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Économie et GES - Un plan inacceptable qui divise le Canada, clame Jim Prentice

Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Le ministre canadien de l'Environnement, Jim Prentice, estime que le rapport sur les scénarios de réduction des émissions canadiennes de gaz à effet de serre (GES) contenu dans l'étude commandée par la Fondation Suzuki et l'Institut Pembina à la firme d'économiste MK Jaccard est «irresponsable parce qu'il propose des impacts économiques à la baisse» pour les provinces de l'Ouest.

En entrevue au Devoir hier, le ministre Prentice a déclaré que le plan de réduction proposé dans cette étude pour réduire les émissions canadiennes de 25 % sous le niveau de 1990 «aurait des conséquences très dommageables pour l'économie canadienne», une source de «division au Canada».

Le Canada a pourtant adhéré au consensus des deux dernières conférences sur le climat à Bali et à Poznan, où il a été décidé que les négociations de Copenhague doivent viser à stabiliser la hausse du climat de la planète à un maximum de 2 °C. Le Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) a précisé que l'atteinte de cet objectif commande des réductions de 25 à 40 % sous le niveau de 1990 d'ici 2020. De son côté, le gouvernement Harper s'en tient jusqu'à présent à une réduction de 3 % sous la barre de 1990, mais n'a pas dévoilé les modalités de son plan.

Pour le ministre Prentice, il est «inacceptable» d'imaginer que le Canada puisse accuser une baisse de 3 % de son PIB entre 2010 et 2020 par rapport à un scénario de non-intervention. L'étude que vilipende le ministre démontre cependant que le PIB du Canada augmenterait de 23 % plutôt que de 25 % en vertu du plan de son gouvernement, soit un écart de 2 % seulement.

De la même façon, ajoute Jim Prentice, l'unité canadienne pourrait être mise à mal si on demandait à l'Alberta d'envisager une réduction de la croissance de son PIB de 12 % par rapport au statu quo, ce qui laisserait néanmoins à cette province la possibilité d'augmenter son PIB de 38 % en dix ans, soit la plus forte augmentation au pays. M. Prentice passe sous silence le fait qu'il n'y a cependant que 6 % de différence, selon l'étude, entre l'objectif de réduction de 25 % de l'ONU et l'objectif de son gouvernement.

S'aligner sur les États-Unis

Le ministre Prentice ajoute que l'étude Jaccard est complètement dans le champ parce qu'elle assigne au Canada des objectifs de réduction différents et supérieurs à ceux envisagés aux États-Unis, alors que les deux pays sont intimement liés sur le plan économique. Cette différence, dit-il, explique que l'étude envisage des coûts allant de 100 à 200 $ par tonne de carbone, alors qu'on envisage plutôt aux États-Unis un prix de 29 $ la tonne dans le projet de loi Waxman-Markey.

Le Canada, ajoute le ministre, ne veut pas aller chercher de «40 milliards à 50 milliards de plus» dans les poches des contribuables pour financer un plan de réduction des émissions canadiennes à la hauteur des attentes internationales. L'étude économétrique à laquelle se réfère le ministre établit plutôt à 27 milliards l'écart entre le produit de la vente des crédits d'émissions pour le scénario de stabilisation et la stratégie des conservateurs.

Jim Prentice se dit par ailleurs «surpris que la Banque TD se soit associée à ce rapport». Hier, le National Post, un allié traditionnel des conservateurs, faisait état de rumeurs voulant que des militants de ce parti songeaient à boycotter cette institution financière.

En entrevue lundi, l'économiste en chef de cette banque, Don Drummond, précisait au Devoir que la TD avait voulu fournir au public et à ses clients une série de références scientifiques solides pour que le débat au Canada sorte des hypothèses personnelles ou partisanes, jamais vérifiées par ailleurs avec rigueur.

La semaine dernière, la Norvège, un pays froid et producteur de pétrole, annonçait son intention de cibler une réduction globale de ses émissions de 40 % d'ici 2020, devenant le premier pays de la planète à viser la fourchette supérieure d'efforts recommandés par le GIEC.

Invité à dire pourquoi le Canada invoque des «conditions particulières», comme le froid et sa production pétrolière, pour s'en tenir à un maigre 3 % de réductions, le ministre Prentice répond que la Norvège arrivera peut-être à cet objectif, mais au prix d'achats massifs de crédits sur les marchés étrangers. Et, dit-il, ce n'est pas le choix du gouvernement canadien, qui veut que l'argent investi serve l'économie d'ici.

Réactions vertes

Pour Matthew Bramley de l'Institut Pembina, qui a commandé l'étude en cause, la réaction de Jim Prentice frôle «malheureusement l'hystérie».

«Ce qui est irresponsable, dit-il, ce n'est pas d'avoir voulu déterminer comment et à quel prix le Canada peut assumer ses responsabilités internationales. Ce qui est irresponsable, c'est d'être au pouvoir depuis quatre ans et de n'avoir même pas encore publié une ébauche de règlement pour réduire les émissions canadiennes en fonction d'objectifs par ailleurs nettement insuffisants. Si M. Prentice connaît de meilleurs moyens d'y arriver, qu'il les publie au lieu de se contenter d'affirmations gratuites.»

Aux Communes, hier, le Bloc québécois a mitraillé les conservateurs sur la question. Le député bloquiste de Joliette, Pierre Paquette, a déclaré que l'étude publiée hier dans Le Devoir et le Globe and Mail «démontre hors de tout doute que le Canada peut adopter les objectifs de réduction de GES de la communauté internationale tout en maintenant une croissance économique vigoureuse», ce qui contredit, ajoute-t-il, les «évaluations catastrophiques des conservateurs».

«C'est complètement faux, a répliqué le ministre des Travaux publics, Christian Paradis. Ce rapport n'est rien d'autre que l'ébauche d'une taxe sur le carbone.»

Le député Paquette est revenu à la charge en notant que les conservateurs nuisent aux entreprises québécoises en adoptant 2006 plutôt que 1990 comme année de référence. L'actuelle stratégie fédérale, a ajouté le député, empêche par exemple les papetières québécoises d'obtenir des crédits pour la réduction de 41 % de leurs émissions réalisée depuis 1990.

Du côté de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), le président, André Bélisle, déclarait que «les conservateurs démontrent par leur réaction qu'ils sont incapables de réorienter l'économie comme les autres pays développés ont commencé à le faire. Cet aveuglement volontaire les empêche de comprendre qu'une économie peut rouler autrement, mais qu'elle continuerait de rouler quand même.»
 
 
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  • Sébastien Hains
    Abonné
    vendredi 30 octobre 2009 09h10
    Qu'est-ce qu'on attend pour les mettre dehors?
    C'est vraiment incroyable de continuer à subir les campagnes de désinformation et l'absence totale de volonté des conservateurs dans le dossier des changements climatiques. C'est vraiment une gang de bandits qui ont pris le pouvoir il y a quatre ans et ils vont nous faire prendre du retard sur le reste du monde au plan économique autant qu'environnementale.

  • Geoffroy Ménard
    Abonné
    vendredi 30 octobre 2009 09h53
    immorale position
    La réaction de Prentice à l'analyse économique de MK Jaccard en dit long sur la géopolitique canadienne. "On ne va pas se contenter d'une croissance de 38% du PIB en Alberta seulement pour épargner le reste de la planète" résume l'attitude du sinistre albertain. Symptôme manifeste de l'égoïsme crasse fondamentalement établi dans cette formation politique. L'analyse démontre qu'une économie moins dommageable pour le climat serait parfaitement réalisable, et permettrait sans problème une continuité de la croissance économique vigoureuse. Comment un ministre de l'environnement peut-il sérieusement s'y opposer? Pour qu'aucune limite ne soit imposée à la croissance de l'industrie des sables bitumineux, raison d'être de sa formation politique.

    Parce que les sheiks de l'Alberta contrôlent le pays, le Canada ne fera pas sa part pour la mitigation climatique, pourtant nécessaire si on espère une continuité minimale de notre qualité de vie. Si les Européens se sont mobilisés pour sanctionner le Canada pour une cause insignifiante comme la chasse au phoque, il ne serait pas étonnant de voir la communauté internationnale au grand complet sanctionner le Canada pour sa position immorale sur le climat. Les albertains préfèrent faire subir au monde entier les impacts des changements climatiques et le risque d'exposer le Canada aux sanctions internationales plutôt que de voir leur précieuse richesse augmenter légèrement plus lentement! J'espère que les partis d'opposition feront tout en leur pouvoir, y compris faire tomber le gouvernement, pour que le Canada ne sabote pas Copenhague et emboîte le pas pour les efforts internationaux de mitigation.

  • Robert Lortie
    Abonné
    vendredi 30 octobre 2009 11h22
    Mauvaise foi crasse ou imbécilité totale ?
    Par ses propos, le ministre de l'environnement ( ? ) fait encore une fois la preuve soit de la très grande bêtise de ce gouvernement qui refuse de reconnaître l'évidence scientifique, ou d'un aveuglement idéologique suicidaire. En mesurant tout à l'aune de la croissance économique, sans tenir compte de la totalité des facteurs qui influencent la qualité de vie réelle de la population dans son ensemble (répartition de la richesse, santé, environnement, etc.), le gouvernement me fait penser à un père de famille qui déciderait de ne pas acheter un médicament pour soigner une partie de sa famille qui souffre d'une maladie chronique, sous prétexte que c'est trop cher, et qu'ils ne pourront pas se payer le cinéma maison avec l'écran de 60 pouces dont ils rêvent.
    En plus, il achète un gros VUS pour pouvoir aller chercher le dit écran au magasin...
    Pitoyable.

  • Richard Gendron
    Inscrit
    vendredi 30 octobre 2009 13h47
    Et les Libéraux qui ne valent pas mieux... Soupir !
    Le NPD a proposé un projet de loi fixant des objectifs ambitieux pour la réducation de GES au Canada. Si le projet de loi avait été adopté avant la Conférence de Copenhague, les Conservateurs auraient été obligés de composer avec (du moins dans une certaine mesure)... Au lieu de cela, Jim Prentice va se rendre à Copenhague déterminé à saboter cette conférence internationale. Le projet de loi du NPD aurait permis un autre scénario, en minant les efforts de sabotage des Conservateurs, mais il n'a pas été adopté parce que les Libéraux, comme les Conservateurs, préfèrent remettre le débat aux calendes grecques. Stéphane Dion avait une vision écologique du futur (mais il n'avait pas l'étoffe d'un leader) mais il faut bien constater qu'Ignatieff ne sera jamais un leader beaucoup plus inspiré que Harper en matière énergétique. Quelle tristesse que de voir ces gens gouverner ou aspirer à gouverner !

  • Luc Pépin
    Abonné
    vendredi 30 octobre 2009 14h30
    Prentice, ministre de quoi ???
    Une petite analogie que j'emprunte à Richard Desjardins:

    Demander à Jim Prentice d'être ministre de l'Environnement, c'est comme «demander au renard de compter les poules» !

    C'est une vraie «joke», ce gouvernement qui nous fait honte sur le plan international. Il faut trouver des moyens tous ensemble pour leur faire entendre raison. Des pétitions circulent présentement; signons-les!!! Ces gens veulent le pouvoir, ils devront nous entendre...

    Luc Pépin

  • Daniel Breton
    Inscrit
    vendredi 30 octobre 2009 17h12
    Mon cher Richard,
    Savais-tu que Stéphane Dion (et Justin Trudeau) était de ces Libéraux qui ont voté avec les Conservateurs contre le projet de loi C-311 sur la lutte aux changements climatiques présenté par le NPD la semaine dernière?

    Eh oui...Monsieur vert libéral semble plus libéral que vert...

  • Konstantin Kozlov
    Inscrit
    samedi 31 octobre 2009 09h39
    Canada ne doit pas aller à Copenhague
    Nous ne devons pas participer à ce cirque. Il est évidant que le climat de la Terre change depuis toujours et il dépende d’un millier facteurs tell qu’activité solaire, courants océaniques etc.

  • Pierre Simard
    Inscrit
    lundi 2 novembre 2009 14h03
    Personne n'est plus aveugle...
    ... que quelqu'un qui ne veut pas voir. J'ignore comment cette mentalité conservatrice existe encore... c'est vrai, dinosaur park est en Alberta!!! Dommage qu'ils ne se soient pas éteint avec les autres rapaces et lézards géants de leur espèce. Quand un paradigme est en place, il faut attendre la mort des tenants du paradigme pour pouvoir passer à d'autre chose!!!! SVP, N'attendez pas aussi longtemps. J'suis pas religieux mais si l'apocalyse a à se pointer, c'est des conservateurs (fédéraux et provinciaux) qui auront les deux mains sur le volant!!!!!!!

    Les problèmes climatiques ont une ampleure qu'on (surtout les baby-boomers) peut difficilement constater la gravité. Par sa position environnementale, le Cacanada est un pays terroriste. Le Al-Qaïda environnemental canadien vote conservateur!

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