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Des diamants tirés du sol québécois

Pour le projet Renard, Stornoway Diamond corporation a injecté 100 millions de dollars en 10 ans afin d'en vérifier le potentiel

Le site Foxtrot, une parcelle du Bouclier canadien, renferme une importante concentration de diamants. Les premières découvertes y remontent à 1996.
Le site Foxtrot, une parcelle du Bouclier canadien, renferme une importante concentration de diamants. Les premières découvertes y remontent à 1996.
Après des années de forage, de concassage de milliers de tonnes de roche et d'analyses de plus en plus concluantes, la première mine de diamants du Québec devrait bientôt voir le jour. Un projet dont les profits se calculeront probablement en centaines de millions de dollars.

Monts Otish — Le site, baptisé Foxtrot, se trouve à plus d'une heure trente d'hydravion au nord est de Chibougamau. Aucune route ne le relie à la civilisation pour le moment. Mais cette parcelle du Bouclier canadien renferme une importante concentration de diamants qui rapporteront sans doute une fortune à leur propriétaire, pour le plus grand bonheur de la Stornoway Diamond Corporation, maître d'oeuvre du projet Renard dans le cadre d'une coentreprise avec la Société québécoise d'exploration minière.

«La qualité des diamants est très bonne et il s'agit probablement du seul endroit au Québec où on en retrouve en aussi grande quantité, explique le président de la société diamantaire canadienne, Matt Manson. Il existe d'autres endroits où on retrouve de la kimberlite, mais c'est le seul où il y a une telle concentration de diamants.» Cette rarissime kimberlite, que les chercheurs de diamants tentent tous de dénicher, est une formation rocheuse qui prend la forme d'une «cheminée» par laquelle les diamants, formés à plus de 150 kilomètres sous terre, remontent à la surface, ou presque.

Il faut toutefois trouver les fameux diamants. «On peut trouver de la kimberlite, mais ça ne veut pas dire qu'il y aura des diamants dedans», précise-t-il. «Comme développeurs, nous devons donc investir des millions avant même de savoir s'il y a un potentiel. Le risque est grand.» Dans le cas du projet diamantifère Renard, M. Manson souligne que plus de 100 millions de dollars ont été injectés en 10 ans.

Bref, «la gestation est longue», insiste-t-il. «Si on dépense de 10 à 20 millions de dollars en échantillonnages et en tests dans un projet de mine d'or, par exemple, on peut savoir qu'on a une mine. Mais pour les diamants, il faut extraire beaucoup d'échantillons pour déterminer si on a une ressource qui est exploitable et qui a de la valeur. Il faut déterminer le nombre de carats par tonne, mais aussi la qualité des diamants qui sont dans le sol. Il y a des milliers de types de diamants qui ont tous leur couleur, leur forme, leur poids. Ils n'ont pas tous la même valeur. En comparaison, pour un projet de mine d'or, on sait que le minerai vaut de toute façon un prix X qu'on peut lire dans le journal.»

Des millions de carats

Sur le site Foxtrot, les premières découvertes remontent à 1996. C'est toutefois au tournant des années 2000 que les travaux les plus sérieux ont commencé. En près d'une décennie, on a ainsi extrait plus de 10 000 tonnes de roche concassée en guise d'«échantillons». De ce nombre, quelque 6500 tonnes ont été traitées dans l'usine à sécurité maximale construite sur place. De quoi découvrir environ 6500 carats, dont la valeur oscille entre 80 et 123 $ par carat. «Statistiquement, c'est suffisant pour déterminer que le site a un bon potentiel», indique M. Manson. Il faut dire que la valeur des diamants de ce site est généralement supérieure à la moyenne mondiale, qui tourne autour de 80 $.

Pour avoir une idée précise des endroits où se trouvent les concentrations de kimberlite dans le sol, on retire des «carottes» rocheuses à l'aide d'une foreuse pouvant creuser à plus de 600 mètres de profondeur. Les échantillons ainsi obtenus sont analysés sur place, mais aussi dans des laboratoires de la région de Vancouver. Les résultats démontrent que sur les neuf «cheminées» découvertes jusqu'à présent, quatre ou cinq seraient plus intéressantes à exploiter à court terme. Et certaines risquent de contenir beaucoup plus de pierres précieuses que ce qu'on avait envisagé lors des premiers forages.

En tout, on pourrait ainsi retirer, à terme, jusqu'à 20 millions de carats. Dans un premier temps, soit sur une période de près de 10 ans, on parle de sept millions de carats valant pas moins de 750 millions de dollars. Sans compter que les promoteurs prévoient une hausse des prix des diamants dans les prochaines années, mais pensent aussi qu'on risque trouver des pierres «exceptionnelles» qui pourraient rapporter plusieurs millions de dollars en prime.

Aide de Québec

Si l'entreprise n'a pas encore statué sur une date pour le lancement de l'exploitation, elle parle désormais de prendre une décision sur la production au plus tard en 2011, de construire une usine pour 2012 ou 2013 et de démarrer les activités l'année suivante. L'accès par la route sera toutefois essentiel. Justement, Québec, qui semble déterminé à tout faire pour développer le potentiel minier de la province, prévoit investir dans le prolongement de la route 167 sur environ 120 kilomètres. Celle-ci reliera les communautés de Chibougamau et de Mistissini au projet diamantifère Renard, en plus de donner accès à plusieurs projets miniers en développement.

Mais les retombées économiques justifieraient amplement l'investissement de deniers publics, selon Stornoway, qui évalue que les seules redevances versées au gouvernement suffiraient à rembourser les dépenses d'infrastructures. Et si une vingtaine d'employés travaillent en ce moment sur le site, organisé comme un petit village ayant tout le nécessaire de la vie moderne, près de 300 personnes pourraient y dénicher un emploi lors de l'exploitation industrielle. Quelque 30 % de la main-d'oeuvre provient de la communauté crie puisque le projet de mine se trouve directement sur son territoire.

En attendant la mise en service, il est tout de même ardu de convaincre les investisseurs de prendre leur mal en patience. «Généralement, il peut se passer 10 ans entre la découverte et l'exploitation d'un site. C'est un horizon temporel plus grand que celui des investisseurs. C'est donc difficile de garder les gens dans le projet aussi longtemps. Dans le domaine de l'exploration gazière ou pétrolière, on peut trouver du financement, creuser un trou, pomper la ressource et commencer immédiatement à faire des profits.»

«C'est une bonne industrie, reconnaît néanmoins Matt Manson, qui travaille dans le domaine depuis plusieurs années. Si on découvre une bonne mine de diamants, ce qui est très rare, on peut devenir très riche.» Sur les 20 mines les plus rentables au monde, près d'une quinzaine renferment des diamants.

Et, qui achète ces précieuses pierres? «On vend les diamants à des polisseurs, explique M. Manson. La plupart se trouvent en Inde. Au moins un million de personnes y travaillent comme polisseurs. Plusieurs diamants sont ensuite vendus en Israël. Il y a plusieurs familles israéliennes dans le commerce des diamants. C'est très culturel parce qu'historiquement, la population juive a été très active dans le commerce des diamants.» Le principal lieu de commerce en Europe se trouve à Anvers, en Belgique, où pas moins de la moitié des pierres taillées sur la planète transitent. Le Québec devrait bientôt y faire sa marque.

***

Notre journaliste s'est rendu sur le site du projet Renard à l'invitation de Stornoway Diamond corporation
 
 
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