Réduire de 25% les GES ne freinerait pas l'économie
Photo : - Le Devoir
Le Canada peut adopter l'objectif de la communauté internationale de stabiliser la hausse du climat à 2 °C tout en maintenant une croissance vigoureuse d'ici 2020 à l'échelle nationale et dans la plupart des provinces.
C'est ce que révèle l'étude économique la plus complète jamais réalisée sur cette question au pays, laquelle détaille les impacts des différents scénarios de réduction des GES pour chaque province et région du Canada. L'étude évalue la politique de réduction du gouvernement Harper, qui propose de réduire de 3 % les émissions canadiennes par rapport au niveau de 1990, ou de 20 % par rapport au niveau de 2006. Elle la compare avec l'objectif de réduction de 25 % par rapport au niveau de 1990 retenu par les deux dernières conférences sur le climat. C'est aussi l'objectif proposé par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) pour stabiliser la hausse du climat à 2 °C.
Cette étude économétrique, obtenue par Le Devoir et le Globe and Mail, a été réalisée par la firme MK Jaccard pour le compte de l'Institut Pembina et de la Fondation David Suzuki. Elle a été commanditée à hauteur de 110 000 $ par la Banque TD, qui y voit la possibilité d'informer ses clients sur des bases rigoureuses, a expliqué au Devoir son économiste en chef, Don Drummond.
On y découvre qu'en adoptant le scénario de stabilisation du climat, le Canada pourrait se développer presque aussi vigoureusement que dans l'actuel scénario fédéral. Ainsi, la croissance économique, qui augmenterait de 25 % selon le plan Harper, augmenterait de 23 % entre 2010 et 2020 si le Canada réduisait ses émissions de 25 % par rapport à 1990 et adoptait les mesures proposées par les économistes.
En somme, le PIB du Canada croîtrait de 2,1 % par année entre 2010 et 2020 dans le scénario qui fait consensus à l'ONU, comparativement à une croissance annuelle de 2,2 % en vertu de la politique fédérale actuelle, et de 2,4 % si rien n'est fait.
Une attaque massive contre les émissions élevées des provinces de l'Ouest réduirait leur croissance en 10 ans de 12,1 % pour l'Alberta par rapport au statu quo, et de 7,5 % pour la Saskatchewan. Mais ces provinces conserveraient respectivement des taux de croissance de 3,3 % et de 1,5 %, comparativement à 1,3 % pour le Québec et de 1,9 % pour l'Ontario.
L'Alberta verrait donc sa croissance passer de 44 % en 10 ans à 38 % si le scénario Harper était remplacé par celui de l'ONU, qualifié de catastrophe économique potentielle par les porte-parole conservateurs sur la foi d'évaluations jamais rendues publiques. Dans le scénario de stabilisation du climat (-25 %), l'exploitation des sables bitumineux poursuit son expansion au profit de l'Alberta et du Trésor fédéral, mais à la condition de capter largement ses émissions et de les séquestrer dans le sol en permanence.
Dans les deux scénarios, la croissance globale de l'emploi serait identique, soit de 11 % en 10 ans. Cela correspond à une augmentation l'emploi de 0,3 % dans le scénario de forte réduction, contre une augmentation 0,5 % dans le scénario du statu quo. La croissance de l'emploi ne changerait pas non plus dans ces deux scénarios, soit 7 % en 10 ans pour le Québec et 16 % pour l'Ontario.
Un plan musclé
Pour faire passer ses émissions de GES de 714 millions de tonnes (Mt) en 2005 à 514 Mt en 2020, le Canada devrait mettre en place soit un plafond réglementaire sur 80 % des émissions nationales, ou imposer une taxe sur le carbone équivalente. Pour y arriver, il devra fixer à 50 $ dès 2010 le prix de la tonne de carbone et porter progressivement ce prix à 200 $ la tonne. Si le Canada s'en tenait à la politique du gouvernement Harper, soit une réduction de 3 % par rapport à 1990, il devrait néanmoins fixer à 100 $ le prix de la tonne de carbone en 2020, ou même à 145 $ s'il refuse toujours d'acheter un montant substantiel de crédits à l'échelle internationale.
La vente aux enchères des crédits de carbone rapporterait annuellement 72 milliards au gouvernement fédéral. Cet argent servirait à financer les programmes d'efficacité énergétique et le développement massif des énergies vertes. Mais environ la moitié de cet argent serait retournée aux entreprises et aux individus, sous forme de compensation pour les hausses régionales des prix de l'énergie et sous forme de réductions de l'impôt des particuliers.
Le plan Harper de lutte contre le réchauffement de la planète exigera, selon l'étude MK Jaccard, des investissements annuels de 45 milliards, contre 72 milliards dans le scénario de réduction de 25 % (1990). Dans le scénario le plus exigeant, financé par la vente des crédits d'émissions, le Canada affecterait 10,1 milliards aux politiques de réduction des émissions, 6 milliards aux achats de crédits internationaux, 7,1 milliards aux individus pour compenser les coûts de l'énergie selon les régions, 1,8 milliard pour éviter les baisses de production de certains secteurs manufacturiers et les délocalisations, 13,7 milliards pour maintenir les services publics aux coûts actuels pour les ménages et 33,2 milliards aux réductions du taux d'imposition des particuliers.
Éviter d'accentuer le retard
Selon l'économiste en chef de la Banque TD, Don Drummond, le coût élevé de la tonne de carbone qu'il faudra imposer pour suivre la communauté internationale résulte du retard du Canada dans la lutte contre le réchauffement climatique, qui n'a pratiquement pas démarré au pays. Certes, reconnaît l'économiste de renom, ce prix sera plus élevé que celui pratiqué aux États-Unis (de 16 à 32 $US). Mais ce serait risqué de s'en prévaloir, car au lieu de moderniser leurs processus de production, les entreprises canadiennes pourraient ainsi creuser de façon dangereuse le fossé qui les séparera de plus en plus des économies plus dynamiques.
Pour Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, le gouvernement Harper devra adopter des mesures beaucoup plus musclées que celles mises de l'avant jusqu'ici s'il veut atteindre ses «trop modestes» objectifs. Pour Dale Marshall, de la Fondation Suzuki, dans le scénario fédéral ou onusien, le prix à payer demeure élevé et le sera davantage si le Canada continue de tirer de l'arrière, car l'échéance de 2020 n'est que la première étape d'une longue marche.
Mais les solutions existent et l'étude a intégré un véritable plan de match à son modèle prévisionnel, avec leurs impacts sur l'économie et le climat.
C'est ce que révèle l'étude économique la plus complète jamais réalisée sur cette question au pays, laquelle détaille les impacts des différents scénarios de réduction des GES pour chaque province et région du Canada. L'étude évalue la politique de réduction du gouvernement Harper, qui propose de réduire de 3 % les émissions canadiennes par rapport au niveau de 1990, ou de 20 % par rapport au niveau de 2006. Elle la compare avec l'objectif de réduction de 25 % par rapport au niveau de 1990 retenu par les deux dernières conférences sur le climat. C'est aussi l'objectif proposé par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) pour stabiliser la hausse du climat à 2 °C.
Cette étude économétrique, obtenue par Le Devoir et le Globe and Mail, a été réalisée par la firme MK Jaccard pour le compte de l'Institut Pembina et de la Fondation David Suzuki. Elle a été commanditée à hauteur de 110 000 $ par la Banque TD, qui y voit la possibilité d'informer ses clients sur des bases rigoureuses, a expliqué au Devoir son économiste en chef, Don Drummond.
On y découvre qu'en adoptant le scénario de stabilisation du climat, le Canada pourrait se développer presque aussi vigoureusement que dans l'actuel scénario fédéral. Ainsi, la croissance économique, qui augmenterait de 25 % selon le plan Harper, augmenterait de 23 % entre 2010 et 2020 si le Canada réduisait ses émissions de 25 % par rapport à 1990 et adoptait les mesures proposées par les économistes.
En somme, le PIB du Canada croîtrait de 2,1 % par année entre 2010 et 2020 dans le scénario qui fait consensus à l'ONU, comparativement à une croissance annuelle de 2,2 % en vertu de la politique fédérale actuelle, et de 2,4 % si rien n'est fait.
Une attaque massive contre les émissions élevées des provinces de l'Ouest réduirait leur croissance en 10 ans de 12,1 % pour l'Alberta par rapport au statu quo, et de 7,5 % pour la Saskatchewan. Mais ces provinces conserveraient respectivement des taux de croissance de 3,3 % et de 1,5 %, comparativement à 1,3 % pour le Québec et de 1,9 % pour l'Ontario.
L'Alberta verrait donc sa croissance passer de 44 % en 10 ans à 38 % si le scénario Harper était remplacé par celui de l'ONU, qualifié de catastrophe économique potentielle par les porte-parole conservateurs sur la foi d'évaluations jamais rendues publiques. Dans le scénario de stabilisation du climat (-25 %), l'exploitation des sables bitumineux poursuit son expansion au profit de l'Alberta et du Trésor fédéral, mais à la condition de capter largement ses émissions et de les séquestrer dans le sol en permanence.
Dans les deux scénarios, la croissance globale de l'emploi serait identique, soit de 11 % en 10 ans. Cela correspond à une augmentation l'emploi de 0,3 % dans le scénario de forte réduction, contre une augmentation 0,5 % dans le scénario du statu quo. La croissance de l'emploi ne changerait pas non plus dans ces deux scénarios, soit 7 % en 10 ans pour le Québec et 16 % pour l'Ontario.
Un plan musclé
Pour faire passer ses émissions de GES de 714 millions de tonnes (Mt) en 2005 à 514 Mt en 2020, le Canada devrait mettre en place soit un plafond réglementaire sur 80 % des émissions nationales, ou imposer une taxe sur le carbone équivalente. Pour y arriver, il devra fixer à 50 $ dès 2010 le prix de la tonne de carbone et porter progressivement ce prix à 200 $ la tonne. Si le Canada s'en tenait à la politique du gouvernement Harper, soit une réduction de 3 % par rapport à 1990, il devrait néanmoins fixer à 100 $ le prix de la tonne de carbone en 2020, ou même à 145 $ s'il refuse toujours d'acheter un montant substantiel de crédits à l'échelle internationale.
La vente aux enchères des crédits de carbone rapporterait annuellement 72 milliards au gouvernement fédéral. Cet argent servirait à financer les programmes d'efficacité énergétique et le développement massif des énergies vertes. Mais environ la moitié de cet argent serait retournée aux entreprises et aux individus, sous forme de compensation pour les hausses régionales des prix de l'énergie et sous forme de réductions de l'impôt des particuliers.
Le plan Harper de lutte contre le réchauffement de la planète exigera, selon l'étude MK Jaccard, des investissements annuels de 45 milliards, contre 72 milliards dans le scénario de réduction de 25 % (1990). Dans le scénario le plus exigeant, financé par la vente des crédits d'émissions, le Canada affecterait 10,1 milliards aux politiques de réduction des émissions, 6 milliards aux achats de crédits internationaux, 7,1 milliards aux individus pour compenser les coûts de l'énergie selon les régions, 1,8 milliard pour éviter les baisses de production de certains secteurs manufacturiers et les délocalisations, 13,7 milliards pour maintenir les services publics aux coûts actuels pour les ménages et 33,2 milliards aux réductions du taux d'imposition des particuliers.
Éviter d'accentuer le retard
Selon l'économiste en chef de la Banque TD, Don Drummond, le coût élevé de la tonne de carbone qu'il faudra imposer pour suivre la communauté internationale résulte du retard du Canada dans la lutte contre le réchauffement climatique, qui n'a pratiquement pas démarré au pays. Certes, reconnaît l'économiste de renom, ce prix sera plus élevé que celui pratiqué aux États-Unis (de 16 à 32 $US). Mais ce serait risqué de s'en prévaloir, car au lieu de moderniser leurs processus de production, les entreprises canadiennes pourraient ainsi creuser de façon dangereuse le fossé qui les séparera de plus en plus des économies plus dynamiques.
Pour Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, le gouvernement Harper devra adopter des mesures beaucoup plus musclées que celles mises de l'avant jusqu'ici s'il veut atteindre ses «trop modestes» objectifs. Pour Dale Marshall, de la Fondation Suzuki, dans le scénario fédéral ou onusien, le prix à payer demeure élevé et le sera davantage si le Canada continue de tirer de l'arrière, car l'échéance de 2020 n'est que la première étape d'une longue marche.
Mais les solutions existent et l'étude a intégré un véritable plan de match à son modèle prévisionnel, avec leurs impacts sur l'économie et le climat.
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