Une race domestique disparaît tous les mois
La FAO sonne l'alarme devant une menace mondiale à la diversité des animaux de ferme
Photo : Agence France-Presse
Des porcs entassés dans un enclos dans une ferme d’Allemagne. Les processus de standardisation et d’uniformisation des élevages ont fortement réduit l’éventail génétique des races animales domestiques.
Sous la pression de l'industrialisation et de l'uniformisation des produits alimentaires, une race de poulet, de boeuf, de cochon ou même de lapin est désormais rayée de la surface du globe tous les mois.
Cette tendance inquiète fortement l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui voit dans ces disparitions «la plus grande menace mondiale à la diversité des animaux de ferme» qui, du même coup, pourraient moins facilement faire face à des catastrophes naturelles, au réchauffement de la planète et à l'émergence de nouvelles maladies, indique un rapport de l'organisation internationale rendu public la semaine dernière.
Avec en main le tout premier portrait génétique des animaux d'élevage dans le monde, la FAO sonne en effet l'alarme: en voulant produire toujours plus et à moindre coût, l'agriculture intensive est en train de courir à sa perte. Comment? En se concentrant sur un nombre trop restreint de races animales, comme la Holstein dans le secteur laitier, le cochon Duroc dans le secteur porcin ou les poulets Rhode Island Red et Leghorn, avec à la clef «un risque d'extinction de plusieurs autres espèces» indigènes et patrimoniales mais aussi «une érosion de la diversité génétique», dont les enfants d'aujourd'hui risquent de faire les frais demain, peut-on lire dans le document de 500 pages.
Intitulé L'État des ressources zoogénétiques mondiales pour l'alimentation et l'agriculture, ce rapport a été dévoilé jeudi dernier par la Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture lors d'une rencontre qui s'est tenue à Rome, en Italie.
Chroniques d'une mort annoncée
Selon la FAO, la situation commence à être préoccupante. À ce jour, 11 % des races de mammifères et 2 % des oiseaux d'élevage domestiqués pour des raisons de subsistance se sont en effet définitivement éteints, faute de répondre aux nouveaux besoins de l'agriculture intensive, des marchés mais aussi faute de plaire aux nouveaux goûts des consommateurs. Et 1400 autres races d'animaux d'élevage dans le monde, sur les 7500 exploitées, pourraient connaître le même sort dans un avenir proche, poursuivent les auteurs de cette analyse.
«Au cours des sept dernières années, une race domestique a disparu tous les mois. Le temps presse pour un cinquième des races bovines, caprines, porcines, équines et volailles du monde» a commenté par voie de communiqué Alexander Müller, sous-directeur général de la FAO qui reconnaît que ce portrait de la biodiversité dans les élevages est encore partiel, puisque plusieurs pays membres de l'organisation n'ont pas encore terminé l'inventaire de leurs races domestiques.
«Si elles sont parfois moins productives, de nombreuses races menacées d'extinction comportent pourtant des traits uniques, comme la résistance aux maladies ou la tolérance aux conditions climatiques extrêmes, estime Irène Hoffmann, chef du Service de production animale de la FAO. Or les générations futures pourraient en avoir besoin pour affronter les enjeux du changement climatique, des nouvelles maladies animales et la demande croissante de produits de l'élevage.»
Actuellement, la planète compte 2,3 milliards de boeufs et de cochons d'élevage, mais aussi 17 milliards de poulets. L'éventail génétique de ces bêtes est toutefois fortement limité, surtout en Europe et en Amérique du nord où les processus de standardisation et d'uniformisation des élevages amorcés au début des années 70 ont considérablement rétréci la diversité des races animales domestiques, indique la FAO.
Le phénomène n'épargne toutefois pas les pays en voie de développement. En effet, au Vietnam, le pourcentage de truies indigènes était de 72 % en 1994. Il n'est désormais plus que de 25 %, peut-on lire dans le rapport, ces truies ayant été remplacées par des «modèles» dits hybrides qui répondent davantage à la logique productiviste qui prévaut actuellement dans le monde agricole.
Pis, dans ce coin de l'Asie, sur les 14 races locales de cochons, trois sont désormais menacées d'extinction, alors que sept autres sont dans un «état critique» ou jugées «vulnérables», selon l'organisation internationale.
«D'un point de vue écologique, il n'y a pas de quoi se réjouir, a déclaré hier le biologique Pierre Brunel, professeur à l'Université de Montréal joint par Le Devoir. La biodiversité, c'est une assurance tous risques. Quand on a trop d'uniformité dans la nature, les dégâts sont plus importants en cas de catastrophe. La biodiversité permet d'étaler les risques [d'épidémie par exemple] sur plusieurs espèces équilibrées dans des écosystèmes qui vont alors rebondir plus rapidement.»
Préconisée et encouragée par la communauté scientifique, la biodiversité dans le secteur agricole ne semble toutefois pas encore préoccuper la majorité des 169 pays membres de la FAO: 48 % d'entre eux n'ont en effet aucun programme de conservation in vivo des races patrimoniales qui ont participé à la construction de leur agriculture. Par ailleurs, les deux tiers de ces États n'ont pris à ce jour aucune mesure pour conserver in vitro le matériel génétique de ces races, et ce, afin de faire face à d'éventuelles catastrophes.
Ces vides réglementaires représentent un drame pour la FAO, puisque toutes «les ressources génétiques sont essentielles pour l'adaptation de l'agriculture aux nouvelles réalités climatiques», mais aussi «pour la sécurité alimentaire mondiale et la subsistance de millions de personnes», indique l'organisation internationale. Cette adaptation est d'autant plus importante que la terre, qui doit actuellement nourrir 6,2 milliards d'individus, devra subvenir aux besoins de 9 milliards d'êtres humains d'ici 40 ans, précise-t-elle.
Cette tendance inquiète fortement l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui voit dans ces disparitions «la plus grande menace mondiale à la diversité des animaux de ferme» qui, du même coup, pourraient moins facilement faire face à des catastrophes naturelles, au réchauffement de la planète et à l'émergence de nouvelles maladies, indique un rapport de l'organisation internationale rendu public la semaine dernière.
Avec en main le tout premier portrait génétique des animaux d'élevage dans le monde, la FAO sonne en effet l'alarme: en voulant produire toujours plus et à moindre coût, l'agriculture intensive est en train de courir à sa perte. Comment? En se concentrant sur un nombre trop restreint de races animales, comme la Holstein dans le secteur laitier, le cochon Duroc dans le secteur porcin ou les poulets Rhode Island Red et Leghorn, avec à la clef «un risque d'extinction de plusieurs autres espèces» indigènes et patrimoniales mais aussi «une érosion de la diversité génétique», dont les enfants d'aujourd'hui risquent de faire les frais demain, peut-on lire dans le document de 500 pages.
Intitulé L'État des ressources zoogénétiques mondiales pour l'alimentation et l'agriculture, ce rapport a été dévoilé jeudi dernier par la Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture lors d'une rencontre qui s'est tenue à Rome, en Italie.
Chroniques d'une mort annoncée
Selon la FAO, la situation commence à être préoccupante. À ce jour, 11 % des races de mammifères et 2 % des oiseaux d'élevage domestiqués pour des raisons de subsistance se sont en effet définitivement éteints, faute de répondre aux nouveaux besoins de l'agriculture intensive, des marchés mais aussi faute de plaire aux nouveaux goûts des consommateurs. Et 1400 autres races d'animaux d'élevage dans le monde, sur les 7500 exploitées, pourraient connaître le même sort dans un avenir proche, poursuivent les auteurs de cette analyse.
«Au cours des sept dernières années, une race domestique a disparu tous les mois. Le temps presse pour un cinquième des races bovines, caprines, porcines, équines et volailles du monde» a commenté par voie de communiqué Alexander Müller, sous-directeur général de la FAO qui reconnaît que ce portrait de la biodiversité dans les élevages est encore partiel, puisque plusieurs pays membres de l'organisation n'ont pas encore terminé l'inventaire de leurs races domestiques.
«Si elles sont parfois moins productives, de nombreuses races menacées d'extinction comportent pourtant des traits uniques, comme la résistance aux maladies ou la tolérance aux conditions climatiques extrêmes, estime Irène Hoffmann, chef du Service de production animale de la FAO. Or les générations futures pourraient en avoir besoin pour affronter les enjeux du changement climatique, des nouvelles maladies animales et la demande croissante de produits de l'élevage.»
Actuellement, la planète compte 2,3 milliards de boeufs et de cochons d'élevage, mais aussi 17 milliards de poulets. L'éventail génétique de ces bêtes est toutefois fortement limité, surtout en Europe et en Amérique du nord où les processus de standardisation et d'uniformisation des élevages amorcés au début des années 70 ont considérablement rétréci la diversité des races animales domestiques, indique la FAO.
Le phénomène n'épargne toutefois pas les pays en voie de développement. En effet, au Vietnam, le pourcentage de truies indigènes était de 72 % en 1994. Il n'est désormais plus que de 25 %, peut-on lire dans le rapport, ces truies ayant été remplacées par des «modèles» dits hybrides qui répondent davantage à la logique productiviste qui prévaut actuellement dans le monde agricole.
Pis, dans ce coin de l'Asie, sur les 14 races locales de cochons, trois sont désormais menacées d'extinction, alors que sept autres sont dans un «état critique» ou jugées «vulnérables», selon l'organisation internationale.
«D'un point de vue écologique, il n'y a pas de quoi se réjouir, a déclaré hier le biologique Pierre Brunel, professeur à l'Université de Montréal joint par Le Devoir. La biodiversité, c'est une assurance tous risques. Quand on a trop d'uniformité dans la nature, les dégâts sont plus importants en cas de catastrophe. La biodiversité permet d'étaler les risques [d'épidémie par exemple] sur plusieurs espèces équilibrées dans des écosystèmes qui vont alors rebondir plus rapidement.»
Préconisée et encouragée par la communauté scientifique, la biodiversité dans le secteur agricole ne semble toutefois pas encore préoccuper la majorité des 169 pays membres de la FAO: 48 % d'entre eux n'ont en effet aucun programme de conservation in vivo des races patrimoniales qui ont participé à la construction de leur agriculture. Par ailleurs, les deux tiers de ces États n'ont pris à ce jour aucune mesure pour conserver in vitro le matériel génétique de ces races, et ce, afin de faire face à d'éventuelles catastrophes.
Ces vides réglementaires représentent un drame pour la FAO, puisque toutes «les ressources génétiques sont essentielles pour l'adaptation de l'agriculture aux nouvelles réalités climatiques», mais aussi «pour la sécurité alimentaire mondiale et la subsistance de millions de personnes», indique l'organisation internationale. Cette adaptation est d'autant plus importante que la terre, qui doit actuellement nourrir 6,2 milliards d'individus, devra subvenir aux besoins de 9 milliards d'êtres humains d'ici 40 ans, précise-t-elle.
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