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    Projet de loi sur l'aménagement forestier - Un avenir inquiétant pour notre forêt

    31 mars 2009 |Patrick Nadeau - Coordonnateur conservation et foresterie chez SNAP Québec | Actualités sur l'environnement
    Bientôt, la forêt québécoise ne sera plus la même. D'ici quelques semaines, le gouvernement Charest déposera un projet de loi qui viendra redéfinir la foresterie pour les décennies à venir.

    Comme tous les intervenants, nous misons énormément sur le succès de cette réforme, mais nous nous inquiétons devant le peu de progrès de celle-ci sur le plan environnemental. Malgré un discours rassurant du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), les actions sur le terrain laissent plutôt présager un statu quo, voire des reculs qui n'ont rien de réjouissant.

    Le triste exemple du Nord-du-Québec

    Plusieurs forêts dans la région du Nord-du-Québec ont une particularité de plus en plus rare à l'échelle mondiale: elles sont intactes. Non seulement ces forêts n'ont-elles jamais subi de coupes forestières, mais elles sont dépourvues des routes et des chemins qui sillonnent la très grande majorité du paysage forestier québécois. La science est claire sur l'importance critique de ces forêts, car elles permettent de maintenir la biodiversité ainsi que les fonctions essentielles des écosystèmes forestiers. Manifestement, la gestion des dernières forêts intactes devrait se faire avec la plus grande prudence.

    Dans cette optique, les nouveaux plans d'aménagement forestier pour le Nord-du-Québec sont carrément décourageants. Ces plans, qui viendront encadrer les opérations forestières de la région jusqu'en 2013, ont été élaborés à partir des instructions du Forestier en Chef: les compagnies forestières devront «étendre» leurs nouveaux chemins (6110 km en tout) et leur récolte sur la totalité du territoire. Politique désastreuse pour les forêts intactes, puisque celles-ci seront maintenant ciblées pour une fragmentation intentionnelle et accélérée. La région au nord de la rivière Broadback, secteur de forêts intactes de très grande importance pour la conservation, qui jusqu'ici avait été épargnée, sera désormais accessible aux forestières. D'ici quelques semaines, on y entamera la construction d'un imposant réseau de chemins qui viendra fragmenter le territoire de façon irréversible.

    Un ministère ambivalent

    Difficile de comprendre la logique du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF). D'un côté, il promet une réforme en profondeur, un véritable «virage vert» du régime forestier. De l'autre, il approuve des plans comme ceux du Nord-du-Québec, qui sonneront le glas pour les forêts intactes d'une région entière — et avec elles l'habitat du caribou forestier. Le sort de cette espèce vulnérable ajoute d'ailleurs à l'incohérence, puisque le MRNF a le mandat de protéger la faune menacée ou vulnérable. Pourtant, il refuse depuis trois ans de publier le plan de rétablissement du caribou forestier, plan qui propose des solutions pour contrer le recul des populations.

    Une vraie réforme est toujours possible

    Rappelons que la réforme du régime forestier s'est avérée nécessaire en grande partie à cause d'un constat sur l'état lamentable de nos écosystèmes. En 2004, la commission Coulombe faisait état de la surexploitation des forêts québécoises et du besoin d'effectuer la transition vers une nouvelle foresterie axée sur l'aménagement écosystémique. Nous croyons que cette transition est non seulement souhaitable, mais bien indissociable de la réforme en cours.

    Le Québec doit se doter d'une foresterie qui respectera les principes de sa propre Loi sur le développement durable. Une foresterie fondée sur la gestion intégrée des ressources et sur les meilleures pratiques d'aménagement forestier — soit celles de l'aménagement écosystémique —, et ce, sur l'ensemble de son territoire forestier. Quant à l'espace accordé à la conservation et aux aires protégées, la solution est simple: agissons pour conserver les territoires à haute valeur de conservation avant d'accorder la totalité du territoire aux usages industriels. Ce revirement du paradigme actuel, qui devrait pourtant aller de soi, sera essentiel pour éviter les erreurs comme celles qui seront bientôt commises dans le Nord-du-Québec forestier.

    Soyons clairs: la réforme en profondeur du régime forestier actuel est nécessaire. Étant donné plusieurs signes inquiétants, nous estimons que le projet de loi entre les mains du gouvernement doit être remanié afin de doter le Québec d'un véritable développement forestier durable.
     
     
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