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Souveraineté alimentaire: Équiterre mobilise le Québec

Brigitte Lepage et Sidney Ribaux - Présidente et coordonnateur général d'Équiterre  19 novembre 2007  Actualités sur l'environnement
Certaines personnes ont critiqué la position d'Équiterre à l'égard de l'Union des producteurs agricoles (UPA). Comme agriculteurs, militants et consommateurs membres d'un réseau animé par Équiterre, nous sommes convaincus que ces critiques ne sont pas fondées et nous souhaitons remettre les pendules à l'heure.

Il faut d'abord rappeler le contexte. L'agriculture est en crise. Le nombre de fermes au Québec est en recul: de 100 000 en 1960, elles n'étaient plus que 31 000 en 2006. C'est un métier difficile, mal rémunéré et peu valorisé dans notre société moderne, même si l'agriculture est source de vie. De plus, le modèle économique du libre marché appliqué au secteur de l'agriculture a mené à des pratiques agricoles non durables, à une concentration sans précédent dans l'ensemble de la filière, entraînant des conséquences connues sur l'environnement, sur nos rapports sociaux et aussi, au bout du compte, sur la qualité des aliments eux-mêmes.

Le même constat s'applique à l'échelle internationale. Qu'il s'agisse des producteurs de coton au Mali, de cacao au Ghana, de café au Mexique et de fruits et légumes chez nous, tous sont aux prises avec un modèle économique axé sur la «liberté d'entreprendre», la concurrence et le profit, et trop peu sur ce qui constitue pourtant la fierté et la légitimité d'un agriculteur: nourrir son monde, sa communauté.

Ce constat, Équiterre l'a fait dès sa création en 1993 et travaille depuis sans relâche à proposer une vision et des solutions concrètes. Ce groupe citoyen a multiplié les projets et les interventions publiques pour plaider en faveur d'une agriculture locale, solidaire et écologique au Québec, pour un commerce équitable avec les agriculteurs du Sud et pour une vision de souveraineté alimentaire, ici pour le Québec et ailleurs pour tous les peuples de la terre.

Le réseau d'Agriculture soutenu par la communauté a été fondé par Équiterre en 1995. Il mobilise aujourd'hui plus de 100 fermes certifiées biologiques qui alimentent 26 000 personnes dans presque toutes les régions du Québec. Équiterre soutient les fermiers qui souhaitent lancer un projet et en fait la promotion auprès des citoyens.

Projet éducatif et d'échanges

Bien plus qu'une simple tactique de mise en marché, il s'agit d'un projet éducatif et d'échanges, d'interdépendance, entre fermiers et citoyens consommateurs. En 2003, en réaction au fait que les enfants sont davantage menacés par les résidus de pesticides, Équiterre a élargi la formule aux centres de la petite enfance (CPE). Quatre ans plus tard, ce sont maintenant une quarantaine de CPE qui s'approvisionnent directement auprès d'un fermier certifié biologique et qui mettent en oeuvre un programme éducatif développé par Équiterre sur l'agriculture et l'alimentation. Récemment, Équiterre a lancé «À la soupe», qui tisse des liens entre des fermes québécoises et les services alimentaires d'écoles et d'hôpitaux.

Ces projets ont nécessité la mobilisation de centaines de partenaires de tous les milieux. Équiterre a su mobiliser ses partenaires par la pertinence de ses arguments et la qualité de son travail. C'est aussi ce qu'Équiterre a fait en organisant le Rendez-vous québécois pour la souveraineté alimentaire au mois de septembre dernier. La déclaration de ce sommet propose une révolution en agriculture. En voici un extrait:

«En guise d'alternative à la libéralisation tous azimuts du commerce agricole, nous proposons la souveraineté alimentaire [...]. Par souveraineté alimentaire, on entend le droit des peuples à définir leur propre politique alimentaire et agricole; à protéger et à réglementer la production et les échanges agricoles nationaux de manière à atteindre des objectifs de développement durable; à déterminer leur degré d'autonomie alimentaire...»

Grâce au travail d'Équiterre et de ses partenaires, des représentants de presque tous les secteurs — sauf les grandes entreprises privées — ont signé cette déclaration: consommateurs, syndicats, environnementalistes, coopératives, groupes communautaires, organismes de coopération internationale, professionnels du milieu, chefs cuisiniers et, évidemment, agriculteurs. Ce consensus aurait été impensable il y a à peine trois ans. C'est en effet un tour de force d'avoir réuni autour d'une même table des acteurs comme l'UPA, Greenpeace et l'Union des consommateurs qui ne partagent pas toujours les mêmes points de vue.

La position d'Équiterre sur l'achat local, l'agriculture biologique et la solidarité entre citoyens et fermiers est la même que lors de sa création en 1993. Au cours des dernières années, Équiterre a réussi à réchauffer les relations parfois tendues entre les organisations civiles de mangeurs et d'agriculteurs, comme l'UPA ou la Coopérative fédérée. Ce faisant, Équiterre a réussi à créer un espace de dialogue que d'autres ont obstinément tenté de rompre.

Nous avons la conviction que nos actions contribuent à la solidarité et à l'écologie de nos systèmes alimentaires. Nous nous engageons à poursuivre ensemble en ce sens. Nous réaffirmons qu'Équiterre continuera, à travers ses partenariats, à maintenir ses positions et son indépendance.

Ont signé ce texte les fermiers de famille suivants: Monique Laroche, Noémie Labrosse, Lucie Rioux, Robert St-Arnaud et Anne-Marie Tanguay.
 
 
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