jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 14h05
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Mayday pour le climat de la Terre des Hommes !

Les objectifs annoncés jusqu'ici par les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre restent très insuffisants pour stabiliser le climat au regard des derniers constats scientifiques

Alain F. Brunel - Sociologue des organisations chez Technologia de Paris et cofondateur de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique  14 décembre 2009  Actualités sur l'environnement
Mayday! Mayday! Mayday! L'appel international de détresse des navires et des aéronefs doit désormais être lancé pour le climat de la Terre des Hommes. Le risque d'un emballement catastrophique du climat est à nos portes. En ce moment crucial des négociations climatiques, les décideurs du monde doivent enfin agir en conséquence de l'alerte rouge lancée par les scientifiques.

Les objectifs annoncés jusqu'ici par les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre (GES) restent très insuffisants pour stabiliser le climat au regard des derniers constats scientifiques. Seule une mobilisation mondiale portée par une véritable déclaration de guerre aux GES serait à la hauteur du risque climatique. La sécurité du monde et la vie de milliards d'humains sont en jeu. Mais pour agir résolument, il faut d'abord croire ce que nous savons...

N'en déplaise aux négationnistes de la crise climatique, le processus d'examen de la preuve du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) est foncièrement conservateur. Son résumé des dernières recherches scientifiques (Climate Change Science Compendium, septembre 2009) le démontre clairement: les effets des changements climatiques sont actuellement sous-estimés, notamment parce que les émissions globales de GES sont 40 % plus élevées qu'en 1990, que leur croissance dépasse les scénarios les plus énergivores envisagés par le GIEC, mais aussi parce que le système climatique semble plus sensible qu'on l'estimait naguère.


Derniers constats alarmants

Les manifestations du «forçage climatique» des GES arrivent plus vite que prévu en matière de montée du niveau des mers, d'acidification des océans, de fonte de la banquise arctique, du réchauffement des masses continentales polaires et des changements dans les modèles de circulation atmosphérique et océanique.

Le résumé 2009 du GIEC souligne ainsi les situations vers lesquelles nous sommes «déjà engagés»:

- une acidification des océans qui va endommager ou détruire les récifs coralliens et plusieurs des espèces qu'ils abritent;

- une hausse probable du niveau des océans d'un mètre d'ici à la fin du siècle et une hausse de cinq à dix fois plus importante pour les siècles suivants;

- la perte des glaciers de montagne tropicaux et tempérés qui va assécher l'irrigation et les installations hydroélectriques et altérer la vie de 20 à 25 % de la population mondiale;

- la disparition de climats régionaux, la destruction de leurs écosystèmes et l'extinction des espèces, à mesure de l'expansion vers les pôles de la zone de convergence intertropicale et des déserts qui la bordent.


Réduction de GES

Ces mégaphénomènes se déploient sous nos yeux alors que la température moyenne du globe a augmenté de seulement 0,8 °C depuis 1850. La concentration actuelle de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère (387 parties par million ou ppm) est très proche des concentrations d'il y a trois millions d'années (400 ppm), époque des premiers hominidés. La température moyenne était alors plus élevée de 3 à 5 °C. Les prévisions du GIEC sous-estimeraient donc le potentiel de réchauffement à long terme des concentrations de CO2 déjà acquises.

L'objectif de l'ONU est de limiter la hausse de la température globale à quelque 2 °C, au-delà de laquelle les scientifiques redoutent des effets d'amplification comme une déglaciation accélérée des calottes glaciaires ou le dépérissement de la forêt amazonienne qui deviendra alors source de carbone. Pour atteindre cet objectif, il faut impérativement réduire les GES de 25 à 40 % d'ici à 2020, par rapport aux niveaux de 1990, afin d'amorcer leur réduction globale avant la fin de cette décennie décisive.

Mais il faudra faire bien plus: les scientifiques du GIEC affirment clairement la nécessité de décarboner massivement la société humaine à l'horizon 2050, afin que les 9 milliards d'humains d'alors produisent moins d'une tonne de CO2 par an et par personne. Pour les pays riches, cela signifie des réductions de 80 à 95 % des émissions moyennes par rapport au niveau de l'an 2000. [...]


«Pour une révolution énergétique»

Même l'Agence internationale de l'énergie, dans son récent rapport, appuie l'objectif de Greenpeace «pour une révolution énergétique». Les analystes institutionnels partagent désormais le diagnostic des écologistes devant cette vérité implacable: l'usage actuel et tendanciel des énergies fossiles est incompatible avec les grands équilibres écologiques de la planète!

D'innombrables initiatives réinventent l'avenir dans cette perspective. L'Allemagne projette l'installation de 40 parcs éoliens marins pouvant approvisionner jusqu'à 12 millions de foyers. Le Costa Rica veut émettre zéro carbone d'ici à 2021. L'Écosse publie un budget 2010-2011 dont les dépenses sont traduites en émissions de CO2 avec l'objectif de réduire ses émissions de 42 % d'ici à 2020. L'alliance Renault-Nissan prépare une gamme de voitures électriques zéro émission et veut mailler les territoires de bornes de recharge rapide. L'Espagne, le Portugal et Israël, notamment, ont signé des accords de développement en ce sens. Dans l'habitat, on sait aujourd'hui faire des bâtiments qui ne consomment presque pas d'énergie, voire qui produisent des surplus!

D'importantes ressources sont nécessaires pour développer les solutions de rechange énergétiques et simultanément engager les inévitables mesures d'adaptation aux bouleversements à venir. Où trouver l'argent? Taxer les énergies fossiles, à proportion du carbone dégagé par leur production et leur usage, consiste à appliquer fort logiquement le principe pollueur payeur. Comme chacun le sait, le signal prix permet d'orienter les comportements. Preuve est faite, grâce à l'exemple de pays socialement innovants comme la Suède, qu'une taxe carbone (appliquée là-bas depuis 1991) permet de réduire les GES sans nuire à l'économie, bien au contraire. La France propose aussi une taxe sur les transactions financières, à hauteur de 0,01 %, qui rapporterait environ 500 milliards d'euros en 20 ans.

L'objectif de décarboner le monde touche tous les secteurs d'activité. Imagination, courage et détermination sont demandés. Il exige un soutien massif et durable des puissances publiques. Il suppose l'engagement de tous à d'importants changements de priorités et de pratiques. Alors, ne pardonnez surtout pas à ceux qui, comme le premier ministre canadien Stephen Harper, font encore et toujours l'autruche devant les enjeux des changements climatiques. Car ils savent parfaitement ce qu'ils font: de petits calculs politiciens au profit de grands calculs pétroliers. Fossile attitude... Funestes conséquences...

*****

Alain F. Brunel - Sociologue des organisations chez Technologia de Paris et cofondateur de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012