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La guerre, vendredi prochain ? - Les principes contre la puissance

Et si le Conseil de sécurité sortait renforcé du conflit annoncé en Irak ?

Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont écouté Hans Blix faire son rapport, hier, sur les travaux des inspecteurs en Irak.
Photo : Agence Reuters
Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont écouté Hans Blix faire son rapport, hier, sur les travaux des inspecteurs en Irak.
Le chef des inspecteurs en désarmement de l'ONU a demandé «des mois» hier au Conseil de sécurité pour poursuivre son travail, sans nier que les pressions militaires anglo-américaines ont joué dans «l'accélération de ses activités de désarmement par l'Irak». Vain, le nouveau rapport Blix, vu l'imminence de la guerre?

Ultimement, «je crois qu'il y aura la guerre et qu'elle commencera vendredi prochain», croit Errol Mendes, spécialiste en droit public international à l'Université d'Ottawa et conseiller à l'ONU. «La logistique n'est pas encore tout à fait en place. La division aéroportée américaine des Screaming Eagles

[19 000 hommes] achèvera de débarquer mardi alors que la division britannique motorisée des Desert Rats [de 10 000 à 15 000 hommes] est sur le terrain mais n'a pas encore reçu tous son équipement.»

On conjecture sur la guerre comme sur la date des prochaines élections générales au Québec. Une guerre qui, du reste, «a commencé», dit M. Mendes, signalant que des forces spéciales sont déjà en territoire irakien, surtout dans la zone kurde. Le spécialiste s'attend à ce que les «Brits» soient probablement les premiers à se lancer au front en prenant Bassorah, au sud. «Mardi ou mercredi, on dira aux inspecteurs qu'ils ont 72 heures pour quitter le pays.»

Tout cela ne fait-il pas du rapport Blix d'hier un exercice inutile? «Non, pas du tout.» M. Mendes analyse qu'Hans Blix a continué d'avancer, comme dans ses deux rapports précédents, sur une voie qui donne des munitions à l'une et à l'autre des deux parties mais que, cette fois-ci, «il a fait pencher la balance à l'encontre des arguments de George W. Bush et de Tony Blair».

Il retient — et juge «très significatif» — que M. Blix ait déclaré que «vérifier le désarmement, même avec la coopération active de l'Irak, ne prendra pas des semaines ou des années mais des mois». Ce qui revient à dire, selon l'expert: «En déclenchant un conflit armé tout de suite, vous [les Américains et les Britanniques] bloquez ce qui pourrait être un processus de désarmement

substantiel.»

Alors, quoi? Les pressions militaires, auxquelles M. Blix reconnaît le mérite d'avoir poussé le régime de Saddam Hussein à mieux collaborer avec les inspecteurs, devront-elles se poursuivre pendant des mois? Les solutions intermédiaires, estime M. Mendes, existent. «Plutôt que de vouloir donner à Saddam Hussein quelques semaines additionnelles pour désarmer, ce que je n'ai jamais cru faisable, ma "proposition canadienne" aurait été d'appuyer les inspecteurs avec une présence militaire onusienne en sol irakien. À ce titre, le Canada aurait pu être un joueur majeur en compagnie d'autres puissances intermédiaires.»

À l'inverse de l'opinion répandue dans les médias, M. Mendes croit qu'à long terme, l'ONU et le Conseil de sécurité survivront non seulement à cette crise mais sortiront renforcés de cette guerre inévitable. «Pourquoi? Parce qu'il est sans précédent dans l'histoire de l'humanité que la plus grande puissance militaire du moment fasse face à une coalition qui s'appuie dans son opposition massive sur des principes de paix et de collaboration. Le fait que des alliés [la France et l'Allemagne] qui se sont battus aux côtés de Washington lui résistent ainsi est extrêmement significatif.» En cela, «la victoire est majeure» pour l'ONU, malgré le fait que les États-Unis n'arrêtent pas de dire qu'ils feront la guerre même sans sa bénédiction.

Il s'attend à ce que Saddam Hussein tombe, en quelques jours peut-être. «La guerre sera remportée très facilement, c'est la paix qui posera problème.» Il s'agira selon lui du défi le plus grand auquel auront à faire face les États-Unis depuis la Deuxième Guerre mondiale. Pour relever l'Irak et calmer le jeu dans la région, «il faudra que les ressources de l'ensemble de la communauté internationale soient mobilisées», notamment pour venir en aide aux réfugiés et agir dans le champ humanitaire et diplomatique. «Aussitôt que la guerre aura eu lieu, les services de l'ONU seront désespérément requis.»

Aussi ne faut-il pas trop, à son avis, se laisser effrayer par les menaces que représente la crise irakienne pour l'avenir de l'ONU. «Son avenir ne dépend pas d'une résolution.» Si quelqu'un doit s'inquiéter, dit M. Mendes, c'est plutôt M. Bush, dont il juge que la réélection en 2004 sera grevée par les séquelles d'une paix difficile à faire en Irak et les difficultés de l'économie américaine.

Voici un président qui est aujourd'hui «piégé par sa propagande», renchérit Dennis Murphy, professeur de communications à Concordia. Ce spécialiste des discours de propagande dit du président américain qu'il s'est enferré dans une logique du «vous êtes contre nous ou vous êtes pour nous» dont il ne peut plus sortir aujourd'hui, un choix que même son opinion publique a du mal à acheter et qui le contraint, face à l'Irak, à une fuite en avant.

«C'est un mauvais propagandiste, tranche M. Murphy. Quand je le vois à la télé, j'ai l'impression de voir un comédien qui joue au président. Et même plus: il est la doublure du comédien qui joue au président. Il est doublement étranger à sa fonction.»
Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont écouté Hans Blix faire son rapport, hier, sur les travaux des inspecteurs en Irak. Hans Blix (à droite) a rencontré, hier à New York, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan.
 
 
 
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