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Quatre engagements électoraux dans le dossier de l'eau de la part du Parti québécois - À quand l'égalité entre les cours d'eau?

En fin de semaine dernière, le premier ministre Bernard Landry et son ministre de l'Environnement et de l'Eau, André Boisclair, qui est aussi ministre des Affaires municipales, ont pris quatre engagements électoraux dans le dossier de l'eau.

Si trois de ces mesures méritent un appui public ferme malgré les questions incidentes qu'elles soulèvent, la quatrième enlise le Québec encore plus profondément, si la chose est possible, dans une vision dépassée et dangereuse sur le plan environnemental parce qu'elle perpétue le statut de «cours d'eau municipal», un statut qui attend d'être secoué par un ministre qui verrait la nécessité de mettre tous les écosystèmes aquatiques sur le même pied. Mais quand cette nécessité n'est pas même perçue par le milieu environnemental, on comprend que certaines réformes stagnent...

Dans un premier temps, Québec s'est engagé à assurer la protection de 15 grandes rivières naturelles, comme il l'a fait pour la Moisie, l'Ashuapmushuan et l'Harricana, un nom malheureusement devenu synonyme de pollution sonore et atmosphérique avec le rallye de motoneiges qui porte son nom... Enveloppe: trois millions par année.

Reste à savoir une chose à propos des rivières patrimoniales: si on en protège une quinzaine, cela autorisera-t-il les promoteurs à faire plus de gâchis sur les autres? Deviennent-elles des rivières de seconde zone? L'avenir dira si cette politique de conservation aura insidieusement amorcé un recul pour la majeure partie de nos cours d'eau, qui ne feront pas partie du club des rivières patrimoniales.

L'accès aux «rivières»

Le deuxième engagement électoral du PQ est aussi fort intéressant: «permettre aux citoyens un accès privilégié à leurs rivières». Mais pourquoi n'a-t-on pas mentionné aussi les lacs? Oubli ou intention?

Au lac Mékinac, en Mauricie, un des plus grandioses de cette région avec ses falaises à couper le souffle et sa faune aquatique abondante, le groupe Vaugeois-McGinnis, appuyé financièrement par les 200 millions de dollars de la multinationale américaine Hines, serait en voie de se faire céder en propriété privée des milliers d'hectares à même le domaine public. Depuis des générations, Québec a pourtant refusé de vendre ces terrains aux gens du lieu, exception faite des quelque 125 propriétés installées sur ce lac de 16 kilomètres de long. Mais quand se pointent les gros promoteurs, qui demeurent des amis du régime même après l'avoir mis dans l'embarras avec le Centre mondial du commerce électronique, on voit une sous-ministre des Richesses naturelles se déplacer pour rassurer les résidants locaux à propos de l'éventuelle transformation de leur milieu en un Beverly Hills mauricien, farci de résidences de millionnaires et d'hôtels de luxe. De bien belles jobs en vue dans l'entretien des parterres et les coulées de béton! Se dirige-t-on vers une vente de nos plus beaux lacs des Laurentides aux étrangers, comme certains le craignent pour le nord de Montréal? Pourrait-on en débattre pendant cette campagne électorale?

Reboiser les rives

Troisième engagement: «reboiser les rives des principales rivières de la plaine agricole du Saint-Laurent». Enveloppe: six millions par année. Voilà le plus important et le plus urgent des engagements du gouvernement parce que l'industrie agricole est effectivement, ici, la seule qui puisse encore polluer sans filtre... végétal.

Mais cet engagement électoral est à la fois une reconnaissance de la faiblesse de notre politique de protection riveraine, inappliquée partout en milieu agricole même si, depuis l'adoption des schémas intérimaires des MRC, au milieu des années 80, la protection des rives est une obligation juridique! Aux audiences sur la production porcine, un spécialiste du ministère de l'Environnement a déclaré avec une franchise déroutante qu'on n'avait pas encore commencé à faire de la protection riveraine au Québec! Le ministère de l'Environnement s'est déchargé de ses responsabilités — et s'est déculpabilisé — en confiant la protection des rives au milieu municipal, qui les démolit depuis toujours. Les inspecteurs municipaux se sont avérés incapables de dire au cousin, au maire et au puissant milieu agricole que chacun doit cesser de cultiver dans la bande riveraine, que les pratiques agricoles sont en contravention de la loi et qu'on va forcer l'application des règlements de zonage en vigueur.

Résultat: 15 années d'inapplication généralisée de cette politique parce que le milieu agricole a décidé, lui, que l'application de la loi lui ferait perdre de l'argent. Comme si les exigences antipollution n'en faisaient pas perdre aussi aux industriels! Et le gouvernement, au lieu de prendre acte de la faiblesse de ses municipalités, donne l'impression que sa nouvelle politique de protection riveraine est plus musclée parce qu'il l'a étendue à tous les cours d'eau, ce qui n'était en effet pas le cas auparavant. Cela risque fort de constituer de la protection environnementale sur papier car les nouvelles règles seront appliquées, comme les anciennes, par des inspecteurs coincés entre l'écorce et l'arbre, par des administrations souvent sans culture environnementale et toujours aux prises avec des organes municipaux où Québec a renforcé le pouvoir du monde agricole au détriment de celui des citoyens ordinaires. Avec les subventions annoncées, on comprend aussi que c'est le public qui devra payer pour que les agriculteurs commencent à respecter des lois et des règlements en vigueur depuis 17 ans dans certains cas. Où est la bonne nouvelle?

Cours d'eau municipaux

Enfin, le quatrième engagement électoral du gouvernement propose de «soutenir le monde municipal dans la surveillance des cours d'eau», en particulier les cours d'eau «municipaux» dont Québec a confié la garde «exclusive» aux MRC. Enveloppe: trois millions.

Le problème, ici, est plus ancien et plus grave qu'en ce qui a trait aux bandes riveraines. Les cours d'eau québécois, confinés au territoire d'une municipalité ou d'une MRC, sont dits «municipaux». Ceci les exclut de certains privilèges accordés aux cours d'eau plus nobles, les «provinciaux». Les cours d'eau municipaux se jettent dans les grands cours d'eau, les privilégiés, qui relèvent directement du ministère de l'Environnement, par la réglementation sur les impacts environnementaux, par la politique des rives depuis le milieu des années 80, etc. Les cours d'eau municipaux, eux, n'ont pas tous ces égards, et le régime juridique qui s'y applique est dans plusieurs cas beaucoup moins sévère, notamment au chapitre des amendes. De vieilles lois font même obligation aux municipalités de «nettoyer» ces cours d'eau. Le gouvernement en a même remis en soustrayant l'«entretien» des cours d'eaux municipaux à l'exigence juridique de l'évaluation environnementale préalable!

Ces quatre promesses du gouvernement, qui valent certes mieux que le silence et l'absence totale de propositions des autres partis sur la question, pointent vers les deux plus grandes faiblesses structurelles de la politique québécoise en matière d'environnement.

D'abord, son incapacité de reconnaître que le monde municipal, ses lois et ses acteurs ne sont pas à la hauteur des exigences de la protection de l'environnement et qu'ils le menacent souvent autant que les secteurs agricoles et industriels, auxquels on ne demanderait pourtant pas d'appliquer la loi! À l'évidence, il faut réformer le régime archaïque qui perpétue l'existence de deux classes de cours d'eau au Québec alors qu'il s'agit d'écosystèmes d'aussi grande importance. Que le milieu environnemental ait pu applaudir une politique de l'eau muette est pour le moins inquiétant.

La deuxième faiblesse de nos politiques vertes, et probablement la principale, demeure le divorce entre faune et environnement, qui compromet toute gestion vraiment intégrée et écosystémique des espèces vivantes. La principale promesse électorale qu'un parti puisse faire dans cette campagne électorale s'il veut susciter des changements structurels vraiment porteurs d'avenir ne peut donc venir que d'un futur premier ministre, car lui seul peut, par les nominations ministérielles, déchaîner l'Environnement des Affaires municipales, le contrôleur et son administré, pour remarier plutôt Environnement et Faune, en redonnant notamment à la gestion faunique un statut de mission ministérielle.

- À voir: le 6 avril à 21h au Canal D, Sans détour - La paix des Braves. Un reportage sur la défense qu'essaient d'organiser, malgré le rouleur compresseur politique, quelques Blancs et autochtones pour épargner à la rivière Rupert le détournement annoncé de ses eaux vers la rivière Eastmain.
 
 
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