Technologies de l'information et des communications - Et si les centres de traitement des données se retrouvaient dans le Grand Nord ?
GreenStar veut mettre en place le premier réseau Internet vert au monde
Photo : École des Technologies Supérieures
Mohamed Cheriet, professeur à l’ÉTS et porte-parole de GreenStar
Le geste d'allumer un ordinateur et de se brancher à Internet est devenu machinal pour bon nombre de personnes à travers le monde. On porte peu d'attention à l'important réseau d'infrastructures qui rend ce geste possible. Et on ignore que ce réseau est très polluant.
L'organisme britannique Global Action Plan estime que le secteur des technologies de l'information et des communications (TIC) génère autant de dioxyde de carbone que le secteur de l'aéronautique. C'est parce que le réseau des TIC est très énergivore. Et ce n'est pas près de ralentir. Selon une étude effectuée par Global e-Sustainability Initiative (GeSI), le nombre de personnes possédant un ordinateur dans le monde atteindra quatre milliards en 2020.
Quelles solutions faut-il envisager pour réduire l'empreinte écologique des TIC? C'est justement pour répondre à cette question que CANARIE a lancé son programme-pilote sur les TIC vertes. Rappelons que CANARIE, un organisme à but non lucratif financé en grande partie par Industrie Canada, gère et entretient un réseau de fibre optique à très haute performance qui relie entre eux les chercheurs, les universités et les centres de recherche du Canada. De plus, le réseau CANARIE est relié aux autres réseaux similaires dans le monde.
«Il s'agit d'un projet novateur, avance Guy Bujold, président et chef de la direction de CANARIE. À notre connaissance, c'est le premier projet de ce genre dans le monde. Il s'articule autour de deux questions. D'une part, il y a la dimension technologique. Est-ce faisable? Ensuite, il y a la dimension du plan d'affaires. Il faut que ce soit rentable pour un organisme de prendre le virage des TIC vertes.» Évidemment, la rentabilité repose sur le prix qui sera accolé aux émissions de carbone et sur la création d'une sorte de marché du carbone permettant l'échange de crédits de carbone.
Le réseau GreenStar
La part du lion de ce programme-pilote en TIC vertes est allée au projet de réseau GreenStar. Le réseau GreenStar, piloté par l'École de technologie supérieure (ÉTS), est un consortium de grandes entreprises, d'universités canadiennes et de partenaires internationaux dont le mandat est de développer et mettre en place le premier réseau Internet vert au monde.
Comment procédera-t-on? «Notre idée de base est d'alimenter tous les noeuds de ce réseau avec des sources d'énergie renouvelables, ce qui réduira les émissions de carbone», explique Mohamed Cheriet, professeur à l'ÉTS et porte-parole de GreenStar. Rappelons qu'un noeud dans un réseau informatique est un point de chute de données. Un réseau comprend évidemment de nombreux noeuds.
L'une des difficultés de cette démarche est d'assurer la fiabilité du réseau, qui ne doit en aucun cas être compromise. Or les sources d'énergie renouvelables comme l'éolien et le solaire ne fournissent pas un approvisionnement aussi stable que les centrales électriques classiques. «Il faut donc mettre en place une politique de l'approvisionnement et un dispositif de stratégie d'optimisation, de façon à toujours acheminer le service au bon endroit. Là où se trouve l'énergie et là où elle vaut le moins cher.»
Pour y arriver, il faudra fédérer les noeuds du réseau. «En fédérant les noeuds, nous fédérons les ressources. Les technologies de virtualisation nous permettent de le faire. En mettant en place une politique d'utilisation, il sera possible de commencer un travail en se servant des ressources d'un noeud et de le transférer ensuite à un autre noeud, selon la disponibilité de l'énergie ou son coût.»
Le réseau GreenStar servira donc de vaste laboratoire pour tester ses diverses solutions technologiques, mais son mandat est plus large encore. «Nous allons aussi travailler sur la mise en place d'une méthode de mesure du carbone émis en créant un protocole, comme le protocole ISO 14064 qui sert à mesurer le carbone dans les autres industries. C'est une première, puisqu'aucun protocole n'existe présentement dans notre industrie.»
De plus, ce protocole sera accompagné d'un mode de certification. «La certification est importante pour le plan d'affaires, puisqu'elle servira lors de la mise en place des crédits de carbone. De plus, cette certification assure que nous ne faisons pas du greenwashing.»
Autres tendances vertes
Le programme-pilote sur les TIC vertes de CANARIE s'inscrit dans un courant de pensée, de plus en plus répandu dans cette industrie, qui interroge les pratiques des TIC et qui cherche des solutions moins dommageables pour l'environnement. Parmi ces dernières, il y a celle qui ferait en sorte que les centres de traitement des données soient situés tout près des centrales électriques. «Il y a une énorme perte d'énergie lors la transmission de l'électricité, souligne Guy Bujold. En rapprochant les centres de données des centrales, on réduit considérablement cette perte.» Et Mohamed Cheriet de souligner «qu'il en coûte moins cher de déplacer les données que de déplacer l'énergie».
Une autre solution envisagée est de placer les centres de traitement des données dans les régions froides du globe. «La quincaillerie utilisée dans ces centres de traitement produit beaucoup de chaleur, ce qui oblige à climatiser le bâtiment. Dans le Grand Nord canadien, par exemple, le climat suffirait pour refroidir le bâtiment.» La chose est d'autant plus possible que la distance ne compte pas en TIC. «Déjà, des capteurs au CERN, en Suisse, transmettent des données à un centre à Vancouver, pour ensuite les relayer à plusieurs universités canadiennes. Le tout en un clin d'oeil.»
Selon Mohamed Cheriet, ces initiatives sont réjouissantes puisqu'il est grand temps que l'industrie des TIC passe aux actes. «C'est un devoir, d'ailleurs plusieurs autres industries le font. Il est temps de balayer devant notre propre porte.»
***
Collaborateur du Devoir
L'organisme britannique Global Action Plan estime que le secteur des technologies de l'information et des communications (TIC) génère autant de dioxyde de carbone que le secteur de l'aéronautique. C'est parce que le réseau des TIC est très énergivore. Et ce n'est pas près de ralentir. Selon une étude effectuée par Global e-Sustainability Initiative (GeSI), le nombre de personnes possédant un ordinateur dans le monde atteindra quatre milliards en 2020.
Quelles solutions faut-il envisager pour réduire l'empreinte écologique des TIC? C'est justement pour répondre à cette question que CANARIE a lancé son programme-pilote sur les TIC vertes. Rappelons que CANARIE, un organisme à but non lucratif financé en grande partie par Industrie Canada, gère et entretient un réseau de fibre optique à très haute performance qui relie entre eux les chercheurs, les universités et les centres de recherche du Canada. De plus, le réseau CANARIE est relié aux autres réseaux similaires dans le monde.
«Il s'agit d'un projet novateur, avance Guy Bujold, président et chef de la direction de CANARIE. À notre connaissance, c'est le premier projet de ce genre dans le monde. Il s'articule autour de deux questions. D'une part, il y a la dimension technologique. Est-ce faisable? Ensuite, il y a la dimension du plan d'affaires. Il faut que ce soit rentable pour un organisme de prendre le virage des TIC vertes.» Évidemment, la rentabilité repose sur le prix qui sera accolé aux émissions de carbone et sur la création d'une sorte de marché du carbone permettant l'échange de crédits de carbone.
Le réseau GreenStar
La part du lion de ce programme-pilote en TIC vertes est allée au projet de réseau GreenStar. Le réseau GreenStar, piloté par l'École de technologie supérieure (ÉTS), est un consortium de grandes entreprises, d'universités canadiennes et de partenaires internationaux dont le mandat est de développer et mettre en place le premier réseau Internet vert au monde.
Comment procédera-t-on? «Notre idée de base est d'alimenter tous les noeuds de ce réseau avec des sources d'énergie renouvelables, ce qui réduira les émissions de carbone», explique Mohamed Cheriet, professeur à l'ÉTS et porte-parole de GreenStar. Rappelons qu'un noeud dans un réseau informatique est un point de chute de données. Un réseau comprend évidemment de nombreux noeuds.
L'une des difficultés de cette démarche est d'assurer la fiabilité du réseau, qui ne doit en aucun cas être compromise. Or les sources d'énergie renouvelables comme l'éolien et le solaire ne fournissent pas un approvisionnement aussi stable que les centrales électriques classiques. «Il faut donc mettre en place une politique de l'approvisionnement et un dispositif de stratégie d'optimisation, de façon à toujours acheminer le service au bon endroit. Là où se trouve l'énergie et là où elle vaut le moins cher.»
Pour y arriver, il faudra fédérer les noeuds du réseau. «En fédérant les noeuds, nous fédérons les ressources. Les technologies de virtualisation nous permettent de le faire. En mettant en place une politique d'utilisation, il sera possible de commencer un travail en se servant des ressources d'un noeud et de le transférer ensuite à un autre noeud, selon la disponibilité de l'énergie ou son coût.»
Le réseau GreenStar servira donc de vaste laboratoire pour tester ses diverses solutions technologiques, mais son mandat est plus large encore. «Nous allons aussi travailler sur la mise en place d'une méthode de mesure du carbone émis en créant un protocole, comme le protocole ISO 14064 qui sert à mesurer le carbone dans les autres industries. C'est une première, puisqu'aucun protocole n'existe présentement dans notre industrie.»
De plus, ce protocole sera accompagné d'un mode de certification. «La certification est importante pour le plan d'affaires, puisqu'elle servira lors de la mise en place des crédits de carbone. De plus, cette certification assure que nous ne faisons pas du greenwashing.»
Autres tendances vertes
Le programme-pilote sur les TIC vertes de CANARIE s'inscrit dans un courant de pensée, de plus en plus répandu dans cette industrie, qui interroge les pratiques des TIC et qui cherche des solutions moins dommageables pour l'environnement. Parmi ces dernières, il y a celle qui ferait en sorte que les centres de traitement des données soient situés tout près des centrales électriques. «Il y a une énorme perte d'énergie lors la transmission de l'électricité, souligne Guy Bujold. En rapprochant les centres de données des centrales, on réduit considérablement cette perte.» Et Mohamed Cheriet de souligner «qu'il en coûte moins cher de déplacer les données que de déplacer l'énergie».
Une autre solution envisagée est de placer les centres de traitement des données dans les régions froides du globe. «La quincaillerie utilisée dans ces centres de traitement produit beaucoup de chaleur, ce qui oblige à climatiser le bâtiment. Dans le Grand Nord canadien, par exemple, le climat suffirait pour refroidir le bâtiment.» La chose est d'autant plus possible que la distance ne compte pas en TIC. «Déjà, des capteurs au CERN, en Suisse, transmettent des données à un centre à Vancouver, pour ensuite les relayer à plusieurs universités canadiennes. Le tout en un clin d'oeil.»
Selon Mohamed Cheriet, ces initiatives sont réjouissantes puisqu'il est grand temps que l'industrie des TIC passe aux actes. «C'est un devoir, d'ailleurs plusieurs autres industries le font. Il est temps de balayer devant notre propre porte.»
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