Pauvre petite planète
On va la décortiquer à Copenhague, l'examiner à la loupe, la tourner dans tous les sens jusqu'à ce qu'elle ne sache plus si elle peut continuer à tourner ou si elle doit se recroqueviller dans son coin en attendant qu'on décide de son sort. Les savants, comme les ignorants, sont si nombreux à son chevet qu'ils ont fini par tout mélanger. Comment voulez-vous qu'elle s'en sorte? Personne n'écoute plus depuis longtemps ce qu'elle a à dire sur son propre avenir.
Certains disent qu'elle est gravement malade. Que bientôt son état sera tellement détérioré qu'aucune intervention ne pourra lui sauver la vie. D'autres, au contraire, affirment que tout ça n'est que pure invention et que l'état de la planète ne justifie pas des réunions comme celle de Copenhague, où 192 pays (193 si on compte le Québec dont le premier ministre aime bien jouer les vrais hommes d'État quand il est à l'étranger), 193 pays donc, sont venus afficher les efforts qu'ils sont prêts à consentir pour sauver la malade.
On craint évidemment qu'il y ait de la surenchère, chaque pays voulant montrer qu'il est plus fort que l'autre, qu'il maîtrise mieux ses dossiers de pollution et qu'il a l'intention d'étouffer ses gaz à effet de serre avant que les dommages soient irrécupérables et bien avant les autres pays du monde. On montre ses muscles, on tonne sa bonne volonté, on prend des engagements qu'on devra peut-être revoir à la baisse à la prochaine réunion internationale, on s'agite beaucoup. On chiffre.
On chiffre les dommages qu'il faudra réparer. On chiffre les coûts de ces interventions sur les pays riches, mais aussi sur les pays pauvres. On chiffre les taux acceptables de poisons dans l'air et ailleurs. On chiffre le nombre d'années qu'il nous reste aussi bien que le nombre d'années gaspillées. On chiffre les tonnes de saletés de toutes sortes qui nous retombent sur la tête. La Terre se lamente. Elle n'en peut plus. On a rasé ses forêts, on a vidé ses rivières, on la viole et on la tue sans remords.
***
Les pays qui se sont réunis pour mieux s'unir, pour planifier leur action à la grandeur de la planète puisque le mal est partout, auront du mal à trouver un accord qui satisfasse tout le monde. Les frustrations seront grandes.
Les entreprises polluantes, qui gagnent des fortunes chacune dans son domaine, font de la résistance. Elles affirment qu'elles savent ce que le «client» demande. Il veut du plus gros, du plus rapide, du plus scintillant, du plus beau, du plus facile, du plus blanc, du plus solide... et du moins cher. Ses désirs sont des ordres. Le client veut voyager en avion, rouler en voiture et manger trois fois par jour. Il veut et on lui donne ce qu'il veut.
Peut-être se trouvera-t-il quelqu'un à cette conférence pour chiffrer non seulement le nombre de délégués, mais le nombre de journalistes, le nombre d'avions qu'il a fallu pour transporter tout ce monde autour du monde, le nombre de limousines pour les dignitaires, la quantité d'essence pour tous ces déplacements et les tonnes de CO2 émises dans l'atmosphère par tous ces invités. Le Danemark aura fourni quelle quantité d'eau pour les douches, quelle quantité de légumes et de viande, quelle quantité de bière? Pour quel résultat? Ça reste à voir.
***
Je fais partie de ceux qui espèrent que Copenhague n'aura pas été un exercice inutile où les dirigeants de nos multiples pays vont parader. Je sais que Stephen Harper, à moins d'un miracle, continuera d'avoir un noeud dans la langue parce qu'il a un noeud dans l'esprit au sujet de l'environnement et qu'il n'a que du pétrole dans les veines au lieu du sang.
Je sais que Jean Charest va se donner des airs de président de la République du Québec en espérant faire avancer sa carrière personnelle bien davantage que le bien-être des Québécois. Je sais que les Européens vont jouer du coude pour affirmer leur leadership mondial et impressionner Barack Obama. Je sais que les Chinois vont se demander ce qu'ils peuvent en tirer ou s'ils se sont déplacés pour rien. Toutes des situations qui sont prévisibles. Il serait bien étonnant qu'il en soit autrement. Les pays ont du mal à sortir de leurs ornières.
Par contre, nous les citoyens, nous les Terriens, nous aurions peut-être intérêt à surveiller ce qui va se passer à Copenhague puisque notre avenir en dépend. Ça pourrait nous donner une idée de combien de temps on dispose. Au moment où nous sortons les vieux disques avec des «Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté», on pourrait peut-être chiffrer le nombre de fois qu'il nous reste à manger de la tourtière et de la dinde au même repas... histoire de se faire à l'idée.
Certains disent qu'elle est gravement malade. Que bientôt son état sera tellement détérioré qu'aucune intervention ne pourra lui sauver la vie. D'autres, au contraire, affirment que tout ça n'est que pure invention et que l'état de la planète ne justifie pas des réunions comme celle de Copenhague, où 192 pays (193 si on compte le Québec dont le premier ministre aime bien jouer les vrais hommes d'État quand il est à l'étranger), 193 pays donc, sont venus afficher les efforts qu'ils sont prêts à consentir pour sauver la malade.
On craint évidemment qu'il y ait de la surenchère, chaque pays voulant montrer qu'il est plus fort que l'autre, qu'il maîtrise mieux ses dossiers de pollution et qu'il a l'intention d'étouffer ses gaz à effet de serre avant que les dommages soient irrécupérables et bien avant les autres pays du monde. On montre ses muscles, on tonne sa bonne volonté, on prend des engagements qu'on devra peut-être revoir à la baisse à la prochaine réunion internationale, on s'agite beaucoup. On chiffre.
On chiffre les dommages qu'il faudra réparer. On chiffre les coûts de ces interventions sur les pays riches, mais aussi sur les pays pauvres. On chiffre les taux acceptables de poisons dans l'air et ailleurs. On chiffre le nombre d'années qu'il nous reste aussi bien que le nombre d'années gaspillées. On chiffre les tonnes de saletés de toutes sortes qui nous retombent sur la tête. La Terre se lamente. Elle n'en peut plus. On a rasé ses forêts, on a vidé ses rivières, on la viole et on la tue sans remords.
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Les pays qui se sont réunis pour mieux s'unir, pour planifier leur action à la grandeur de la planète puisque le mal est partout, auront du mal à trouver un accord qui satisfasse tout le monde. Les frustrations seront grandes.
Les entreprises polluantes, qui gagnent des fortunes chacune dans son domaine, font de la résistance. Elles affirment qu'elles savent ce que le «client» demande. Il veut du plus gros, du plus rapide, du plus scintillant, du plus beau, du plus facile, du plus blanc, du plus solide... et du moins cher. Ses désirs sont des ordres. Le client veut voyager en avion, rouler en voiture et manger trois fois par jour. Il veut et on lui donne ce qu'il veut.
Peut-être se trouvera-t-il quelqu'un à cette conférence pour chiffrer non seulement le nombre de délégués, mais le nombre de journalistes, le nombre d'avions qu'il a fallu pour transporter tout ce monde autour du monde, le nombre de limousines pour les dignitaires, la quantité d'essence pour tous ces déplacements et les tonnes de CO2 émises dans l'atmosphère par tous ces invités. Le Danemark aura fourni quelle quantité d'eau pour les douches, quelle quantité de légumes et de viande, quelle quantité de bière? Pour quel résultat? Ça reste à voir.
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Je fais partie de ceux qui espèrent que Copenhague n'aura pas été un exercice inutile où les dirigeants de nos multiples pays vont parader. Je sais que Stephen Harper, à moins d'un miracle, continuera d'avoir un noeud dans la langue parce qu'il a un noeud dans l'esprit au sujet de l'environnement et qu'il n'a que du pétrole dans les veines au lieu du sang.
Je sais que Jean Charest va se donner des airs de président de la République du Québec en espérant faire avancer sa carrière personnelle bien davantage que le bien-être des Québécois. Je sais que les Européens vont jouer du coude pour affirmer leur leadership mondial et impressionner Barack Obama. Je sais que les Chinois vont se demander ce qu'ils peuvent en tirer ou s'ils se sont déplacés pour rien. Toutes des situations qui sont prévisibles. Il serait bien étonnant qu'il en soit autrement. Les pays ont du mal à sortir de leurs ornières.
Par contre, nous les citoyens, nous les Terriens, nous aurions peut-être intérêt à surveiller ce qui va se passer à Copenhague puisque notre avenir en dépend. Ça pourrait nous donner une idée de combien de temps on dispose. Au moment où nous sortons les vieux disques avec des «Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté», on pourrait peut-être chiffrer le nombre de fois qu'il nous reste à manger de la tourtière et de la dinde au même repas... histoire de se faire à l'idée.
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