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Québec veut accélérer l'exploitation gazière sur la rive sud

Inquiétude grandissante dans les municipalités

Québec a décidé d'accélérer l'exploitation des schistes gazéifères de la rive sud du Saint-Laurent en annonçant hier un projet de loi et un nouveau programme de relevés aériens des gisements.

Québec investira ainsi 4 millions dans les deux prochaines années dans un programme « d'acquisition de connaissances géoscientifiques », dont 1,1 million dans un contrat de levé magnétique par avion, qui couvrira 29 000 km2 entre la frontière des États-Unis et Montmagny. Québec veut ainsi déterminer le nombre et l'importance de gisements potentiels de gaz naturel pour accélérer les programmes d'exploration du secteur gazier.

Selon la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, les évaluations qui ont démarré en 2008 indiquent que « si le quart du gaz naturel présent dans les basses terres du Saint-Laurent était récupéré, la production pourrait répondre aux besoins du Québec pour une période pouvant atteindre 200 ans ». La ministre n'a pas précisé cependant comment elle ralentirait l'exploitation et l'exportation de cette ressource une fois aux mains du secteur privé.

La ministre Normandeau, qui s'adressait hier à l'Association pétrolière et gazière du Québec, a aussi annoncé à ses membres qu'elle élaborerait avec eux et les « communautés concernées », « un projet de loi propre au secteur des hydrocarbures ». Ce projet de loi, a-t-elle dit, « contiendra de nouvelles dispositions qui s'inspireront des meilleures pratiques observées au Canada en matière de mise en valeur des hydrocarbures ».

Contrairement aux puits de gaz naturel traditionnels, que l'on explore et que l'on exploite par des forages verticaux, l'extraction du gaz des schistes se fait par des forages latéraux. On utilise souvent de puissantes charges de nitroglycérine pour fracturer le fond des puits ainsi forés. L'eau extraite avec le gaz est souvent fortement contaminée, ce qui peut menacer les nappes souterraines, notait un mémoire récent de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) déposé devant la Régie de l'énergie.

Mais la popularité croissante de cette technologie est telle aux États-Unis que l'abondance des réserves nationales a sensiblement augmenté, ce qui explique en partie la baisse actuelle des prix de ce combustible.

Inquiétude dans les municipalités

Au Québec, l'arrivée inopinée de camions et de tours de forage dans plusieurs municipalités commence à inquiéter les élus, une inquiétude que Québec veut calmer rapidement, car la confirmation récente de la validité du règlement de la petite municipalité d'Elgin pour protéger sa nappe souterraine incite plusieurs élus à utiliser le précédent contre les forages gaziers.

Mais la plupart des maires qui ont fouillé un peu le dossier, comme celui de Bécancour, Maurice Richard, sont conscients que la Loi des mines du Québec a priorité sur la plupart des autres lois québécoises, les règlements municipaux et les schémas des MRC.

Les trois MRC de Sorel, de Bécancour et de Nicolet-Yamaska font présentement front commun pour obtenir le droit de protéger leurs eaux souterraines, dont dépendent plusieurs usines d'eau potable, d'autant plus qu'en milieu rural, une autre partie importante de la population puise directement son eau dans le sol.

Selon le maire Maurice Richard, d'autres MRC, comme celle des Érables et de Lotbinière, pourraient s'ajouter à ce front commun d'élus qui ne veulent pas se retrouver aux prises avec des populations exacerbées par un développement non planifié, perturbateur de leur milieu de vie.

« On sait depuis 40 ans qu'il y a du gaz ici, dit-il. Des compagnies de l'Ouest sont venues, ont foré, ont tout refermé, puis sont parties. On n'a jamais su ce qu'elles avaient trouvé. On en reconnaît même qui reviennent aujourd'hui, comme la Garnett Drilling. Mais on sait que les poches de gaz sont nombreuses. À Sainte-Angèle de Bécancour, des familles se chauffaient avec le gaz récupéré du sol. Un restaurateur qui bénéficiait d'une flamme permanente près de la rive du fleuve avait nommé son restaurant Le puits qui flambe. Quand le puits s'est tari, il a renommé son établissement L'Accueil. »

Les verrous législatifs actuels ne sont pas forts, précise plus sérieusement le maire de Bécancour. Les municipalités peuvent difficilement refuser des autorisations alors que leurs règlements en la matière sont à peu près inexistants ou subordonnés à la Loi des mines. De son côté, la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) autoriserait à peu près n'importe quoi: « On a l'impression qu'elle est une machine distributrice à autorisations », dit-il avec cynisme.

Certaines municipalités de la région, comme Saint-David-de-Yamaska, ont décidé de bloquer l'exploration et l'exploitation des schistes gazéifères de leur sous-sol. Mais il faudra voir si leur opposition tiendra le coup devant la vieille loi des mines, que les écologistes ont qualifiée de « relent colonial » lors du débat sur la mine Osisko, en Abitibi.

Le président de l'AQLPA, André Bélisle, partage le voeu de plusieurs élus municipaux qui réclament un moratoire et une audience générique sur la pertinence et les conditions d'exploitation de ces schistes gazéifères « avant » que les tours de forage ne poussent comme des champignons dans les campagnes ou sur les rives du fleuve.

Pour le porte-parole de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) en matière d'environnement et maire de Valleyfield, Denis Lapointe, il faut un « débat public élargi avant d'aller de l'avant avec une réglementation et des projets, dont on ne peut pas se contenter d'examiner les impacts à la pièce. »

Le maire de Bécancour ajoute: « Québec exige qu'on réalise une étude d'impact pour le moindre bout de rue qu'on veut développer. Il serait normal qu'il nous indique clairement les impacts de tout ce développement, parce qu'on a l'impression que les ressources de notre sous-sol ne nous appartiennent plus. Et on est actuellement incapable de renseigner nos populations sur la nature et l'étendue de ces impacts. »
 
 
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  • Tim Yeatman
    Abonné
    mardi 20 octobre 2009 07h58
    Populaire au États-Unis? pas si sûre que çà!
    Si vous pensez que l'exploration et l'exploitation du gaz naturel chez nos voisins du sud est populaire, elle ne l'est certainement pas pour ceux qui ont des puits, ou pour ceux qui se soucient de la qualité de l'eau potable. Voici quelques articles de journeaux aux É.-U. seulement dans les 12 derniers jours décrivant les problèmes environnementaux et sociaux provoqués par la fracturation hydraulique:

    En Pennsylvanie, les voisins essayent d'arrêter un permis donné à une gazière qui veut déverser ses eaux usées dans un ruisseau:

    http://www.timesleader.com/news/Company_wants_to_d

    Dans l'état de New York, la ville du même nom tire son eau potable des lacs cernées de montagnes où l'on veut extraire le gaz naturel, et mérite un éditorial dans le prestigieux New York Times:

    http://www.nytimes.com/2009/10/17/opinion/17sat1.h

    Une source de grande inquiétude de la fracturation hydraulique est la recette souvent secrète du liquide utilisé pour fracturer le shale. Vous parlez de nitroglycérine, mais il y a souvent plus que çà:

    http://www.pressconnects.com/article/20091012/VIEW

    Pour une fois, des politiciens et des groupes environnementaux s'allient pour demander un moratoire complet de forage dans les montagnes Catskills:

    http://www.thevillager.com/villager_336/politician

    Même les Texans urbains doivent penser à légiférer plus sévèrement l'industrie du gaz naturel dans leurs villes:

    http://www.dentonrc.com/sharedcontent/dws/drc/loca

    Au Colorado, l'état se fait traîner en cours par une compagnie gazière parce qu'elle ne veut pas révéler sa recette de fluide hydraulique pour son forage:

    http://www.denverpost.com/news/frontpage/ci_135105

    Québec, attache ta tuque! Çà va barder!

    Johanne Dion,
    sur le courriel de mon conjoint,
    Richelieu, Qc

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    mardi 20 octobre 2009 07h59
    Charest Vandal-ise notre État
    Depuis qu'il est au pouvoir Charest a systématiquement fait des arbitrages aux profits du privé et au détriment du bien publique. C'est le cas des réserves de pétrole et gaz dont les droits d'explorations ont été bradé à des petites compagnies privés ,dont une (Gastem) appartient à un ex ministre libéral:

    http://www.vigile.net/Les-Liberaux-font-mains-bass

    L'Hydro Québec est devenu la chose d'un puissant réseau d'intérêts qui squatte notre État; Vandal est un de leur pion. Voici quelques raisons qui justifient son renvoi:

    http://www.mcn21.org/actualites/article/mcn21-exig

    (Un communiqué que Le Devoir n'a pas publié).

  • Luciano Buono
    Inscrit
    mardi 20 octobre 2009 08h44
    Pouquoi tant de gaz?
    Alors, selon la ministre Normandeau, ces gisements de gaz pourrait approvisionner le Quebec pendant 200 ans. Donc, a quoi servirait les ports methaniers de Cacouna et de Levis?
    Evidemment, uniquement a vendre aux Americains, qui eux en passant, ne veulent pas de ports methaniers chez eux a cause des risques environnementaux.

    En passant, n'est-ce pas bizarre que le gouvernement Charest mette le pied sur l'accelerateur pour l'exploitation gaziere au meme moment que la grogne des petites municipalites commence a atteindre les grands medias. Ca ne m'etonnerait pas que le bureau du PM ait recu des appels de "petits amis" qui ont beaucoup d'argent en jeu dans cette industrie.

    La filiere gaziere chez "Charest et ses yes man" remonte au Suroit et surement a plus loin. Ca ne m'etonnerait pas qu'il se trouve du boulot chez Gaz Metro ou une autre compagnie du genre a la fin de sa carriere politique...qui malheureusement tarde a arriver.

  • baldine
    Inscrit
    mardi 20 octobre 2009 10h11
    L'eau ou le gaz
    À l'heure où l'eau devient une ressource rare sur terre, le gaz on pourrait s'en passer. Il y a des milliers de sources d'eau potable (souterraines) dans ces régions. Ça, ça vaut de l'or!

  • Tim Yeatman
    Abonné
    mardi 20 octobre 2009 11h39
    Une utilisation à outrance d'eau
    Si l'on se fie à l'expérience américaine, l'exploration et l'exploitation du gaz naturel par méthode de fracturation hydraulique utilise une quantité phénoménale d'eau. Dans certains états, chaque puits utilise de 660,000 à un million de gallons d'eau:
    http://www.riverreporter.com/issues/08-02-28/head1


    Johanne Dion,
    sur le courriel de mon conjoint,
    Richelieu, Qc

  • Rodrigue Tremblay
    Inscrit
    mardi 20 octobre 2009 11h47
    André Bélisle veut un morotoire
    Avez-vous déjà vu un écologiste qui était en faveur du développement économique? Les écolos sont les bonnes soeurs du 21e si`cle: pour eux la modernité est péché.

  • Serge Beauchemin
    Abonné
    mardi 20 octobre 2009 11h50
    La nationalisation...
    "... si le quart du gaz naturel présent dans les basses terres du Saint-Laurent était récupéré, la production pourrait répondre aux besoins du Québec pour une période pouvant atteindre 200 ans" nous dit la ministre Normandeau.

    C'est ainsi dire que le Québec possède une réserve de 600 ans de gaz naturel.
    L'État devrait donc en régir l'exploitation si on ne veut pas que les compagnies gazières et leurs réseaux n'épuisent cette ressource naturelle en 25 ans...
    En conséquence nationalisons cette richesse collective.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 20 octobre 2009 20h23
    De l'eau dans le gaz
    Rodrigue Tremblay veut du cash et peu lui importe s'il y a de l'eau dans le gaz: il s'en sacre! C'est un fossile du 18e et 19e siècle alors que la vie du peuple et des ouvriers ne valait rien face à leurs intérêts de prédateurs sanguinaires.

    La nationalisation de monsieur Beauchemin pourrait, si nous la surveillons (Hydo-Québec, Pétro-Can...) car elle pourrait nous permettre une exploitation verte, si c'est possible.

    Claude L'Heureux, Québec

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