secrétaire d'État, qui s'attend à voir arriver aujourd'hui le président Barack Obama à Copenhague pour la finale des négociations, a ajouté que la participation des États-Unis est conditionnelle: «Sans une entente globale et opérationnelle, la part des États-Unis ne sera pas là» et il «n'y aura pas le genre d'action» que réclament à juste titre les pays en développement, a-t-elle averti.

    Elle a aussi lancé un avertissement très clair à la Chine. «Il est difficile d'imaginer, a-t-elle dit, que les États-Unis vont s'engager autant si la question financière ne s'accompagne pas d'un mécanisme de vérification transparent.» Mme Clinton n'a pas voulu s'attacher aux détails techniques des différents mécanismes qui permettraient de vérifier avec des normes standardisées les émissions de gaz à effet de serre ainsi que la façon dont l'aide financière des pays industrialisés sera dépensée. La Chine et le Brésil s'opposent au nom de leur souveraineté nationale à un mécanisme de reddition de comptes sur une base normalisée, accompagné d'un mécanisme de vérification, comme on en connaît dans d'autres conventions internationales, notamment celle sur la prolifération du nucléaire.

    «S'il n'y a même pas un engagement [de ces deux pays] pour rendre les choses plus transparentes, a-t-elle déclaré, ce sera suffisant pour que nous rompions nos rapports» avec la négociation sur le climat.

    Plus tôt, Mme Clinton s'était déclarée «profondément inquiète des conséquences des changements climatiques pour les pays en voie de développement» s'il devait ne pas y avoir, dans la nuit qui vient, une entente globale entre les grands pays émetteurs de GES, a-t-elle dit. «Ce serait une catastrophe.»

    Au même moment aux États-Unis hier, le vice-président Joe Bidden annonçait une enveloppe supplémentaire de 5 milliards pour la création d'emplois dans l'industrie de la production des énergies vertes.


    Sarkozy élargit le débat

    Parmi tous les chefs d'État qui défilent depuis deux jours en plénière, c'est le plaidoyer percutant du président Sarkozy qui a provoqué les plus vifs applaudissements hier et remué la plénière onusienne. Le président français a été d'autant plus apprécié qu'il a mis carrément la langue de bois de côté pour dire tout haut ce que la majorité des délégués pensent tout bas.

    «Nous ne sommes pas ici pour un colloque sur les changements climatiques mais pour prendre des décisions», a-t-il lancé aux 1500 délégués des 193 pays représentés à Copenhague, une allusion aux deux ou trois jours perdus dans des tergiversations sur la forme des consultations plutôt que sur le fond.

    Il a réclamé une convocation le soir même «de tous les leaders du monde pour négocier sur un texte» de compromis ou unificateur. «Sinon, a-t-il prédit, c'est l'échec». Une seule solution: «faire des compromis» et, ajoute-t-il, «arrêtons les positions» sur lesquelles les pays se campent sans grand changement depuis la conférence de Bali.

    Reconnaissant lui aussi que les pays développés ont une responsabilité «plus lourde» dans le réchauffement du climat, il a tracé les grandes lignes de cet accord-cadre, dont tout le monde parle et pour lequel les hauts fonctionnaires et mandataires auraient six mois pour le rédiger sous forme d'un texte juridique lors d'une prochaine conférence qui se tiendrait à Mexico, possiblement.

    Des États-Unis, la première puissance économique mondiale, il a dit qu'ils doivent «aller au-delà des engagements annoncés», une invitation à hausser la barre des réductions puisque notre voisin du Sud ne planifie même pas pour 2020 les réductions qu'il s'était engagé à Kyoto à réaliser pour 2008.

    De la Chine, le président Sarkozy a dit qu'elle ne pouvait plus soutenir sérieusement qu'un mécanisme de vérification transparente remettait sa souveraineté en cause, une remarque qui visait aussi le Brésil.

    Ciblant par ailleurs les principaux blocages des pourparlers en cours, Nicolas Sarkozy a mis au défi ceux qui s'objectent à ce qu'une aide financière soit accordée aux plus pauvres de venir le dire à la tribune plutôt qu'aux tables de négociation. Dans son style direct, le président français a aussi mis au défi ceux qui s'opposent à la mise au point de modes de financement «innovants», par l'entremise de taxes sur le pétrole ou sur les échanges de crédits d'émissions, de venir défendre leur point de vue à la tribune.

    Qui osera aussi soutenir, a-t-il poursuivi, que la transparence est bonne pour le reste de l'humanité mais pas pour soi, que les pays développés ne sont pas responsables de 80 % du réchauffement climatique, que les pays les plus pauvres n'auront pas droit à l'essentiel de l'aide financière disponible, qu'il ne faut pas soutenir financièrement ceux qui vont soustraire leurs forêts primaires pour maintenir leur capacité d'absorption des GES?

    Par ailleurs, il a stigmatisé les débats sur la forme d'une future entente: qu'on garde Kyoto et les autres accords en préparation au lieu de les opposer, a-t-il dit.

    La perspective que le protocole de Kyoto survive, avec ou sans le nom, a d'ailleurs été évoquée indirectement hier pour la première fois par le ministre canadien de l'Environnement, John Prentice, qui a lancé en conférence de presse cette phrase surprenante: après avoir refusé de qualifier le maintien possible du protocole de «recul» pour le Canada, il a ajouté que «le Canada est toujours lié à lui».












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.