Touche pas à mon gun... enregistré
Photo : Agence Reuters
Des fusils de chasse de collection sont présentés lors d’un salon dédié aux armes à feu à Nuremberg, en Allemagne. Tout possesseur d’arme de chasse a intérêt à l’enregistrer, ne serait-ce que parce qu’en cas de vol, il augmente ses chanc
Le gouvernement Harper propose un vote libre pour faire disparaître l'obligation d'enregistrer les armes de chasse. Comme à chaque fois que cette question revient sur le tapis, elle donne lieu à des débordements de démagogie qui discréditent bien des politiciens, même parmi ceux qui défendent un point de vue proche du mien...
J'ai été opposé pendant des années à l'enregistrement des armes de chasse parce qu'il s'agit — et je le pense toujours — d'une tracasserie de plus qui éloigne bien des jeunes de la chasse elle-même. Comme nous l'avons vu lors du drame de Dawson, le fait d'avoir enregistré une arme n'a pas empêché son usage à des fins criminelles, tout comme le fait d'avoir immatriculé un véhicule n'empêche pas un irresponsable de le transformer en projectile fatal.
Mais cela étant dit, maintenant qu'on y a investi une fortune indécente de plus de deux milliards, la question n'est plus aujourd'hui «Faut-il enregistrer?» mais bien «Faut-il continuer d'enregistrer les armes de chasse?». À mon avis, il faut maintenir l'enregistrement des armes de chasse, mais en limiter les effets pervers et inutiles dans l'intérêt même des chasseurs. Les tenants du «Touche pas à mon gun!» doivent accepter l'idée qu'il doit exister un équilibre entre le privilège d'utiliser une arme et les impératifs de la sécurité publique. Mais, à l'opposé, le discours des «anti-chasse» qui voudraient interdire toute utilisation d'armes, y compris les armes de chasse, constitue un intégrisme tout aussi inacceptable. Mais pas facile d'y voir clair, je l'admets.
La loi sur les armes exige que tout propriétaire obtienne d'abord un permis de possession pour ses armes. Il doit, en plus, obtenir un permis d'acquisition s'il veut en acquérir d'autres, neuves ou de seconde main. Dans les deux cas, il faut se plier à un questionnaire fort déplacé pour ne pas dire abusif, et obtenir l'appui d'un répondant, ce qui est plus logique. Cette démarche vise à déterminer si on a affaire à une personne assez équilibrée pour gérer une arme de façon responsable. Le jeune à l'origine du drame de Dawson avait pourtant franchi cette étape, ce qui démontre bien sa superficialité. Par contre, une personne en apparence équilibrée, qui serait sous enquête de police dans plusieurs dossiers liés à des groupes criminalisés, pourra, si elle n'a pas été condamnée, obtenir son permis de possession pour une arme de chasse à moins d'avoir été impliquée dans des actes violents. Pas fort, n'est-ce pas?
Dans l'intérêt du chasseur
Mais revenons à l'essentiel: à mon avis, tout chasseur a intérêt à enregistrer ses armes de chasse parce qu'en cas de vol, il augmente ses chances de les retrouver si elles refont surface un jour. Tant que leur enregistrement est obligatoire, revendre une arme de chasse volée mais bien identifiée par un numéro de série a peu d'intérêt pour un voleur qui risque d'être repéré s'il l'utilise ou la vend. Comme les armes de chasse sont longues et encombrantes, elles intéressent moins les gangs de rue ou les milieux criminels, qui vont préférer les armes de poing ou d'assaut, lesquelles ne seront jamais enregistrées, bien entendu.
Mais la sécurité publique sera bien servie si l'enregistrement de toutes les armes permet à la police de savoir en quelques secondes, grâce aux ordinateurs de bord de leurs voitures, si quelqu'un dans une maison peut leur opposer la puissance de tir d'une arme de chasse lors des drames familiaux, par exemple.
Et c'est précisément cette possibilité qu'a la police de savoir en quelques minutes si quelqu'un possède une arme et de quels type et calibre, qui démontre à quel point la hargne du gouvernement Harper envers l'enregistrement des armes de chasse s'inspire de motifs idéologiques et d'un clientélisme primaire plutôt que d'une saine recherche de l'intérêt public.
Par contre, si un parti politique, quel qu'il soit, voulait enlever de la loi actuelle certains irritants inacceptables sans nuire à la sécurité publique, il maintiendrait l'enregistrement des armes de chasse actuel, mais annulerait ces dispositions qui font de simples infractions administratives de véritables actes criminels, d'où l'opposition d'un grand nombre de chasseurs à l'enregistrement lui-même, qui entraîne tout le reste.
D'abord, la loi actuelle exige que les permis de possession ou d'acquisition soient renouvelés à intervalles définis par le gouvernement. De plus, elle exige qu'un chasseur en déplacement ait sur lui le certificat d'enregistrement des armes qu'il transporte. Enfin, si un chasseur a prêté son arme à un copain qui craint d'avoir déréglé ses mires en l'échappant à la chasse, ce dernier doit avoir aussi sur lui copie du certificat d'enregistrement.
Or, toute infraction à ces trois obligations de nature administrative peut déboucher sur des accusations au criminel, avec toutes les conséquences qu'on imagine pour obtenir un passeport ou même renouveler ses permis de chasse en attendant un procès, pour ses voyages aux États-Unis, etc. En comparaison, celui qui a omis d'enregistrer un projectile de trois tonnes, comme un gros VUS, paiera simplement une amende et c'est logique, tout comme celui qui a oublié d'emporter avec lui la preuve d'immatriculation d'un véhicule.
Seul le défaut d'enregistrer une arme de chasse devrait être véritablement pénalisé par la loi fédérale car, grâce à cet enregistrement, tout policier peut en quelques minutes obtenir du registre national l'identité de son propriétaire. Pourquoi continue-t-on alors de transformer de simples citoyens en criminels pour de simples infractions administratives qu'une amende pourrait régler sans attenter à la sécurité publique?
J'ai bien vu les Mulcair, Duceppe et Rodriguez déchirer leur chemise à la télé contre le vote libre proposé par le gouvernement Harper. Mais aucun d'entre eux n'ose défier la rectitude politique en proposant d'effacer les principaux effets pervers de la loi actuelle. Au Québec seulement, il y a 750 000 détenteurs de certificats de chasseurs qui respireraient un peu mieux.
- Lecture: Les Oiseaux explorateurs, par Jean Léveillé, préface de Julie Payette, Éditions de l'Homme, 177 pages. Un survol des aptitudes et habitudes étonnantes de ces oiseaux qui ont peuplé tous les continents à la recherche d'habitats. L'auteur a déjà écrit trois autres livres sur les oiseaux. Médecin, photographe et passionné par la gent ailée, Jean Léveillé sait admirablement bien susciter l'émerveillement.
J'ai été opposé pendant des années à l'enregistrement des armes de chasse parce qu'il s'agit — et je le pense toujours — d'une tracasserie de plus qui éloigne bien des jeunes de la chasse elle-même. Comme nous l'avons vu lors du drame de Dawson, le fait d'avoir enregistré une arme n'a pas empêché son usage à des fins criminelles, tout comme le fait d'avoir immatriculé un véhicule n'empêche pas un irresponsable de le transformer en projectile fatal.
Mais cela étant dit, maintenant qu'on y a investi une fortune indécente de plus de deux milliards, la question n'est plus aujourd'hui «Faut-il enregistrer?» mais bien «Faut-il continuer d'enregistrer les armes de chasse?». À mon avis, il faut maintenir l'enregistrement des armes de chasse, mais en limiter les effets pervers et inutiles dans l'intérêt même des chasseurs. Les tenants du «Touche pas à mon gun!» doivent accepter l'idée qu'il doit exister un équilibre entre le privilège d'utiliser une arme et les impératifs de la sécurité publique. Mais, à l'opposé, le discours des «anti-chasse» qui voudraient interdire toute utilisation d'armes, y compris les armes de chasse, constitue un intégrisme tout aussi inacceptable. Mais pas facile d'y voir clair, je l'admets.
La loi sur les armes exige que tout propriétaire obtienne d'abord un permis de possession pour ses armes. Il doit, en plus, obtenir un permis d'acquisition s'il veut en acquérir d'autres, neuves ou de seconde main. Dans les deux cas, il faut se plier à un questionnaire fort déplacé pour ne pas dire abusif, et obtenir l'appui d'un répondant, ce qui est plus logique. Cette démarche vise à déterminer si on a affaire à une personne assez équilibrée pour gérer une arme de façon responsable. Le jeune à l'origine du drame de Dawson avait pourtant franchi cette étape, ce qui démontre bien sa superficialité. Par contre, une personne en apparence équilibrée, qui serait sous enquête de police dans plusieurs dossiers liés à des groupes criminalisés, pourra, si elle n'a pas été condamnée, obtenir son permis de possession pour une arme de chasse à moins d'avoir été impliquée dans des actes violents. Pas fort, n'est-ce pas?
Dans l'intérêt du chasseur
Mais revenons à l'essentiel: à mon avis, tout chasseur a intérêt à enregistrer ses armes de chasse parce qu'en cas de vol, il augmente ses chances de les retrouver si elles refont surface un jour. Tant que leur enregistrement est obligatoire, revendre une arme de chasse volée mais bien identifiée par un numéro de série a peu d'intérêt pour un voleur qui risque d'être repéré s'il l'utilise ou la vend. Comme les armes de chasse sont longues et encombrantes, elles intéressent moins les gangs de rue ou les milieux criminels, qui vont préférer les armes de poing ou d'assaut, lesquelles ne seront jamais enregistrées, bien entendu.
Mais la sécurité publique sera bien servie si l'enregistrement de toutes les armes permet à la police de savoir en quelques secondes, grâce aux ordinateurs de bord de leurs voitures, si quelqu'un dans une maison peut leur opposer la puissance de tir d'une arme de chasse lors des drames familiaux, par exemple.
Et c'est précisément cette possibilité qu'a la police de savoir en quelques minutes si quelqu'un possède une arme et de quels type et calibre, qui démontre à quel point la hargne du gouvernement Harper envers l'enregistrement des armes de chasse s'inspire de motifs idéologiques et d'un clientélisme primaire plutôt que d'une saine recherche de l'intérêt public.
Par contre, si un parti politique, quel qu'il soit, voulait enlever de la loi actuelle certains irritants inacceptables sans nuire à la sécurité publique, il maintiendrait l'enregistrement des armes de chasse actuel, mais annulerait ces dispositions qui font de simples infractions administratives de véritables actes criminels, d'où l'opposition d'un grand nombre de chasseurs à l'enregistrement lui-même, qui entraîne tout le reste.
D'abord, la loi actuelle exige que les permis de possession ou d'acquisition soient renouvelés à intervalles définis par le gouvernement. De plus, elle exige qu'un chasseur en déplacement ait sur lui le certificat d'enregistrement des armes qu'il transporte. Enfin, si un chasseur a prêté son arme à un copain qui craint d'avoir déréglé ses mires en l'échappant à la chasse, ce dernier doit avoir aussi sur lui copie du certificat d'enregistrement.
Or, toute infraction à ces trois obligations de nature administrative peut déboucher sur des accusations au criminel, avec toutes les conséquences qu'on imagine pour obtenir un passeport ou même renouveler ses permis de chasse en attendant un procès, pour ses voyages aux États-Unis, etc. En comparaison, celui qui a omis d'enregistrer un projectile de trois tonnes, comme un gros VUS, paiera simplement une amende et c'est logique, tout comme celui qui a oublié d'emporter avec lui la preuve d'immatriculation d'un véhicule.
Seul le défaut d'enregistrer une arme de chasse devrait être véritablement pénalisé par la loi fédérale car, grâce à cet enregistrement, tout policier peut en quelques minutes obtenir du registre national l'identité de son propriétaire. Pourquoi continue-t-on alors de transformer de simples citoyens en criminels pour de simples infractions administratives qu'une amende pourrait régler sans attenter à la sécurité publique?
J'ai bien vu les Mulcair, Duceppe et Rodriguez déchirer leur chemise à la télé contre le vote libre proposé par le gouvernement Harper. Mais aucun d'entre eux n'ose défier la rectitude politique en proposant d'effacer les principaux effets pervers de la loi actuelle. Au Québec seulement, il y a 750 000 détenteurs de certificats de chasseurs qui respireraient un peu mieux.
- Lecture: Les Oiseaux explorateurs, par Jean Léveillé, préface de Julie Payette, Éditions de l'Homme, 177 pages. Un survol des aptitudes et habitudes étonnantes de ces oiseaux qui ont peuplé tous les continents à la recherche d'habitats. L'auteur a déjà écrit trois autres livres sur les oiseaux. Médecin, photographe et passionné par la gent ailée, Jean Léveillé sait admirablement bien susciter l'émerveillement.
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