Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Le Canada aggrave son cas

    Jim Prentice ne nie pas que l'effort attendu des secteurs pétrolier et gazier puisse être divisé par trois

    Pendant que des manifestants dénonçaient à Copenhague hier l’inaction des grands acteurs mondiaux contre le réchauffement climatique, le Canada refusait de nier que l’effort demandé aux secteurs du pétrole et du gaz pourrait être trois fois moindre que prévu.
    Photo: Agence Reuters Christian Charisius Pendant que des manifestants dénonçaient à Copenhague hier l’inaction des grands acteurs mondiaux contre le réchauffement climatique, le Canada refusait de nier que l’effort demandé aux secteurs du pétrole et du gaz pourrait être trois fois moindre que prévu.
    La série noire continue pour le Canada: après le canular de lundi, ce fut hier la divulgation de son plan secret pour faciliter la vie des grands émetteurs de GES qui a aggravé son cas. Le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, a donc tenté hier de minimiser à Copenhague l'impact de la divulgation par le réseau CBC d'un projet de politique sur le contrôle des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui serait en deçà des objectifs officiellement annoncés par le gouvernement Harper en 2007.

    «Ces documents ne représentent pas la position du Canada», a affirmé le ministre Prentice dans les locaux du centre Bella de Copenhague. Il a aussitôt nuancé sa première affirmation en disant que ce n'était pas la position de son gouvernement parce qu'«aucune décision n'a été prise par le cabinet». Du moins à ce moment-ci.

    Il a été par la suite impossible de savoir pourquoi le ministre avait néanmoins acheminé ce projet de politique au cabinet fédéral, s'il est conforme aux orientations qu'il entend imprimer au programme canadien de réduction des émissions et s'il va divulguer ces documents comme l'ont réclamé à Copenhague des représentants du Bloc québécois, du Parti libéral et du Parti vert du Canada. Au moment où Le Devoir a voulu poser ces questions, l'attaché de presse du ministre, Frédéric Baril, a jugé que la conférence de presse avait assez duré.

    Le ministre Prentice a aussi répliqué au premier ministre québécois, Jean Charest, qui lui avait reproché plus tôt dans la journée de ne pas vraiment représenter à Copenhague la majorité des Canadiens avec des cibles de réduction aussi basses, comme l'indiquent les sondages.

    Le ministre Prentice a alors expliqué que le Québec étant revenu en 2006 à un niveau d'émissions comparable à celui de 1990, son objectif de -20 % d'ici 2020 est donc identique à celui du Canada, qui lui aussi applique sa réduction de 20 % au niveau de 2006. Le ministre Prentice n'a toutefois pas précisé qu'en 2006, le Canada n'avait pas ramené ses émissions au niveau de 1990 comme l'a fait le Québec et que les émissions canadiennes dépassaient ce niveau de référence de 26 %, un détail que le gouvernement fédéral passe sous silence.

    Quant au document rendu public par le réseau CBC et qui était rendu dans l'antichambre du cabinet fédéral — on ne sait pas si c'était pour examen ou approbation —, il s'agit d'un projet de politique qui prévoit des niveaux de réductions d'ici 2020 pour les secteurs du gaz et du pétrole qui se limiteraient à 15 mégatonnes (millions de tonnes) plutôt qu'aux 48 Mt que le gouvernement Harper annonçait en 2007. Ces 15 Mt représentent moins de 6 % de la réduction de 270 Mt que le Canada devra réaliser pour revenir simplement au niveau d'émissions de 1990.

    Les exigences fédérales seraient aussi trois fois moindres, selon CBC et Radio-Canada, envers le secteur manufacturier lourd et le secteur minier. Les nouvelles entreprises de ces secteurs obtiendraient gratuitement des permis d'émissions, alors qu'aux États-Unis et en Europe, on les vend, ont noté les écologistes. Et le projet fédéral prévoit même que les entreprises pourraient atteindre leurs objectifs en versant de l'argent au fonds de développement technologique, ce qui fait que dans la réalité, les émissions globales pourraient augmenter.

    Si Ottawa s'en tient à cette réduction, en 2020, selon Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, les secteurs du gaz et du pétrole auront alors augmenté leurs émissions de 37 % au-dessus du niveau de 2006, soit l'année de référence que choisit le gouvernement Harper pour sa politique.

    Cette divulgation imprévue a valu hier au Canada un septième prix Fossile du jour de la part du Réseau action climat international parce que, précisait le communiqué d'Équiterre, le Canada «est trois fois pire que ce que nous pensions» avec des réductions trois fois inférieures au niveau annoncé.

    Pour les groupes écologistes du Réseau action climat du Canada, «on peut conclure sans l'ombre d'un doute que le gouvernement se prépare à ne pas même atteindre les cibles trop faibles d'émissions qui sont les siennes, soit 20 % sous le niveau de 2006», a affirmé Matthew Bramley.

    Pour Steven Guilbeault, d'Équiterre, «ce gouvernement ment aux Canadiens, aux parlementaires et à la communauté internationale, devant qui il ose demander des efforts supplémentaires aux pays en développement pour donner plus de jeu à son industrie pétrolière».

    Le chef du NPD, Jack Layton, qui est présent à Copenhague, a déclaré hier soir au Devoir que «c'est très inquiétant: quand le reste du monde demande au Canada d'en faire plus, tout ce que ce gouvernement réussit à faire, c'est de planifier d'en exiger moins des pétrolières».

    Bernard Bigras, le critique du Bloc québécois en matière d'environnement, estime que le ministre Prentice doit rendre ce document public et dire clairement ce qu'il en pense pour dissiper tout doute sur sa crédibilité dans les négociations en cours à Copenhague. Le député bloquiste pense cependant «qu'il y a de fortes chances que cela représente sa pensée ou ses intentions», car son ministère n'aurait pas fait monter un pareil document aussi haut s'il n'avait pas eu l'aval du ministre.

    Du côté libéral, on s'insurge de ce que le gouvernement ait ne serait-ce que songé à accorder un traitement préférentiel à l'industrie pétrolière. «Pourquoi un secteur de l'économie aurait-il un traitement préférentiel?», se demande le critique libéral en matière d'environnement, David McGuinty. «On veut un plan qui traitera les provinces avec égalité et les secteurs avec égalité.»

    Jacques Rivard, le nouveau porte-parole québécois du Parti vert, n'est pas surpris par ces révélations car, dit-il, «le gouvernement Harper a toujours accordé la priorité à la production d'énergie et aux sables bitumineux», et que ces priorités tiennent lieu au Canada de politique sur les changements climatiques.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.