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Vers Copenhague - Le débat se durcit autour du prolongement de Kyoto

Manifestation devant l’édifice des Nations unies, à Bangkok, en Thaïlande, ou se tient une conférence sur le climat.
Photo : Agence Reuters
Manifestation devant l’édifice des Nations unies, à Bangkok, en Thaïlande, ou se tient une conférence sur le climat.
A moins de 60 jours de la conférence de Copenhague sur le climat, les appuis au prolongement du protocole de Kyoto se multiplient au détriment de son remplacement par un nouveau traité qui ne contiendrait aucune cible contraignante, le scénario favorisé par les États-Unis à des tables de négociation de moins en moins discrètes.

Hier, l'Association du transport aérien international (IATA) a proposé quatre mesures aux différents gouvernements de la planète, y compris une prise de position pour le prolongement du protocole de Kyoto. Elle a proposé en effet à l'issue de sa réunion de Hong Kong de « gérer les émissions de carbone de l'aviation par l'entremise de l'OACI dans le cadre de Kyoto II, en considérant l'aviation comme un secteur industriel mondial ».

La vision à long terme de l'IATA est d'ailleurs exprimée dans un document qui sera présenté à une réunion « de haut niveau » qui débute ce matin au siège de l'OACI, à Montréal, et qui portera exclusivement sur les changements climatiques.

Le document en question propose une amélioration de l'efficacité énergétique de l'aviation de 1,5 % par année d'ici 2020, la stabilisation des émissions étant ainsi obtenue à partir de 2020, ainsi qu'une réduction globale des émissions du secteur de 50 % d'ici 2050 par rapport au niveau de 2005. Si l'OACI utilisait l'année 1990, soit l'année de référence internationale, on racontait hier à Montréal que ce bilan aurait moins bonne mine...

Stagnation à Bangkok

Cette prise de position de l'IATA survient au milieu de la conférence sur le climat de Bangkok, en Thaïlande, qui réunit jusqu'à vendredi des représentants de 190 pays. Ces pourparlers tentent de ramener à une taille raisonnable les quelque 350 pages de propositions contenues dans le document officiel de la conférence de Copenhague du début de décembre.

Mais, outre l'enjeu de prolonger ou d'abolir le protocole de Kyoto au profit d'un nouveau traité, deux autres enjeux majeurs se dessinent. En effet, les pays en développement veulent obtenir avant la conférence de Copenhague des milliards pour se doter d'une réelle capacité d'adaptation à un mégaproblème environnemental causé essentiellement par les carburants fossiles à la base du développement économique des pays occidentaux depuis 150 ans.

Par ailleurs, les pays en développement s'opposent de plus en plus radicalement à ce que les 39 pays développés, qui ont pris des engagements de réduction à Kyoto, fassent comme si ces engagements n'existaient plus et qu'ils reportent plutôt leur effort officiel de réductions sur la période 2013-2020, comme le font notamment le Canada et le Québec.

La Chine, qui canalise avec un grand succès diplomatique le mécontentement des 131 pays en développement, particulièrement mécontents de cette fuite en avant de l'Occident, a ouvertement accusé les États-Unis lundi « de saboter fondamentalement » le protocole de Kyoto.

Remettant en question l'allure de tortue que prend la conférence de Bangkok durant cette deuxième semaine de pourparlers, l'ambassadeur chinois responsable des changements climatiques, Yu Qingtai, a déclaré: « La raison pour laquelle on ne progresse pas dans les discussions, c'est l'absence de volonté politique de la part des 39 pays industrialisés. Il y a chez eux un effort concerté pour saboter fondamentalement le protocole de Kyoto », dont ils souhaitent de plus en plus ouvertement l'abolition pour masquer leur incapacité à respecter leurs engagements.

La Chine a ainsi accusé les pays développés de renier leurs responsabilités historiques dans le déclenchement du réchauffement de la planète et de tenter, faute de progrès dans leurs politiques de réductions, de changer les règles du jeu à la dernière période de la partie afin de reporter sur les pays en développement une partie du fardeau des réductions qu'ils étaient censés assumer.

Rapport de l'AIE

D'autre part, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a dévoilé hier un important rapport, dans lequel elle détaille les investissements et les stratégies énergétiques de base que chaque pays devra adopter pour plafonner la hausse de la température moyenne de la planète à 2 °C, soit le niveau suggéré dans le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) pour éviter un emballement du réchauffement. Le GIEC et le Programme des Nations unies pour l'environnement, tout comme l'Europe, ont proposé avec succès cet objectif lors des deux dernières conférences sur le climat, à Bali et à Poznan, où on a mis la table pour la deuxième phase de réductions de gaz à effet de serre (GES) dans un Kyoto II.

Selon l'AIE, il en coûtera 500 milliards en coûts de rattrapage pour chaque année de retard dans l'atteinte de l'objectif de stabilisation du climat, lequel se situerait à 450 parties par million de CO2 dans l'atmosphère terrestre. Cette concentration atteint présentement 387 ppm, et ce taux augmente de 2 à 3 % par année depuis le début de la décennie. Si plusieurs pays ont souffert de la crise économique mondiale, note l'AIE, ce n'est pas le cas de la planète, qui pourrait avoir bénéficié en 2009 d'une baisse des émissions de 3 %.

L'AIE estime que le contrôle des GES d'ici à 2030 exigera des investissements de 10 000 milliards, soit de 0,5 à 1 % du PIB mondial, une somme qui pourra être récupérée par les économies d'énergie.

Pour les États-Unis, notre voisin, la stabilisation du climat à une hausse de 2 °C exigerait, selon l'AIE, une réduction globale de leurs émissions de 18 %, qu'ils pourraient atteindre par une cible en intensité de -25 % de leurs producteurs d'énergie par rapport à 2007, une réduction de l'intensité des émissions de leur parc automobile de 41 %, une amélioration de l'efficacité de leurs édifices de 16 % et une baisse des émissions de leurs entreprises de 25%, toujours sur la base de 2007, accompagnée d'investissements de 90 milliards en matière d'efficacité énergétique d'ici 2020.
 
 
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  • André Meloche
    Inscrit
    mercredi 7 octobre 2009 13h14
    Le sommet du spectacle!
    Non seulement le système capitaliste est en déroute (mettre en compétition les espèces quand ce n'est pas les « races » et s'assurer qu'elles se détruiront mutuellement tout en créant de la valeur en les asservissant à la production, au travail) mais l'afflux d'information tout azimut sur la toile est à rendre fou.

    Non seulement notre peur du vide nous fait prendre des décisions irrationnelles que nul système n'endiguera mais la vitesse à laquelle ces décisions se prennent est faramineuse. Oui, le temps presse. Comme à l'époque du « fast track » de Bush. On cherche toujours, dans l'urgence, à presser l'« Autre » d'agir, stratégie de conservateur.

    Le monde tourne de plus en plus vite et il ira à sa perte. N'en déplaise aux humanistes, l'humanité doit mourir pour faire place à autre chose. Cela dit, les pays riches qui ont détruit la planète durant tout le vingtième siècle ne peuvent plus imposer leur modèle en faillite à des pays émergents qui imitent jusqu'à nos bêtises capitalistes.

    La pensée humaine ne fonctionne (c'est bien sa faiblesse) que de façon binaire. Haut-bas, Droite-gauche, Bien-mal.

    Il est temps de passer à une ère sans compétition. Non seulement les nations modernes se retrouvent dans un « état de nature » et leurs citoyens sont instrumentalisés (par toutes sortes de dispositifs qui avilissent l'intelligence et rendent abrutis les plus vulnérables d'entre-nous) mais elles détruisent le concept même de nation (« Réunion d'hommes habitant un même territoire, "soumis ou non à un même gouvernement", ayant depuis longtemps des intérêts assez communs pour qu'on les regarde comme appartenant à la même race, Le Littré).

    Tant qu'il existera des gouvernements pris en flagrant délit de népotisme, il y aura des luttes « nationales » qui finiront bien par ressembler au fascisme bien connu en Allemagne et en Italie. Il ne s'agit plus que de se battre pour survivre mais pour imposer une idéologie. Copenhague ne sera finalement qu'un autre spectacle dans cette société mondiale du même nom. Lisez Guy Debord...

    http://andremeloche.canalblog.com/

  • Frédéric Champagne
    Inscrit
    mercredi 7 octobre 2009 15h24
    En quoi vivont nous "mieux" qu'en 1990 grâce à ces dépenses énergitiques accrues?
    Je ne vois pas. Il y a deux grands risques de ne pas atteindre le but de moins de 2°C d'augmentation des températures.
    1)Des dirigeants de pays supposément démocratiques qui négocient en secret dans ces forums internationaux.
    2) Des articles avec plein de chiffre déconnecté de la réalité quotidienne des gens de tous les pays et de la réalité de notre économie capitaliste

    Dans ce cas, le défi semble amplement plus grand que le 0.5 à 1 % du PIB mondial d'investissement nécessaire d'après l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

    Exemple : réduction de l'intensité du parc automobile... changer d'auto aux combiens d'années en moyenne et en vue d'une modèle consommant quel proportion d'essence par rapport à la voiture précédente permettra d'atteindre la "cible" de 41 % de réduction du parc-automobile. ET il faut que la cible CONCRÈTE proposée tienne compte de l'énergie servant à la fabrication de nouvelles voiture et de la volonté d'infléchir la croissance du nombre de véhicules par ménage.

    Ça fait peur aux politiciens du risque 1) qui ne veulent pas déplaire aux gens vivant leur réalité quotidienne, la pensant souvent basée sur une série de droits acquis immuables.

    Quand on veut, on peut les amiEs!

  • Simon Chamberland
    Inscrit
    mercredi 7 octobre 2009 16h08
    au moins 10 ans de retard
    Nous sommes tellement en retard sur l'échéancier de Kyoto qu'on ne peut même plus parler de stopper la vague, ni même de la contenir. Seulement de l'atténuer un peu.

    Ce retard est, en autres, dû à l'intense lobby des pétrolières qui ont organisé dès les années 1990 une intense campagne de négation des changements climatiques causés par l'activité humaine. Ajoutez à ça les perroquets qui croient faire preuve d'indépendance d'esprit en contestant le consensus scientifique autour des changements climatiques, même s'ils en pigent même pas la différence entre climatologie et météorologie, et on se retrouve avec au moins 10 ans de retard.

    Lorsque je parle de consensus scientifique, celui-ci est bien démontré : à ce sujet, je suggère de lire «Beyond the Ivory Tower :The Scientific Consensus on Climate Change»

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