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Tous les parcs ne sont pas également verts...

Le Conseil régional de l'environnement de Montréal (CRE) vient de publier un bilan pour le moins critique de l'application de la politique de protection des milieux naturels sur l'île. Compte tenu de son approche consensuelle, on comprend le CRE d'y aller de façon feutrée et de mettre diplomatiquement l'accent sur ce que l'administration municipale a réalisé avec les 36 millions disponibles sur trois ans.

Mais les faits présentés inquiètent, car si 2473 ha, soit 5 % du territoire montréalais, auraient été protégés selon la Ville, les «chiffres ne semblent pas traduire selon nous toute la réalité», précise le CRE. Montréal soutient qu'on est passé d'une perte nette annuelle de milieux naturels de 75 ha à un gain annuel de 214 ha. Voyons cela de plus près.

Le bilan du CRE révèle que celui de la Ville englobe des surfaces de parcs gazonnés et des espaces verts, mais artificialisés, qui ne sont en aucune façon des milieux naturels ayant bénéficié d'une protection réelle.

Ainsi, le gain net se limiterait plutôt en trois ans à 430 ha, soit moins de 1 % du territoire métropolitain. Le reste des territoires que Montréal estime protégé comme milieux naturels, soit 3,9 % du territoire de l'île, est le résultat de l'ajout de parcs sur l'île. Mais si un parc est à juste titre considéré comme un espace vert, il y a un monde de différence entre un espace gazonné parsemé d'arbres, de bâtiments, de routes et de stationnements et un milieu naturel autonome sur le plan biologique.

Pour le CRE de Montréal, «la superficie accordée aux milieux naturels est donc surévaluée, de la même façon dont elle l'est pour les parcs locaux qui sont entièrement zonés "verts" alors que dans de nombreux cas, une partie non négligeable de leur superficie est minéralisée ou artificialisée». Ainsi, on comptabilise la superficie du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, soit environ 137 ha, alors que selon le CRE, seulement trois boisés peuvent être considérés comme des milieux naturels. Idem pour le Mont-Royal, dont 130 ha ne peuvent prétendre au titre de milieux naturels.

Un bilan peu instructif

Selon le CRE, un vrai bilan devrait plutôt permettre de suivre de près l'évolution des milieux naturels, protégés ou non, sur l'ensemble de l'île de Montréal. Leur surface était de 1600 ha en 2001 selon l'atlas publié la même année par la Ville. Mais depuis huit ans, aucun nouvel inventaire n'a été fait et l'actuelle politique ne tient compte que des milieux naturels des 10 écoterritoires, à l'exclusion des villes défusionnées notamment. Avec un portrait aussi partiel, le CRE soutient à juste titre «qu'il est impossible aujourd'hui de connaître l'évolution réelle du couvert boisé total montréalais et donc d'évaluer à quelle vitesse ces milieux disparaissent». Sans doute une application du vieux principe qui veut que ce qu'on ignore ne fasse pas mal...

En revanche, note le CRE de Montréal, son vis-à-vis de Laval a piloté une étude des biotopes urbains et périurbains de la Communauté urbaine de Montréal (CMM) en collaboration avec l'UQAM et l'Université de Montréal. Ce bilan a permis entre autres de comparer le taux d'occupation du couvert végétal entre 1984 et 2005 sur l'ensemble de la région métropolitaine pour découvrir qu'en 20 ans, les zones boisées ont perdu globalement 310 ha, soit une perte de 18 % des milieux naturels. Et la situation est pire, note le CRE de Montréal, pour les milieux humides de l'agglomération «qui n'ont toujours pas fait l'objet d'un seul inventaire et d'une caractérisation au cours de la dernière décennie» malgré leur haute valeur écologique.

Enfin, Montréal ne dispose d'aucun portrait global de ses ruisseaux et n'a aucun bilan des petits milieux naturels de moins de 15 ha, qui semblent passés aux profits et pertes, tout comme le fait Québec pour les petits milieux humides. Le plus inquiétant est sans doute le fait que Montréal ait, elle aussi, ouvert la porte à la «compensation» pour perte de milieux humides, ce qui autorise leur destruction contre de l'argent pour des fins environnementales souvent douteuses ou contre d'autres terrains de valeur souvent discutable. En réalité, la compensation se traduit chaque fois par une perte nette d'écosystèmes. Ce verdissement du béton ressemble tellement à du blanchiment d'argent...

Le CRE de Montréal estime qu'au prix actuel de 68 000 $ par hectare, il faudra ajouter 27 millions aux 36 millions prévus pour atteindre l'objectif de 6 % de milieux naturels protégés sur l'île, soit un premier pas vers l'atteinte des 12 % que Québec se donne pour 2015.

Le CRE désigne plusieurs milieux naturels qui devraient être rapidement protégés, dont la pointe est de l'île, la coulée Grou qu'on assassine à petit feu en l'asséchant, le ruisseau Pinel et ce qui restera du ruisseau De Montigny quand le «pont Mulcair» aura été construit sur la 25, l'ancien golf de Meadowbrook et la falaise Saint-Jacques, qui sert toujours de dépotoir à ciel ouvert — et en toute impunité! — aux commerces de la rue Saint-Jacques.

La politique de protection des milieux naturels de Montréal souffre d'une autre faille béante, soit l'absence de bilan de santé de ses rives. Montréal est une île. On l'oublie trop souvent. À ce titre, son lien riverain avec ses cours d'eau constitue une sorte de corridor naturel «bleu» et une zone tampon entre la terre et l'eau, tout aussi importante que les zones tampons et les corridors naturels que le CRE réclame entre les milieux naturels terrestres de l'île.

Montréal — ou un groupe écologiste vigilant — devrait filmer annuellement l'état de ses rives pour noter les infractions à la politique de protection riveraine et déterminer si leur caractère naturel régresse ou progresse. À voir comment à l'Île des Soeurs on a remblayé en toute impunité depuis trois ans des portions de sa rive nord, le message envoyé aux promoteurs y est le même que celui du dossier des compteurs d'eau...

n Lecture: Guide de la flore urbaine, par Roger Latour, Éditions Fides, 303 pages. Les ruelles et même les trottoirs sont de petits écosystèmes où la vie sort de la moindre fracture du béton, profite de la moindre clôture pour défier notre inconscience. Mais on connaît peu ou très mal ces humbles plantes qui résistent à nos gros sabots d'urbains et qui nous lancent des sourires multicolores immérités. Ce petit guide soulève le couvercle d'un coffre à trésor malheureusement méconnu.
 
 
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  • Rémi Arsenault
    Abonné
    vendredi 8 mai 2009 09h46
    Intervention terrain...
    Bonjour, Monsieur Francoeur,

    J'apprécie votre propos au sujet des espaces verts et de la gestion de ceux-ci sur l'Île de Montréal.

    Au sujet de :
    «Montréal - ou un groupe écologiste vigilant - devrait filmer annuellement l'état de ses rives pour noter les infractions à la politique de protection riveraine et déterminer si leur caractère naturel régresse ou progresse.»; je serais preneur d'une telle proposition. J'aurais des disponibilités personnelles dans ce dessein.

    Alors, si des gens intervenaient où désire intervenir dans ce type de projet; j'aimerais me joindre à eux.

    Salutations.

    Rémi Arsenault

    remia2@yahoo.ca

  • Patrick Lavoie
    Abonné
    vendredi 8 mai 2009 09h51
    Bravo!
    Bravo pour votre travail vital de vrai journaliste! Vous êtes rare! Et essentiel!!!
    Merci!

  • Jean Laflamme
    Abonné
    lundi 11 mai 2009 13h30
    Et la Rive-Sud?
    Ce qui se passe sur l'île de Montréal se passe aussi sur la Rive-Sud. L'agglomération de Longueuil a établi un plan de conservation des milieux naturels il y a trois ans, mais la ville de Saint-Bruno, qui a hérité d'un parc provincial, veut faire à sa tête avec ses petits milieux milieux naturels considérant qu'elle a fait sa part. Elle tient une réunion de consultation demain soir le 12 mai. Il est possible que les citoyens se laissent endormir par les mots à la mode et voient du vert partout.
    Jean N Laflamme, Saint-Bruno-de-Montarville
    jean.nlaflamme@videotron.ca

  • Jacques Simon
    Inscrit
    mardi 26 mai 2009 11h17
    Nuances...
    Au sujet du ruisseau De Montigny, celui-ci ne sera aucunement touché par la construction de l'autoroute 25. Celle-ci se fait à l'extérieur de la zone protégée du ruisseau, et la Ville vient depuis deux ans d'acquérir plusieurs terrains pour constituer un corridor de protection continu pour le ruisseau. Les problèmes sont plutôt les suivants : les nuisances associées au passage d'un autoroute dans le milieu urbain et à proximité d'un grand parc, soit le parc du ruisseau de Montigny (bruit, circulation, accès difficile...) ainsi que la passage du pont "Mulcair" à proximité immédiate de l'archipel des îles Boutin, Rochon, Gagné et Lapierre dans la rivière des Prairies, qui abritent des milieux naturels extraordinaires, et dont la quiétude sera détruite pour de bon par ce pont...

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