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Le sommet de Copenhague - Le leadership politique est une nécessité, notamment pour protéger les forêts africaines

Wangari Mathaai et Paul Martin - Respectivement lauréate du prix Nobel de la Paix et ancien premier ministre du Canada, les auteurs sont coprésidents du Fonds forestier du bassin du Congo  14 décembre 2009  Actualités sur l'environnement
Pêche traditionnelle sur le fleuve Congo, près de Kisangani, en République démocratique du Congo
Photo : Agence France-Presse Marco Langari
Pêche traditionnelle sur le fleuve Congo, près de Kisangani, en République démocratique du Congo
Le bassin du Congo possède une vaste zone de forêt humide, la deuxième au monde du point de vue de l'étendue. Or, cette forêt est en voie de destruction. Nous en appelons donc aux dirigeants internationaux pour qu'ils agissent avec fermeté à Copenhague, et qu'ils s'engagent à soutenir par des compensations financières les pays en voie de développement qui protègent leurs forêts. Une action immédiate, pour sauver ce qu'il en reste et fournir à ces pays d'autres sources de revenus, profitera tant à l'ensemble du continent africain qu'au climat mondial.

De quelle manière au juste ces forêts sont-elles liées aux enjeux climatiques? On sait qu'à l'échelle du monde, les forêts tropicales jouent un rôle essentiel dans la résilience de la planète face aux changements climatiques, et que les forêts font office de gigantesque puits de carbone. Les recherches scientifiques montrent que 17 % des émissions globales de carbone sont dues à la déforestation et à la dégradation forestière.

L'impact de ces émissions sur les changements climatiques peut difficilement être surestimé. Quand le climat évolue vers une accentuation de la sécheresse, les forêts intactes protègent les ressources en eau. S'il devient plus humide, les arbres font obstacle à l'érosion des sols et aux inondations. L'existence des forêts tropicales est donc aussi cruciale lorsqu'il s'agit de modérer les changements climatiques qu'à la nécessité de s'y adapter.


Conséquences de l'inaction

Imaginons un instant les conséquences qu'entraînerait, pour les pays situés dans le bassin du Congo et le reste de l'Afrique, l'inaction de la conférence de Copenhague sur ce sujet. Les quelque 200 millions d'hectares que couvrent ces forêts fournissent nourriture, abri et travail à plus de 50 millions d'habitants. Qu'adviendra-t-il de ces populations si elles perdent ce qui les fait vivre — dans une région du monde où l'on émerge à peine des guerres civiles, et où l'expérience des conflits et des troubles est encore présente? Que se produira-t-il si cette zone de captage qu'est le bassin du Congo cesse d'alimenter en eau une grande partie de l'Afrique par de grands fleuves comme le Congo? Que deviendront les activités de pêche, à l'intérieur des terres et sur les côtes, si les rythmes de crues réguliers du Congo et d'autres fleuves viennent à changer?

Nous n'avons pas toutes les réponses, mais nous savons avec certitude que les pays les plus pauvres seront les premiers à souffrir des changements climatiques, et que les plus pauvres d'entre les pauvres seront ceux qui souffriront le plus. En outre, si l'histoire peut nous servir de guide, nous pouvons prévoir que la rareté des ressources, alliée à l'instabilité politique et économique que génèrent des conditions climatiques extrêmes, débouchera sur des conflits.


Agir maintenant

Dans le cadre d'une rencontre de haut niveau parrainée par le Prince de Galles le mois dernier à Londres, un rapport élaboré a été présenté par un groupe de travail informel regroupant tous les principaux pays forestiers et les gouvernements des plus grands pays développés sur la manière dont pourrait être financée la protection des forêts tropicales. La proposition qui en ressort est simple: une dépense de 15 à 25 milliards d'euros d'ici à 2015 permettrait de réduire la déforestation de 25 %. Cela se traduirait par une réduction cumulée des émissions de CO2 de 7 milliards de tonnes — soit autant que ce que produisent les États-Unis en un an. Pour y parvenir, nous devons agir maintenant.

À Copenhague, nous avons besoin d'engagements réels et de chiffres de l'ordre de ceux qui viennent d'être cités. Tout en reconnaissant qu'il est important de disposer de ressources financières importantes, nous sommes également conscients de la nécessité, pour les pays en voie de développement, de se rallier à un accord sur la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD plus) et d'apporter leur contribution par la mise en oeuvre de stratégies nationales destinées à faire reculer la disparition des forêts. En deux mots, c'est à ces pays que reviendra le gros du travail.


REDD plus

La conférence de Copenhague examine une proposition intitulée REDD plus, qui a pour objet le financement, par les pays développés, de la réduction des émissions provenant des activités forestières et des sols forestiers dans les pays en voie de développement. Durant nos voyages en Afrique, nous avons entendu l'argument selon lequel seuls les pays possédant des forêts gagneraient à l'instauration du dispositif REDD plus.

C'est une idée fausse. Toute la région tirerait bénéfice d'une telle mesure, pour au moins deux raisons: tout d'abord, les possibles conséquences des changements climatiques — la sécheresse, les inondations et la régression en matière de sécurité alimentaire — affecteront la région tout entière. D'autre part, la signature à Copenhague d'un accord sur le mécanisme REDD plus pourra ouvrir la voie à un système qui, à l'avenir, permettra également d'attribuer des compensations aux pays en voie de développement pour le carbone stocké hors des forêts, par exemple dans les terres agricoles.

Nous nous adressons aux dirigeants du monde pour qu'ils s'entendent à Copenhague sur un accord ambitieux concernant les forêts tropicales. Il faudrait que le dispositif mis en place fournisse un financement adapté, durable et prévisible aux pays qui réussissent à réduire ou contenir leur déforestation. Les dirigeants mondiaux doivent agir immédiatement sur ce point.


Des actions urgentes

Une action immédiate permettrait de ralentir le recul des plus grandes zones boisées de la planète. Des quantités énormes de carbone, au lieu d'être relâchées dans l'atmosphère, resteraient stockées en toute sécurité au coeur des forêts vivantes. Ces forêts perdureraient, pour le plus grand bien des communautés locales — qui continueraient à y exploiter de manière durable des ressources traditionnelles. Elles offriraient une meilleure résilience aux conséquences des changements climatiques.

De surcroît, la coïncidence de nouveaux modes de gestion des forêts et de l'arrivée de ressources en provenance des régions développées du monde pourrait être l'occasion de mettre les pays concernés sur la voie d'un développement durable, à faible production de carbone. Un développement de ce type met l'accent sur les sources d'énergie alternatives non polluantes, et sur des moyens d'existence différents — voire plus conséquents — pour les populations.

L'espoir serait de contribuer à lutter contre le réchauffement global, tout en fournissant aux pays en voie de développement — dont bon nombre situés dans le bassin du Congo — les possibilités de se développer et de subvenir de manière durable aux besoins de leurs habitants. Enfin, un tel engagement liant les pays développés et en voie de développement représenterait une passerelle ou un point de rencontre important, propre à réunir véritablement le nord et le sud dans la bataille contre les changements climatiques.

Pour toutes ces raisons, nous econgon appelons aux dirigeants mondiaux, afin qu'ils s'engagent résolument dans des partenariats durables sous l'égide du programme REDD plus et qu'ils oeuvrent à sauver les forêts tropicales restantes. Nous devons passer aux actes dès aujourd'hui — avant que les forêts ne disparaissent et que les changements climatiques ne deviennent irréversibles. Nous savons ce que nous avons à faire. Nous savons comment nous y prendre. Nous ne pouvons plus nous contenter de négociations. Il nous faut une action systématique, menée à grande échelle, sans perdre de temps.

*****

Wangari Mathaai et Paul Martin - Respectivement lauréate du prix Nobel de la Paix et ancien premier ministre du Canada, les auteurs sont coprésidents du Fonds forestier du bassin du Congo
 
 
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