Québec - La ministre Saint-Pierre souhaite la consécration du paysage avant la fin de l'année
« La notion de paysage intéresse notre gouvernement et donc plusieurs de nos ministères »
Photo : Pascal Ratthé
Christine St-Pierre
«On ne fait pas un paysage avec de la géométrie», disait Hugo. «Votre âme est un paysage choisi», lançait Verlaine. Et pourquoi ne pas citer Amiel: «Un paysage quelconque est un état de l'âme», ou encore Dansereau qui parlait de «mémoire du paysage». Complexe, la notion de paysage? Galvaudée? Comment la définir pour mieux la consacrer dans une loi? Demandez à la ministre Christine Saint-Pierre et elle vous répondra que cette question chemine au sein du gouvernement, des collectivités intéressées et des experts versés en la matière.
La réflexion que mène actuellement le gouvernement québécois pourrait aboutir avant la fin de l'année à l'adoption d'un projet de loi qui gravera en son sein le paysage à titre de patrimoine. «La notion de paysage intéresse notre gouvernement et donc plusieurs de nos ministères. Elle intéresse aussi la population québécoise. On a à se demander [comme collectivité]: qu'est-ce qu'on doit faire avec les paysages, avec ce patrimoine-là?», avance Christine Sainte-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.
Après un développement sans balise
«Dans les années 1960 et 1970, dit-elle, il y a eu un développement sauvage des paysages, du fait de la modernisation de l'État québécois. Cette modernisation a causé des effets secondaires». Ça, on le sait déjà, mais il est toujours bon de le rappeler aux concepteurs et autres fonctionnaires ambitieux de l'époque. N'est-il pas beau, l'aéroport de Mirabel, et si bien situé? Pour ne nommer que ce dossier qui a fait couler beaucoup d'encre et de béton dans le... paysage agricole.
Il faut donc apprendre des erreurs du passé pour mieux envisager l'avenir sur le plan du paysage à titre de patrimoine collectif, note Christine Saint-Pierre, qui sera de passage au Forum québécois sur la demande sociale du paysage pour y dévoiler le très attendu Guide de gestion des paysages au Québec: lire, comprendre et valoriser le paysage, un ouvrage conduit par la Chaire en paysage et environnement de l'Université de Montréal. «Ce colloque sera l'occasion de lancer ce guide, auquel mon ministère a participé dans sa préparation. C'est un outil essentiel qui nous aidera à mieux définir la notion de paysage, ce qui est un gros défi», dit-elle.
Bref, un guide et un colloque qui s'inscrivent dans la foulée de l'actualisation ou de la refondation de la Loi sur les biens culturels adoptée en 1972, qui deviendra dans un proche avenir la Loi sur le patrimoine culturel. Il faut aussi savoir que cette loi en devenir fait l'objet d'une vaste consultation à travers le Québec depuis plusieurs mois. Cette consultation se terminera d'ici peu.
Quelque 200 mémoires ont été déposés au cours de cette tournée, «et des mémoires étoffés, fouillés, documentés; pas des mémoires de deux pages, rappelle Mme Saint-Pierre. Partout où nous sommes allés, il a été question de l'importance du paysage. On aurait cru au départ que ç'aurait été redondant, mais pas du tout! À chaque étape, il y avait des gens qui nous alimentaient avec des idées intéressantes. En cela, il a été question de paysage sous différents angles, soit sous l'angle du tourisme, sous l'angle de l'économie et ainsi de suite.»
Une loi à la fin de 2008 ?
Reste que ces réflexions doivent mener à un projet de loi qui devrait être déposé l'automne prochain dans le but d'être sanctionné avant la fin de l'année, selon le souhait de la ministre. Le cas échéant, la consécration du paysage comme patrimoine au sein d'une loi à vocation cultuelle sera une première au Canada.
Soit, mais il s'agit avant tout de définir son application selon la perception et l'appréciation qu'en fait tout un chacun. À titre de difficulté, Mme Saint-Pierre se pose la question suivante: «Est-ce que, par exemple, la notion de paysage passe par les gens qui le regardent et qui ont un droit sur ce paysage-là qu'ils voient, ou est-ce que ça passe par les personnes qui sont dans le paysage qu'ils peuvent eux-mêmes définir?» Si la question se pose, Le Petit Robert avance que le paysage est «une partie d'un pays que la nature présente à un observateur». En appui, le Dictionnaire historique de la langue française note que ce mot désignait couramment, par métonymie, en 1573, «l'étendue de pays que l'oeil peut embrasser dans son ensemble». Qu'importe.
Du terroir aux officines
L'autre défi qui se pose est de savoir de quelle manière un paysage choisi sera étiqueté ou «classé» patrimonial en vertu de la nouvelle loi. «Notre réflexion sur ce sujet n'est pas terminée, mais je peux vous dire qu'on se dirige vers une approche bottom-up, donc du bas vers le haut.»
Autrement dit, précise la ministre, ça partirait d'une recommandation citoyenne sur un paysage précis, dont le processus de reconnaissance suivra son cours vers les instances ministérielles, ce qui comprend non seulement le ministère de la Culture, mais aussi les ministères, selon le cas, du Transport, de l'Agriculture, de l'Environnement et des Ressources naturelles.
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Collaborateur du Devoir
La réflexion que mène actuellement le gouvernement québécois pourrait aboutir avant la fin de l'année à l'adoption d'un projet de loi qui gravera en son sein le paysage à titre de patrimoine. «La notion de paysage intéresse notre gouvernement et donc plusieurs de nos ministères. Elle intéresse aussi la population québécoise. On a à se demander [comme collectivité]: qu'est-ce qu'on doit faire avec les paysages, avec ce patrimoine-là?», avance Christine Sainte-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.
Après un développement sans balise
«Dans les années 1960 et 1970, dit-elle, il y a eu un développement sauvage des paysages, du fait de la modernisation de l'État québécois. Cette modernisation a causé des effets secondaires». Ça, on le sait déjà, mais il est toujours bon de le rappeler aux concepteurs et autres fonctionnaires ambitieux de l'époque. N'est-il pas beau, l'aéroport de Mirabel, et si bien situé? Pour ne nommer que ce dossier qui a fait couler beaucoup d'encre et de béton dans le... paysage agricole.
Il faut donc apprendre des erreurs du passé pour mieux envisager l'avenir sur le plan du paysage à titre de patrimoine collectif, note Christine Saint-Pierre, qui sera de passage au Forum québécois sur la demande sociale du paysage pour y dévoiler le très attendu Guide de gestion des paysages au Québec: lire, comprendre et valoriser le paysage, un ouvrage conduit par la Chaire en paysage et environnement de l'Université de Montréal. «Ce colloque sera l'occasion de lancer ce guide, auquel mon ministère a participé dans sa préparation. C'est un outil essentiel qui nous aidera à mieux définir la notion de paysage, ce qui est un gros défi», dit-elle.
Bref, un guide et un colloque qui s'inscrivent dans la foulée de l'actualisation ou de la refondation de la Loi sur les biens culturels adoptée en 1972, qui deviendra dans un proche avenir la Loi sur le patrimoine culturel. Il faut aussi savoir que cette loi en devenir fait l'objet d'une vaste consultation à travers le Québec depuis plusieurs mois. Cette consultation se terminera d'ici peu.
Quelque 200 mémoires ont été déposés au cours de cette tournée, «et des mémoires étoffés, fouillés, documentés; pas des mémoires de deux pages, rappelle Mme Saint-Pierre. Partout où nous sommes allés, il a été question de l'importance du paysage. On aurait cru au départ que ç'aurait été redondant, mais pas du tout! À chaque étape, il y avait des gens qui nous alimentaient avec des idées intéressantes. En cela, il a été question de paysage sous différents angles, soit sous l'angle du tourisme, sous l'angle de l'économie et ainsi de suite.»
Une loi à la fin de 2008 ?
Reste que ces réflexions doivent mener à un projet de loi qui devrait être déposé l'automne prochain dans le but d'être sanctionné avant la fin de l'année, selon le souhait de la ministre. Le cas échéant, la consécration du paysage comme patrimoine au sein d'une loi à vocation cultuelle sera une première au Canada.
Soit, mais il s'agit avant tout de définir son application selon la perception et l'appréciation qu'en fait tout un chacun. À titre de difficulté, Mme Saint-Pierre se pose la question suivante: «Est-ce que, par exemple, la notion de paysage passe par les gens qui le regardent et qui ont un droit sur ce paysage-là qu'ils voient, ou est-ce que ça passe par les personnes qui sont dans le paysage qu'ils peuvent eux-mêmes définir?» Si la question se pose, Le Petit Robert avance que le paysage est «une partie d'un pays que la nature présente à un observateur». En appui, le Dictionnaire historique de la langue française note que ce mot désignait couramment, par métonymie, en 1573, «l'étendue de pays que l'oeil peut embrasser dans son ensemble». Qu'importe.
Du terroir aux officines
L'autre défi qui se pose est de savoir de quelle manière un paysage choisi sera étiqueté ou «classé» patrimonial en vertu de la nouvelle loi. «Notre réflexion sur ce sujet n'est pas terminée, mais je peux vous dire qu'on se dirige vers une approche bottom-up, donc du bas vers le haut.»
Autrement dit, précise la ministre, ça partirait d'une recommandation citoyenne sur un paysage précis, dont le processus de reconnaissance suivra son cours vers les instances ministérielles, ce qui comprend non seulement le ministère de la Culture, mais aussi les ministères, selon le cas, du Transport, de l'Agriculture, de l'Environnement et des Ressources naturelles.
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