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Le miroir danois

«Je mesure la rigueur environnementale des Danois et la différence [avec le Québec] me gêne»

Peu ou pas d’opposition, au Danemark, aux parcs d’éoliennes érigés en pleine mer. Les Danois y voient plutôt la signature tangible de leurs convictions énergétiques dans le paysage.
Photo : Agence Reuters Bob Strong
Peu ou pas d’opposition, au Danemark, aux parcs d’éoliennes érigés en pleine mer. Les Danois y voient plutôt la signature tangible de leurs convictions énergétiques dans le paysage.
Copenhagen — La pire façon de découvrir un pays, c'est d'aller y couvrir un événement comme journaliste. On est enfermé dans de grands hôtels où on passe du restaurant aux salles de conférence après le petit-déjeuner et on revient à sa chambre généralement tard le soir après avoir terminé son texte. Si on est chanceux, on a un peu de temps pour aller manger avec les collègues, ce qui nous fait découvrir un ou deux restaurants du centre-ville.

Mais en mars dernier, il n'y avait pratiquement plus de places disponibles dans les hôtels du centre-ville de Copenhague, à moins de débourser entre 600 et 1000 euros par nuit. J'ai fini par dénicher sur Internet un petit hôtel qui se trouve à l'opposé du centre-ville, plus loin encore que l'aéroport, dans un petit patelin qui s'appelle Graco. Panique la première journée, car avant de trouver la manière de me rendre au Bella Center, j'étais littéralement congelé après des heures d'attente à des coins de rue ou sur des quais de gare. Ces quelques heures dehors m'ont au moins sorti momentanément du décalage horaire et m'ont permis de m'orienter avant le grand coup d'envoi du lundi matin. Et heureusement, car même en me levant à six heures, il aurait fallu que je fasse le pied de grue pendant au moins trois heures pour atteindre le comptoir d'enregistrement des participants. J'avoue avoir triché un peu en m'insérant dans une équipe de télévision française qui a été autorisée à passer devant tout le monde pour ne pas rater sa mise en ondes... Ah, les liens de la culture!

Des choses intrigantes

Puis j'ai commencé à découvrir peu à peu ce pays et ses maisons qui donnent l'impression de n'avoir pas de solage tellement elles sont accroupies sur le sol, à cause sans doute du poids de leurs jolis toits couverts de tuiles, que je n'avais jamais vus enneigés. Le plus drôle, c'est qu'en trois jours d'aller-retour à Draco, j'ai découvert l'essentiel de la région à la noirceur du matin ou du soir, car Copenhague est à une latitude tellement élevée, probablement l'équivalent de Natashquan, qu'ici, les journées sont encore plus courtes en hiver qu'au Québec.

Mais comme je sors de la ville pour me rendre à mon petit havre près de la mer, je vois quand même des choses intrigantes. Par exemple, la route qui contourne l'aéroport et qui longe la mer sur des kilomètres a été construite à plus de 300 mètres du rivage et non dans l'eau, comme à Longueuil, à Québec ou à Beaupré, dans le style unique de notre ministère des Transports. Un employé municipal avec qui je petit-déjeunais avant-hier m'a expliqué que la population avait insisté pour que la berge et le marais salant soient protégés totalement de la barrière artificielle que forme toute route «pour la beauté du rivage et la santé des oiseaux», m'a expliqué l'aubergiste.

Le premier matin, j'ai aussi découvert une grande marina juste devant ma chambre. Mais croyez-le ou non, au lieu de creuser dans la berge pour accommoder le restaurateur, le pompiste et les services de réparation des bateaux de la marina en les rapprochant de la berge, on a plutôt construit la marina au bout du rivage, là où commence la mer. Une petite route étroite y mène, pour une empreinte minimale dans le marais salant. Quand je pense à nos marinas fluviales, que nos bateaux de plaisance rejoignent souvent par de longs canaux creusés dans les marais riverains, je mesure la rigueur environnementale des Danois et la différence me gêne.

Un peu plus loin dans mon champ de vision, au large, à trois ou quatre kilomètres, j'admire un immense parc d'éoliennes géantes plantées en pleine mer. Elles sont près d'une centaine, d'une hauteur d'environ 75 mètres, m'a-t-on expliqué. J'ai immédiatement demandé à mes hôtes s'il y avait eu de l'opposition au nom de la préservation du paysage marin. On m'a regardé comme si j'étais un Martien. Quoi? S'opposer à une signature aussi tangible de ses convictions dans le paysage? Par contre, la construction d'une centrale thermique pas très loin de la même à haute tension qui dessert les éoliennes a fait jaser en raison de sa pollution.

Noël aux chandelles?

Mercredi soir, en sortant du Bella Center, il y avait deux à trois pouces de neige et pas encore trop de vent. J'ai mis mes bottes bien chaudes pour aller faire une marche et voir un peu le village de Graco sous la neige. On balayait mécaniquement les trottoirs plutôt que de les nettoyer avec une gratte et de devoir les saler. Un détail a frappé ma fibre nord-américaine, soit le fait que presque toutes les maisons avaient éteint leurs lumières extérieures et que l'éclairage des rues était fermé, un poteau sur deux, après 10h. Plus intriguant encore, dans plusieurs maisons, on pouvait voir de la rue des chandelles allumées. Était-ce pour ajouter une touche de Noël romantique ou pour conférer aux pièces une atmosphère chaleureuse? Ou par tradition culturelle? Je ne sais pas, mais je suis sûr que ce n'est pas parce qu'on craint de manquer d'électricité.

Et au Danemark, on n'utilise pas les autoroutes en guise de vitrine technologique pour les entrepreneurs en PPP. On fait plutôt goûter aux visiteurs l'efficacité des transports en commun. Je fais ainsi soir et matin mes 25 km entre Draco et le Bella Center en une trentaine de minutes, gratuitement, car le gouvernement a offert des passes gratuites pour tous les transports de la région aux 25 000 étrangers durant les 15 jours de la conférence. Entre l'aéroport et le centre-ville, le Danemark a multiplié les navettes gratuites pour les visiteurs. Ça, c'est du monde accueillant.

Au fond, je m'attendais à retrouver au Danemark un pays relativement semblable au nôtre, question climat et latitude. Mais je me rends compte que non seulement les humains d'ici l'ont façonné en correspondance avec leur culture et leurs valeurs, mais qu'ils le conservent au même moment où nous démolissons pour construire des McDo et des avenues commerciales toutes semblables, de Cincinnati à Joliette, sur le modèle du boulevard Taschereau de Longueuil.
 
 
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  • Jacques Lalonde
    Abonné
    vendredi 18 décembre 2009 00h52
    Passionnant votre témoignage !
    Comme si de rien n'était, vous nous livrez un témoignage fort révélateur de votre séjour au Danemark. Du Francoeur à !00%.

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net

  • Guillaume Landry
    Abonné
    vendredi 18 décembre 2009 06h18
    La puanteur culturelle
    Merci d'avoir franchement aidé quant à la description de ce que je qualifie d'irresponsable : la mentalité canadienne face au climat. Nous ne valons pas mieux que les Américains. Seulement, nous avons la chance d'être réparties sur un large territoire qui dissimule nos actes et notre mentalité de consommation faussement nécessaire, un privilège inconscient de la population.
    Lors de votre retour au Canada, vous avez comme moi, comme plusieurs, ressenti ce que j'appelle la puanteur culturelle. Sensation liée à l'effet de contraste, entre autres, lors du passage du Danemark au Canada.

    G.Landry

    www.rationalium.com

  • Denis L'Homme
    Abonné
    vendredi 18 décembre 2009 09h26
    L'approche danoise
    Il serait intéressant de voir comment les Danois s'y prendrait pour refaire l'échangeur Turcot et ce qu'ils penseraient du projet de transformer la rue Notre-Dame en autoroute.

  • Rousseau Dany
    Inscrit
    vendredi 18 décembre 2009 09h45
    Et que dire des hôtels
    Oui, en général, les européens ont une longeur d'avance dans bien des domaines. Ce qui m'avait marqué des les couloirs de la majorité des hôtels c'est la présence de détecteurs de mouvements. Si personne ne circule dans les couloirs, les lumières restent éteintes. Dès qu'on sort de sa chambre les lumières s'allument sur notre passage et se referment rapidement derrière. Ah oui, il y a aussi un système pour insérer sa carte de chambre (clé) sans lequel les lumières de la chambre ne peuvent être alumées. Donc, dès que l'on sort de la chambre - on prend de sa clé pour sortir - toutes les lumières s'éteignent automatiquement.

    Il me semble que des entreprises du Québec devraient investir ici dans ces créneaux avec l'appui d'Hydro-Québec. On veut en faire des économies d'énergie ou pas ? Question de culture probablement, comme vous dites...

  • Julien Beauregard
    Inscrit
    vendredi 18 décembre 2009 11h31
    le truc à Claude Dubois
    Comme ça vous avez utilisé un passe-droit avec la télé française pour entrer au Bella Center? On appelle ça le «truc à Claude Dubois» ici :)

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    vendredi 18 décembre 2009 12h55
    Quand je me compare...
    ... je me désole encore davantage...

  • France Marcotte
    Abonnée
    vendredi 18 décembre 2009 13h10
    Alice au pays des Danois
    Oh! la la! , si ce que vous avez observé est vraiment représentatif de la manière de faire des Danois, cela ressemble à un rêve éveillé de plusieurs Québécois devenu réalité et vous donnez envie de traverser ce miroir et d'y rester. Mais quoi de plus frustrant, en regardant simplement par sa fenêtre à Montréal, de savoir que de rêver, c'est à peu près le seul pouvoir qu'on a devant la lourde charrue de nos élus qui bloque le chemin.

  • Louis-Marie Poissant
    Abonné
    vendredi 18 décembre 2009 13h45
    En effet, assez impressionnant sur Google maps!
    ici, si la ville est en réalité" Dragor" :
    http://maps.google.ca/maps?f=q

  • Louis-Marie Poissant
    Abonné
    vendredi 18 décembre 2009 13h51
    Et les éoliennes sont ici, bien visibles. Fascinants ces danois!

  • Louise Saint-Pierre
    Abonné
    vendredi 18 décembre 2009 14h48
    Où est la réelle volonté de changement?
    Votre compte rendu de voyage au Danemark, Monsieur Francoeur, est fort instructif. Merci! Il nous donne aussi à penser que,oui, c'est possible de changer les mentalités et les comportements face aux problèmes environnementaux.
    Malheureusement, nos politiciens, qui aiment beaucoup se faire voir à l'étranger , voyagent la plupart du temps pour des intérêts strictement commerciaux. Ils ne voient que ce qu'ils veulent voir.
    Ils aiment aussi beaucoup engager des équipes de consultants qui leur diront ce qu'ils veulent entendre.
    Ils sont aux crochets des intérêts pétroliers et gaziers. Ils causent beaucoup plus qu'ils n'agissent réellement.Si la nature ne nous avait fait cadeau des rivières pour l'hydro-électricité, nous n'aurions pas grand chose pour nous vanter au plan de la protection de l'environnement.
    Mais, il y a aussi la volonté des Canadiens et des Québécois de changer des choses.
    Eux aussi ils causent beaucoup. Cependant quand on parle de restreindre les gros véhicules polluants, les motoneiges, les maisons de grandeur démesurée, les multiples voyages en avion, on sent que la volonté populaire n'y est plus. On a l'impression que rien ne peut restreindre l'appétit de consommation qui engendre tous ces problèmes. Peut-être faudrait-il se demander ce qu'on est prêt à exiger de nos gouvernements...

  • Olivier Landry
    Abonné
    dimanche 27 décembre 2009 12h00
    A la hauteur de Natashquan?
    Pff! Natashquan est à la hauteur de Bruxelles, environ. Quand Copenhague, elle est à la hauteur de Grande-Baleine.

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