Obama donne un élan à Copenhague
Les États-Unis reconnaissent enfin le CO2 comme contaminant
Photo : Agence France-Presse Attila Kisbenedek
Plus de 1200 délégués de 192 pays étaient réunis hier au Bella Center de Copenhague pour l’ouverture de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques.
Les États-Unis ont donné hier une nouvelle impulsion au dossier des changements climatiques en reconnaissant juridiquement le dioxyde de carbone (CO2) comme contaminant atmosphérique, au moment où s'ouvrait la conférence de Copenhague sur fond de «climategate».
Lisa Jackson, la directrice de l'Environmental Protection Agency (EPA), l'équivalent d'un ministère fédéral de l'Environnement aux États-Unis, a en effet annoncé hier le verdict de son agence sur les impacts négatifs pour l'environnement et la santé publique des six GES reconnus comme tels par le protocole de Kyoto. Cette annonce, qui mène au classement juridique des six gaz, dont le CO2, comme contaminants atmosphériques en vertu du Clean Air Act de 1972, permettra à l'EPA d'imposer des normes en vue de réduire les émissions de ces gaz partout aux États-Unis sans attendre les projets de loi à l'étude au Congrès.
Néanmoins, le président Obama, dont l'une des premières décisions a été de demander à l'EPA de réévaluer le danger environnemental des GES, a dit souhaiter hier que le Congrès encadre par un projet de loi toute la question du contrôle des émissions même si le verdict de l'EPA lui permet de passer à l'action sans attendre les sénateurs, dont plusieurs se revendiquent depuis quelques jours du climategate pour demander l'abandon des projets de loi présentement à l'étude.
Quant aux milieux industriels, plusieurs, dont la Chambre de commerce des États-Unis, ont dit craindre que les normes éventuelles de l'EPA n'annulent ou ne ralentissent la relance économique. Mais le Secrétaire étasunien à l'Énergie, Steven Chu, a plutôt plaidé en faveur d'un repositionnement des États-Unis en tête de ce dossier précisément au nom du développement économique.
Le classement des GES comme contaminants atmosphériques a été applaudi à Copenhague notamment par l'ambassadeur de la France pour le climat, Brice Lalonde, qui y a vu la «fin d'une longue bataille amorcée à l'époque Bush». Il a aussi souligné l'importance de la pétition de 10 millions de personnes qui a été déposée hier à l'ouverture de la conférence par le mouvement «Tck Tck Tck», pour marquer le temps qui file dangereusement dans le dossier du climat.
L'ouverture de la conférence technique de cette semaine n'avait pas hier le décorum qu'elle aura lundi prochain quand la négociation politique proprement dite démarrera avec la présence d'au moins 110 chefs d'État qui vont prendre le contrôle de leur délégation respective, normalement dirigée par le ministre de l'Environnement de chaque pays.
Plus de 1200 délégués étaient présents hier à Copenhague pour représenter 192 des 193 pays reconnus par l'ONU. Plus de 34 000 personnes ont demandé à être accréditées à Copenhague où un sérieux problème de logement se pose depuis des semaines, plusieurs étant désormais obligés d'être hébergés chaque soir en Suède. Mais seuls les 3500 journalistes accrédités auront accès aux délégués officiels au Bella Center de Copenhague.
Pour le premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen, «un accord est à votre portée», a-t-il dit aux délégués. La présence annoncée d'autant de chefs d'État, a-t-il ajouté, dénote autant l'importance de la mobilisation internationale sur les enjeux du climat que sur les enjeux économiques en cause.
Pour Yvo de Boer, le grand patron de la convention sur le climat, «le compte à rebours est terminé. Après deux années de négociation, a-t-il dit en conférence de presse sur Internet, le temps est venu de tenir parole».
Des échos du «climategate»
De son côté, Rajendra Pachauri, qui dirige le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), a récusé les doutes des «climato-sceptiques».
«Nous avons maintenant la preuve accablante, a-t-il dit, que le monde a tout intérêt à prendre des mesures rapides et que tout retard ne fera qu'entraîner des coûts, économiques et humains, qui iront croissant.»
Le climategate, que les climato-sceptiques et les lobbies pétroliers montent en épingle sur Internet et dans les médias conservateurs des États-Unis, a eu des échos hier à l'ouverture de la conférence de Copenhague. L'Arabie saoudite, qui risque de perdre des milliards en revenus avec une entente musclée à Copenhague, a réclamé hier une enquête internationale sur l'affaire qui fait les choux gras d'une certaine presse.
Le climategate a éclaté le 19 novembre quand un pirate informatique inconnu, mais de haut niveau, a pénétré dans le serveur de l'Université britannique East Anglia pour en extirper 1079 courriels et 72 échanges entre les chercheurs qui travaillaient sur les séries temporelles du réchauffement.
Les critiques et les suggestions contenues dans ces échanges entre pairs, qui constituent un volet obligé de la démarche scientifique, ont été plutôt présentées comme des preuves que les chercheurs manipulaient les statistiques en cachant celles qui ne coïncidaient pas avec la vision du GIEC. Le chercheur mis en cause a hier précisé, avec l'appui total de son université, qu'il avait mis de côté des statistiques sur le stockage de carbone par les arbres parce que d'autres facteurs, comme la température et l'humidité, avaient pu influer sur la formation des anneaux de croissance et ainsi faire déroger cette série des autres sur les sédiments, etc.
Mais cette affaire n'ébranle pas les pays qui participent à la 15e rencontre internationale sur le climat, y compris le Canada: la semaine dernière, le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, précisait qu'il n'accordait pas de crédibilité à cette affaire. Le négociateur principal des États-Unis, Jonathan Pershing, précisait hier que cette affaire montée en épingle par une presse friande de complots n'aurait pas d'impact sur les négociations parce que les représentants des pays reconnaissent sans ambiguïté la rigueur du GIEC et de ses conclusions.
*****
Avec l'AFP et Reuters
Lisa Jackson, la directrice de l'Environmental Protection Agency (EPA), l'équivalent d'un ministère fédéral de l'Environnement aux États-Unis, a en effet annoncé hier le verdict de son agence sur les impacts négatifs pour l'environnement et la santé publique des six GES reconnus comme tels par le protocole de Kyoto. Cette annonce, qui mène au classement juridique des six gaz, dont le CO2, comme contaminants atmosphériques en vertu du Clean Air Act de 1972, permettra à l'EPA d'imposer des normes en vue de réduire les émissions de ces gaz partout aux États-Unis sans attendre les projets de loi à l'étude au Congrès.
Néanmoins, le président Obama, dont l'une des premières décisions a été de demander à l'EPA de réévaluer le danger environnemental des GES, a dit souhaiter hier que le Congrès encadre par un projet de loi toute la question du contrôle des émissions même si le verdict de l'EPA lui permet de passer à l'action sans attendre les sénateurs, dont plusieurs se revendiquent depuis quelques jours du climategate pour demander l'abandon des projets de loi présentement à l'étude.
Quant aux milieux industriels, plusieurs, dont la Chambre de commerce des États-Unis, ont dit craindre que les normes éventuelles de l'EPA n'annulent ou ne ralentissent la relance économique. Mais le Secrétaire étasunien à l'Énergie, Steven Chu, a plutôt plaidé en faveur d'un repositionnement des États-Unis en tête de ce dossier précisément au nom du développement économique.
Le classement des GES comme contaminants atmosphériques a été applaudi à Copenhague notamment par l'ambassadeur de la France pour le climat, Brice Lalonde, qui y a vu la «fin d'une longue bataille amorcée à l'époque Bush». Il a aussi souligné l'importance de la pétition de 10 millions de personnes qui a été déposée hier à l'ouverture de la conférence par le mouvement «Tck Tck Tck», pour marquer le temps qui file dangereusement dans le dossier du climat.
L'ouverture de la conférence technique de cette semaine n'avait pas hier le décorum qu'elle aura lundi prochain quand la négociation politique proprement dite démarrera avec la présence d'au moins 110 chefs d'État qui vont prendre le contrôle de leur délégation respective, normalement dirigée par le ministre de l'Environnement de chaque pays.
Plus de 1200 délégués étaient présents hier à Copenhague pour représenter 192 des 193 pays reconnus par l'ONU. Plus de 34 000 personnes ont demandé à être accréditées à Copenhague où un sérieux problème de logement se pose depuis des semaines, plusieurs étant désormais obligés d'être hébergés chaque soir en Suède. Mais seuls les 3500 journalistes accrédités auront accès aux délégués officiels au Bella Center de Copenhague.
Pour le premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen, «un accord est à votre portée», a-t-il dit aux délégués. La présence annoncée d'autant de chefs d'État, a-t-il ajouté, dénote autant l'importance de la mobilisation internationale sur les enjeux du climat que sur les enjeux économiques en cause.
Pour Yvo de Boer, le grand patron de la convention sur le climat, «le compte à rebours est terminé. Après deux années de négociation, a-t-il dit en conférence de presse sur Internet, le temps est venu de tenir parole».
Des échos du «climategate»
De son côté, Rajendra Pachauri, qui dirige le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), a récusé les doutes des «climato-sceptiques».
«Nous avons maintenant la preuve accablante, a-t-il dit, que le monde a tout intérêt à prendre des mesures rapides et que tout retard ne fera qu'entraîner des coûts, économiques et humains, qui iront croissant.»
Le climategate, que les climato-sceptiques et les lobbies pétroliers montent en épingle sur Internet et dans les médias conservateurs des États-Unis, a eu des échos hier à l'ouverture de la conférence de Copenhague. L'Arabie saoudite, qui risque de perdre des milliards en revenus avec une entente musclée à Copenhague, a réclamé hier une enquête internationale sur l'affaire qui fait les choux gras d'une certaine presse.
Le climategate a éclaté le 19 novembre quand un pirate informatique inconnu, mais de haut niveau, a pénétré dans le serveur de l'Université britannique East Anglia pour en extirper 1079 courriels et 72 échanges entre les chercheurs qui travaillaient sur les séries temporelles du réchauffement.
Les critiques et les suggestions contenues dans ces échanges entre pairs, qui constituent un volet obligé de la démarche scientifique, ont été plutôt présentées comme des preuves que les chercheurs manipulaient les statistiques en cachant celles qui ne coïncidaient pas avec la vision du GIEC. Le chercheur mis en cause a hier précisé, avec l'appui total de son université, qu'il avait mis de côté des statistiques sur le stockage de carbone par les arbres parce que d'autres facteurs, comme la température et l'humidité, avaient pu influer sur la formation des anneaux de croissance et ainsi faire déroger cette série des autres sur les sédiments, etc.
Mais cette affaire n'ébranle pas les pays qui participent à la 15e rencontre internationale sur le climat, y compris le Canada: la semaine dernière, le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, précisait qu'il n'accordait pas de crédibilité à cette affaire. Le négociateur principal des États-Unis, Jonathan Pershing, précisait hier que cette affaire montée en épingle par une presse friande de complots n'aurait pas d'impact sur les négociations parce que les représentants des pays reconnaissent sans ambiguïté la rigueur du GIEC et de ses conclusions.
*****
Avec l'AFP et Reuters
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

