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Réseau routier - Les autoroutes aussi ont une emprise sur la nature

L’autoroute 30 à Saint-Bruno-de-Montarville. Photo CPEUM
L’autoroute 30 à Saint-Bruno-de-Montarville. Photo CPEUM
On conviendra que nos autoroutes ne font pas partie, loin s'en faut, de ces lieux où on retrouve des paysages dignes de figurer dans les guides de voyage qui vantent le Québec de par le monde... Et même si nos 2000 kilomètres ne deviendront jamais des destinations en soi, force est de constater que de plus en plus d'efforts sont déployés pour en améliorer l'aspect visuel, tout en atténuant leur impact sur l'environnement.

Daniel Trottier est architecte-paysagiste et chef du module environnement et aménagement du territoire au ministère des Transports du Québec (MTQ). Il affirme que le Québec a connu une petite révolution récemment en ce qui a trait à la gestion des abords des autoroutes, sur les plans tant écologique qu'architectural. «Nous ne considérons plus nos autoroutes d'un point de vue strictement fonctionnel, mais bien comme faisant partie d'un environnement naturel et visuel qu'il faut privilégier.»

C'est que le «paradigme» autoroutier change. Longtemps, le Québec a appliqué à ses abords d'autoroute la médecine banlieusarde: une belle pelouse courte durant tout l'été. «Certains étés, il fallait tondre la 20 six fois!, affirme Daniel Trottier. En plus de coûter très cher, cette méthode émettait une quantité considérable de gaz à effet de serre.» Et, comme si ce n'est pas assez, cette véritable fixation sur la pelouse courte à tout prix a longtemps été la porte d'entrée préférée de l'herbe à poux, une plante hautement allergène, qui adore ces terrains fraîchement coupés.

«Notre approche aujourd'hui, c'est celle de la gestion écologique de la végétation, une gestion qui tient compte des différents milieux qui sont traversés par nos autoroutes. Depuis 2000, on ne tond plus les abords des autoroutes, nous privilégions maintenant la plantation de végétation adaptée à ce milieu. En plantant des graminées qui font concurrence à l'herbe à poux, par exemple, on la contrôle beaucoup mieux.»

Cette nouvelle approche est aussi à l'origine de «l'apparition» d'un roseau remarqué par les automobilistes qui empruntent l'autoroute 20 ou l'autoroute 40. Ce roseau, appelé phragmite, est une plante envahissante avec laquelle on a appris à vivre au ministère. Daniel Trottier précise que, même s'il faut en contrôler la croissance, ce roseau présente bien des avantages. «C'est un brise-vent naturel, il prévient la formation de poudrerie et de glace noire durant l'hiver, en plus de constituer un écran contre l'éblouissement des phares des véhicules qui circulent sur l'autre voie.» La tonte du gazon est maintenant limitée, sur les autoroutes, aux deux premiers mètres qui bordent la chaussée, une économie qui rime avec écologie.

Architecture

Une autre préoccupation nouvelle du MTQ, c'est l'architecture. La région de Québec a d'ailleurs servi de modèle servant à éprouver de nouvelles façons de faire. On peut d'ailleurs constater comment cela se traduit à la jonction des autoroutes Duplessis et Félix-Leclerc, non loin de l'aéroport, où l'on vient de construire un tout nouvel échangeur.

Daniel Trottier affirme que «ce nouvel échangeur a été pensé comme un cadre. Pour les automobilistes qui s'en vont vers l'aéroport, c'est un ouvrage qui est une porte d'entrée vers le voyage. C'est aussi un élément qu'on a voulu illuminer pour les mêmes raisons.» Dans cet échangeur, même l'intérieur des bretelles d'accès a fait l'objet d'une attention particulière. Comme quoi même un no man's land peut devenir intéressant... «On a voulu créer une sorte d'oeuvre environnementale, du land art en quelque sorte, avec un terrassement fait de petites buttes et une tonte partielle qui sera réalisée en utilisant des formes.» Un peu comme dans un champ de soccer... sauf qu'il s'agit d'une bretelle d'autoroute.

Rendre les autoroutes plus belles? Avec un peu d'imagination, des fleurs et des roseaux, c'est un pari que fait le MTQ.

***

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