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Paysage industriel - Un silo comme riche héritage controversé

Le silo no 5, à l’embouchure du canal de Lachine. Photo: Philippe Poullaouec-Gonidec
Le silo no 5, à l’embouchure du canal de Lachine. Photo: Philippe Poullaouec-Gonidec
On parle maintenant souvent de paysage urbain, un enjeu qui semble intéresser de plus en plus d'acteurs dans la société civile québécoise comme dans les sphères politiques. Mais qu'en est-il du paysage industriel montréalais? Se limite-t-il au silo no 5? Est-il toujours aussi controversé?

«Le paysage industriel le plus significatif de Montréal est définitivement le secteur de la Pointe-du-Moulin, où l'on retrouve le silo no 5, à l'embouchure du canal de Lachine. En fait, tout le havre abrite une grande partie du paysage industriel et iconographique de Montréal», indique d'emblée Mario Brodeur, architecte et consultant en patrimoine.

C'est à cet endroit que l'on retrouve aussi l'enseigne Farine Five Roses et, tout près, l'ancien faubourg des Récollets, devenu aujourd'hui la Cité multimédia.

Ce n'est toutefois pas un hasard si c'est dans ce secteur que l'on retrouve tout cet héritage industriel.

«Le quartier longe les voies de transport les plus importantes de l'époque: le fleuve Saint-Laurent et le chemin de fer. En fait, les paysages industriels sont toujours construits près d'au moins une voie de transport importante. C'est en fait sa colonne vertébrale», explique-t-il.

Sujet de discorde

Silo no 5, enseigne Five Roses: tout un patrimoine historique de l'ère industrielle, qui est toutefois loin de faire l'unanimité dans la population. «Environ la moitié des Montréalais détestent ces éléments du décor! Le paysage industriel est en fait toujours assez controversé. Je crois que ça s'explique en partie parce que les Québécois détestent le béton. Ils détestent la rouille aussi, qui commence à être apparente sur le silo no 5», indique M. Brodeur.

Le désormais célèbre silo est désaffecté depuis 1995 et, s'il est toujours question de projets de transformation, rien ne bouge pour le moment. «Tôt ou tard, il faudra qu'il se passe quelque chose. Ou on fait un projet avec le silo, ou on le démolit. Pour ma part, je crois que c'est une structure extraordinaire qui a beaucoup de potentiel et qui pourrait même devenir très facilement une icône de Montréal, à condition que les gens se l'approprient», croit-il.

Car, pour le moment, les citoyens n'ont pas accès au site de ce mal-aimé du paysage montréalais. «On doit trouver une nouvelle fonction à ce silo et son pourtour doit être aménagé et accessible. Les gens doivent pouvoir aller près de cette structure pour sentir son gigantisme», affirme le spécialiste du patrimoine.

Pourtant, la Ville de Montréal renferme son lot de projets de développement menés à terme et ayant récupéré des parties du paysage industriel. De bons exemples, d'après Mario Brodeur: le secteur des Shops Angus et la Cité multimédia. La transformation d'anciennes usines en magnifiques lofts est aussi une bonne façon de se réapproprier des constructions industrielles. «Ces lofts, avec leur grande fenestration et leurs hauts plafonds en béton, sont très recherchés. Il y a là une qualité d'espace que l'on se doit de considérer. Or on est souvent prompt à sacrifier le paysage industriel», remarque l'architecte.

Toutefois, il semble que les temps changent. «On a de plus en plus tendance à regarder le paysage industriel de Montréal et à vouloir se l'approprier. Et l'appropriation d'un héritage par des citoyens est une condition sine qua non de sa protection.»

***

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  • Marie-Anne Cantin
    Inscrite
    dimanche 8 juin 2008 12h52
    Préservons l'enseigne et approprions-nous le silo!
    Du haut de mes 29 ans, je constate qu'on a tendance à commettre de grandes erreurs dans notre course vers la modernité. Un paysage urbain diversifié, voire hétéroclite, est porteur de richesse. Avant de raser les témoins de l'histoire que sont le silo no 5 et la coquette enseigne Farine Five Roses, pourquoi ne pas s'inspirer d'espaces urbains où des installations de l'ère industrielle ont été revitalisées au profit des citoyennes et citoyens?

    Londres offre un exemple de ville branchée, mariant modernité et conservatisme, dont on peut s'inspirer. Plus au sud, en Argentine, la ville de Rosario, sur les berges du fleuve Parana, offre un exemple particulièrement dynamique de revitalisation où, les soirs de canicule, après le boulot, promeneurs et promeneuses de tous âges et styles convergent vers l'esplanade aménagée sur les berges. En roller, en poussette, en chaise roulante, en jogging ou en laisse, on investit les lieux, où en plus de nombreux bancs, se trouvent quelques restos et terrasses, une vieille gare retapée et convertie en centre d'interprétation, un hangar entr'ouvert envahi d'ados s'acharnant sur une rampe avec leurs BMX. Plus loin, un musée d'art contemporain résolument branché, regorgeant d'artistes prometteurs et aménagé dans... un ancien silo à grains!

    Je serais fière que ma ville convertisse encore plus d'espaces patrimoniaux en lieux publics, conviviaux et fonctionnels. Déjà, le parc Angus, où j'ai la chance de me rendre au travail à vélo tous les jours, est un bel exemple de revitalisation. Déjà, on profite d'une une splendide piste cyclable reliant le Vieux-Port au Canal Lachine. Et si on poussait plus loin, vers les berges? Si, comme le suggère M. Brodeur, on pouvait apprécier de près l'immensité du silo no 5? Plutôt que de tout raser au profit de condos, approprions-nous ces espaces!

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