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Les normes de la ministre de l'Environnement

Benoît Girouard - Éleveur de lapins. Président de l'Union biologique paysanne et porte-parole de l'Union paysanne  4 septembre 2007  Actualités sur l'environnement
Plus je lis madame la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, notamment lorsqu'elle répond dans Le Devoir à Éric Darier, de Greenpeace, et plus je m'interroge. En effet, comment, avec tant de normes et de contrôles de la part de son ministère, finit-on tout de même par avoir des algues bleues dans nos lacs?

Madame Beauchamp affirme que l'approche «ferme par ferme» remplit son mandat et est suivie à la lettre. Non seulement faut-il en douter, mais il est permis d'aller plus loin. Et si le problème résidait dans les normes?

Madame Beauchamp, votre norme, votre outil de calcul, le plan agro-environnemental de fertilisation ou PAEF (l'approche «ferme par ferme») ne peut constituer un outil de contrôle fiable. Ce plan de fertilisation, établi pour une ferme donnée, ne tient pas compte, au moment où il est établi, de la charge et des coordonnées du milieu avoisinant (bassin versant, nappe phréatique, zones de vulnérabilité, etc.).

Il laisse aussi une grande place à l'arbitraire. À titre d'exemple, à l'occasion des audiences du BAPE sur la production porcine, des citoyens de Saint-Germain, Baie-Saint-Paul et Saint-Léon-de-Matapédia ont eu la possibilité d'analyser des PAEF soumis par des promoteurs en quête de certificats d'autorisation — ces rapports sont normalement confidentiels. Des erreurs graves dans le calcul des espaces d'épandage requis ont été trouvés. Dans tous les cas, les fonctionnaires de l'Environnement ont simplement demandé à des agronomes de faire les corrections sur papier...

Mais il y a pire. Seule base de calcul, cette pièce maîtresse qu'est aujourd'hui le PAEF pour nos sols est remplie par un agronome embauché par l'agriculteur lui-même. Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs agronomes m'ont confirmé s'organiser pour que les chiffres soient «équilibrés». En somme, celui qui paie l'orchestre fait jouer le morceau qu'il veut entendre...

Et c'est sans compter les bandes riveraines. Alors qu'elles doivent servir de filtre aux charges fertilisantes calculées dans les PAEF, elles ont tout simplement fondu. Il y a 20 ans, il était interdit d'épandre des déjections animales à moins de cinq mètres des cours d'eau et à moins de 30 mètres lorsque ceux-ci étaient protégés. Aujourd'hui, cette distance a été réduite à un mètre dans le cas des fossés agricoles et à trois mètres pour les cours d'eau protégés. Madame Beauchamp, vous dites que vos inspecteurs passent dans toutes les régions. Ils ne doivent pas posséder le même ruban à mesurer que les citoyens. Dans mon coin de pays, il est facile de constater le nombre d'agriculteurs qui cultivent à moins d'un mètre des fossés, si ce n'est pas carrément dedans.

Madame la ministre, loin de moi l'idée de vous stigmatiser et encore moins le monde agricole. Je suis moi-même agriculteur. Mais le silence de votre confrère à l'Agriculture me pèse. C'est pourquoi je ne comprends pas pourquoi vous répondez à Greenpeace à la place de celui-ci et à la place du premier ministre.

Greenpeace ne stigmatise pas non plus les agriculteurs. Ce groupe écologiste a observé qu'il semble y avoir un régime d'exceptions pour une petite partie de la classe agricole. Ce même phénomène a d'ailleurs été souligné par le Barreau du Québec devant la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire du Québec.

Ce régime existe grâce au lobby actif de l'UPA auprès du ministère de l'Agriculture du Québec. À vous entendre, on comprend que ce n'est pas demain la veille que tous les agriculteurs cesseront de payer pour le manque de vision citoyenne de l'UPA.
 
 
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