Gaz à effet de serre per capita - Le ROC devance les États-Unis
Anderson met les provinces en demeure de respecter leurs engagements de 1997
Le ROC, une expression consacrée pour désigner le Rest of Canada, dépasse désormais les États-Unis en tête du classement mondial des rejets de gaz à effet de serre (GES) par habitant, selon un document fédéral obtenu par Le Devoir.
Ce championnat douteux explique l'attitude de certaines provinces aux prises avec de fortes hausses de GES, notamment l'Alberta, qui vont se présenter aujourd'hui à la Conférence des ministres de l'Environnement et des Ressources naturelles, à Charlottetown avec comme plan de faire reporter de dix ans l'atteinte des engagements du Canada à Kyoto, soit de réduire pour 2020 plutôt que pour 2010 les émissions nationales de GES de 6 % sous le niveau historique de 1990.
Mais pour le ministre canadien de l'Environnement, David Anderson, ces propositions sont désormais irrecevables car, déclarait-il hier dans une entrevue au Devoir, les provinces doivent désormais respecter le mandat qu'elles ont donné au premier ministre Jean Chrétien en 1997 lorsqu'elles ont accepté comme objectif national de ramener d'ici à 2010 les GES du Canada au niveau de 1990.
Or, a affirmé hier le ministre Anderson, c'est ce que le Canada a obtenu en réalité en concessions supplémentaires de la communauté internationale en obtenant à Bonn et à Marrakech de pouvoir réduire son effort national avec les «puits» de GES, ce qui ramène désormais, a-t-il dit «l'objectif du Canada un peu au-dessus de zéro» ou du niveau dit de «stabilisation» par rapport à 1990, plutôt qu'à moins 6 %. Par «puits» de GES, on entend toutes les techniques comme la plantation d'arbres ou la fixation souterraine d'émissions de GES qui soustraient de l'atmosphère du gaz carbonique au lieu de réduire les émissions à la source.
On comprend pourquoi bon nombre de provinces anglophones sont devenues réticentes à réduire leurs émissions inflationnistes de GES à la lecture des chiffres compilés par Environnement Canada et Statistique Canada, dont Le Devoir a obtenu copie.
Selon ce tableau, les émissions de GES du ROC atteignent désormais 27,1 tonnes équivalentes de CO2, soit deux tonnes par habitant de plus que les 25 tonnes rejetées en moyenne par chaque Américain annuellement, ce qui leur a valu jusqu'ici le record mondial d'émissions.
Si on réintroduit le Québec dans la moyenne canadienne avec ses faibles rejets per capita de 12,3 tonnes équivalentes (t éq.), le Canada perd immédiatement son douteux championnat mondial.
Mais si le Canada détient toujours le deuxième rang mondial de ce palmarès de la pollution planétaire, sa moyenne s'est détériorée en passant de 22,1 t éq. en 1990 à 23,6 t éq. en l'an 2000 (de 607 mégatonnes (Mt) à 726 Mt). Cette hausse s'explique principalement par la croissance des émissions des provinces productrices de pétrole comme l'Alberta (+ 30,4 %) et de la Saskatchewan (+ 31,7 %), de provinces en croissance comme la Colombie-Britannique (+ 25 %), et aussi de l'Ontario où la faible augmentation de 14 % cache une augmentation en chiffres absolus de plus de 25 Mt, soit plus que les rejets respectifs de sept provinces et territoires.
Il y a quelques semaines, Ottawa faisait rapport aux Nations unies d'une augmentation globale de ses GES de 19,6 % entre 1990 et 2000.
Pour David Anderson, voilà exactement l'augmentation qu'il faut annuler par un choix judicieux dans les trois scénarios de réduction des GES, qu'Ottawa a dévoilés la semaine dernière avec une analyse de leurs impacts économiques.
Le ministre Anderson refuse de diluer l'objectif de Kyoto. Il a d'ailleurs renvoyé hier les provinces récalcitrantes à leur engagement de 1997 alors que les premiers ministres provinciaux entérinaient l'objectif de stabilisation des GES au niveau de 1990 en donnant mandat au premier ministre Jean Chrétien d'accepter cet objectif de réduction dans les négociations qui s'amorçaient à Kyoto. On sait que le premier ministre Chrétien a finalement accepté un objectif plus ambitieux que la simple stabilisation, soit une réduction de - 6 % par rapport aux émissions de 1990.
«Mais les négociations de Bonn et de Marrakech l'an dernier, expliquait hier David Anderson, qui ont été centrées sur la question des puits de GES, ont ramené l'objectif du Canada à l'intérieur de ce que les premiers ministres avaient accepté en 1997. En d'autres mots, depuis qu'on a obtenu de pouvoir tenir compte de nos puits de GES, nous n'avons plus un objectif de - 6 %. Nous avons plutôt un objectif un peu au-dessus de zéro. Ils avaient dit qu'on pouvait aller jusqu'à la stabilisation. Alors nous avons négocié de façon à ramener notre objectif où les premiers ministres le voulaient.»
David Anderson se rappelle qu'il a «fallu négocier dur» pour en arriver là: «Nous avons dû essuyer des coups au niveau international pour y arriver; nous avons dû faire face à de nombreuses critiques de partout, mais nous avons ramené l'objectif au niveau où les provinces le voulaient.»
Alors, plus question de tergiverser, dit-il, sur des plans comme celui de l'Alberta qui proposera à Charlottetown de reporter l'objectif officiel du Canada de 2010 à 2020, d'après les informations qui en ont filtré. Ou de laisser les provinces qui ont touché le gros lot avec l'argent du pétrole essayer aujourd'hui de retarder la lutte contre les changements climatiques et de reporter une partie de leur fardeau sur les autres: de l'Alberta, qui a augmenté ses émissions de GES de plus de 30 % en une décennie, David Anderson dit: «Nous pensons que son objectif doit être celui de Kyoto.»
Il est impensable, ajoute David Anderson, de surseoir au programme de Kyoto, car cela reporterait d'autant les phases II ou III du plan mondial de lutte contre les changements climatiques. Selon les scientifiques, la communauté internationale doit ultimement réduire de 50 % son utilisation de combustibles fossiles si on veut arriver à stabiliser le climat d'ici à 100 ans.
Sinon, déclarait David Anderson dans le Globe and Mail de samedi, Ottawa pourrait bien décider de ratifier le protocole de Kyoto en passant outre aux atermoiements des provinces récalcitrantes, ce qu'il ne souhaite pas, mais ce qu'il pourrait néanmoins faire.
Ce championnat douteux explique l'attitude de certaines provinces aux prises avec de fortes hausses de GES, notamment l'Alberta, qui vont se présenter aujourd'hui à la Conférence des ministres de l'Environnement et des Ressources naturelles, à Charlottetown avec comme plan de faire reporter de dix ans l'atteinte des engagements du Canada à Kyoto, soit de réduire pour 2020 plutôt que pour 2010 les émissions nationales de GES de 6 % sous le niveau historique de 1990.
Mais pour le ministre canadien de l'Environnement, David Anderson, ces propositions sont désormais irrecevables car, déclarait-il hier dans une entrevue au Devoir, les provinces doivent désormais respecter le mandat qu'elles ont donné au premier ministre Jean Chrétien en 1997 lorsqu'elles ont accepté comme objectif national de ramener d'ici à 2010 les GES du Canada au niveau de 1990.
Or, a affirmé hier le ministre Anderson, c'est ce que le Canada a obtenu en réalité en concessions supplémentaires de la communauté internationale en obtenant à Bonn et à Marrakech de pouvoir réduire son effort national avec les «puits» de GES, ce qui ramène désormais, a-t-il dit «l'objectif du Canada un peu au-dessus de zéro» ou du niveau dit de «stabilisation» par rapport à 1990, plutôt qu'à moins 6 %. Par «puits» de GES, on entend toutes les techniques comme la plantation d'arbres ou la fixation souterraine d'émissions de GES qui soustraient de l'atmosphère du gaz carbonique au lieu de réduire les émissions à la source.
On comprend pourquoi bon nombre de provinces anglophones sont devenues réticentes à réduire leurs émissions inflationnistes de GES à la lecture des chiffres compilés par Environnement Canada et Statistique Canada, dont Le Devoir a obtenu copie.
Selon ce tableau, les émissions de GES du ROC atteignent désormais 27,1 tonnes équivalentes de CO2, soit deux tonnes par habitant de plus que les 25 tonnes rejetées en moyenne par chaque Américain annuellement, ce qui leur a valu jusqu'ici le record mondial d'émissions.
Si on réintroduit le Québec dans la moyenne canadienne avec ses faibles rejets per capita de 12,3 tonnes équivalentes (t éq.), le Canada perd immédiatement son douteux championnat mondial.
Mais si le Canada détient toujours le deuxième rang mondial de ce palmarès de la pollution planétaire, sa moyenne s'est détériorée en passant de 22,1 t éq. en 1990 à 23,6 t éq. en l'an 2000 (de 607 mégatonnes (Mt) à 726 Mt). Cette hausse s'explique principalement par la croissance des émissions des provinces productrices de pétrole comme l'Alberta (+ 30,4 %) et de la Saskatchewan (+ 31,7 %), de provinces en croissance comme la Colombie-Britannique (+ 25 %), et aussi de l'Ontario où la faible augmentation de 14 % cache une augmentation en chiffres absolus de plus de 25 Mt, soit plus que les rejets respectifs de sept provinces et territoires.
Il y a quelques semaines, Ottawa faisait rapport aux Nations unies d'une augmentation globale de ses GES de 19,6 % entre 1990 et 2000.
Pour David Anderson, voilà exactement l'augmentation qu'il faut annuler par un choix judicieux dans les trois scénarios de réduction des GES, qu'Ottawa a dévoilés la semaine dernière avec une analyse de leurs impacts économiques.
Le ministre Anderson refuse de diluer l'objectif de Kyoto. Il a d'ailleurs renvoyé hier les provinces récalcitrantes à leur engagement de 1997 alors que les premiers ministres provinciaux entérinaient l'objectif de stabilisation des GES au niveau de 1990 en donnant mandat au premier ministre Jean Chrétien d'accepter cet objectif de réduction dans les négociations qui s'amorçaient à Kyoto. On sait que le premier ministre Chrétien a finalement accepté un objectif plus ambitieux que la simple stabilisation, soit une réduction de - 6 % par rapport aux émissions de 1990.
«Mais les négociations de Bonn et de Marrakech l'an dernier, expliquait hier David Anderson, qui ont été centrées sur la question des puits de GES, ont ramené l'objectif du Canada à l'intérieur de ce que les premiers ministres avaient accepté en 1997. En d'autres mots, depuis qu'on a obtenu de pouvoir tenir compte de nos puits de GES, nous n'avons plus un objectif de - 6 %. Nous avons plutôt un objectif un peu au-dessus de zéro. Ils avaient dit qu'on pouvait aller jusqu'à la stabilisation. Alors nous avons négocié de façon à ramener notre objectif où les premiers ministres le voulaient.»
David Anderson se rappelle qu'il a «fallu négocier dur» pour en arriver là: «Nous avons dû essuyer des coups au niveau international pour y arriver; nous avons dû faire face à de nombreuses critiques de partout, mais nous avons ramené l'objectif au niveau où les provinces le voulaient.»
Alors, plus question de tergiverser, dit-il, sur des plans comme celui de l'Alberta qui proposera à Charlottetown de reporter l'objectif officiel du Canada de 2010 à 2020, d'après les informations qui en ont filtré. Ou de laisser les provinces qui ont touché le gros lot avec l'argent du pétrole essayer aujourd'hui de retarder la lutte contre les changements climatiques et de reporter une partie de leur fardeau sur les autres: de l'Alberta, qui a augmenté ses émissions de GES de plus de 30 % en une décennie, David Anderson dit: «Nous pensons que son objectif doit être celui de Kyoto.»
Il est impensable, ajoute David Anderson, de surseoir au programme de Kyoto, car cela reporterait d'autant les phases II ou III du plan mondial de lutte contre les changements climatiques. Selon les scientifiques, la communauté internationale doit ultimement réduire de 50 % son utilisation de combustibles fossiles si on veut arriver à stabiliser le climat d'ici à 100 ans.
Sinon, déclarait David Anderson dans le Globe and Mail de samedi, Ottawa pourrait bien décider de ratifier le protocole de Kyoto en passant outre aux atermoiements des provinces récalcitrantes, ce qu'il ne souhaite pas, mais ce qu'il pourrait néanmoins faire.
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