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Important projet immobilier dans les îles de Boucherville

Le directeur du parc national prévoit des «impacts très lourds»

Une partie du parc national des Îles-de-Boucherville aux portes duquel un projet immobilier d’envergure pourrait se réaliser.
Photo : Jacques Grenier
Une partie du parc national des Îles-de-Boucherville aux portes duquel un projet immobilier d’envergure pourrait se réaliser.
Un promoteur immobilier, Investissements Luc Poirier, prépare activement un «projet immobilier de grande envergure» à l'île Charron, dans la zone tampon boisée, située entre le parc national des Îles-de-Boucherville et l'autoroute 20, là où elle s'enfonce dans le tunnel Louis-H.-Lafontaine.

Selon le site Internet du promoteur, «ce projet immobilier sur les rives du Saint-Laurent comprendra de nombreuses maisons, un complexe de condo-hôtel, un spa, un parc national, un golf et une marina». Le projet se trouve immédiatement aux portes du seul parc national de l'archipel du Grand Montréal.

En vendant ce terrain, qui lui appartenait depuis 20 ans, au cours de la dernière année, le Mouvement Desjardins a finalement réalisé un modeste profit de 350 000 $, compte tenu du déficit qui s'était accumulé et des dépenses de caractérisation du terrain de 24 ha qu'il a fallu réaliser avant de le vendre. C'est ce qu'a précisé au Devoir Pauline D'Amboise, secrétaire générale du Mouvement Desjardins et responsable de sa politique de développement durable. Les gestionnaires du terrain, a révélé Mme D'Amboise, avaient déjà déclaré le terrain perte permanente dans les années antérieures. À son avis, Desjardins Sécurité financière a pris les bonnes décisions dans l'intérêt des membres du mouvement, ce que contestent les écologistes et conservationnistes de tous côtés qui s'attendaient à ce qu'une institution de cette importance «privilégie l'intérêt public et la protection de l'environnement».

Le vice-président aux placements immobiliers de Desjardins Gestion d'actifs, Michel Bédard, a pourtant bel et bien été saisi ainsi que Mme D'Ambroise de nombreuses demandes pour que le Mouvement, propriétaire d'actifs de 135 milliards, fasse don de ce terrain en raison de son exceptionnelle valeur écologique, puisque c'est le seul disponible pour agrandir et protéger le petit parc insulaire.

Le directeur du parc national des Îles-de-Boucherville, Serge Perreault, a confirmé avoir lui aussi saisi la haute direction de Desjardins — plus précisément Mme D'Amboise et M. Bédard notamment — pour lui demander de céder ces terrains au parc ou à une fiducie foncière, ce qui aurait pu rapporter à l'une ou l'autre des filiales du Mouvement Desjardins des bénéfices fiscaux non négligeables.

M. Perreault craint d'autant plus les impacts d'un «développement immobilier de grande envergure» aux portes du parc des Îles que le promoteur lui a confirmé dans un entretien au début de l'année qu'il projetait d'y construire «au moins 2500 unités d'habitation, ce qui signifie un apport de 6000 à 8000 personnes sur une île où le parc est le seul espace disponible pour se recréer». C'est cette crainte qui l'avait amené dans les mois précédents à faire pression sur le Mouvement Desjardins pour qu'il cède ce terrain à des fins de conservation.

Mais, explique Mme D'Amboise, les avocats de Desjardins ont établi que ce ne serait pas aussi rentable qu'une vente, et c'est donc vers cette solution que se sont tournés les gestionnaires de Desjardins Sécurité financière, les propriétaires du terrain en question. Elle ne voit aucune contradiction entre cette décision et la politique de développement durable du Mouvement.

Les terrains de Desjardins situés aux portes du parc national ont été juridiquement soustraits à deux reprises à tout développement par décret gouvernemental dans l'intention d'être acquis par Québec.

Comme récemment dans le dossier d'Orford, Québec a alors décrété à deux reprises des réserves foncières sur les 24 hectares non développés de l'Île Charron. Ces réserves foncières ont stoppé chaque fois tout développement pendant deux ans. Il a été impossible vendredi d'obtenir de la direction du Patrimoine écologique du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) les raisons qui expliquent que le gouvernement n'a pas donné suite à ces deux intentions formelles de protéger le parc contre un éventuel développement à ses portes.

Malgré ce signal juridique, le plus clair qui soit quant à la valeur de terrains pour les intégrer au parc, ni Desjardins ni Longueuil n'ont fait le moindre pas pour protéger ce terrain privé, toujours zoné «blanc», ce qui y autorise la construction résidentielle et commerciale. La seule contrainte imposée par Longueuil au cours des dernières années y limite à quatre étages la hauteur d'éventuels édifices. Mais aucune norme ne régit la densité de population d'un tel secteur.

«Pire qu'Orford»

«Cette affaire est pire que le dossier d'Orford, même si le projet se situe à l'extérieur du parc», explique Richard Marois, le président du Conseil régional de l'environnement de la Montérégie. On a si peu de réserves naturelles, si peu de boisés, dans notre périmètre urbain et métropolitain qu'il faut désormais se battre pour sauver des restants, lesquels ont encore plus d'importance que ce sont les dernières miettes disponibles.»

«Je ne blâme pas le promoteur, poursuit-il, car il est là pour faire de l'argent. Mais c'est vraiment le Mouvement Desjardins qui a agi dans ce dossier de façon irresponsable. On leur a offert un cadre de concertation pour en faire au moins un projet exemplaire sur le plan écologique. Ils auraient facilement pu, en véritable citoyen corporatif qui se targue de promouvoir le développement durable, céder ce terrain au parc ou à un regroupement de forces en matière de conservation. C'est ce qu'on leur a dit dès le début des pourparlers, il y a un an. Non seulement la valeur écologique du terrain était indiscutable vu que Québec y a décrété deux fois une réserve foncière, mais tout le monde doit réaliser que ce petit bijou, c'est Anticosti en plein Montréal avec sa population de cerfs de Virginie.»

D'ailleurs, c'est dans le petit boisé convoité que les cerfs se tiennent parce qu'ils y trouvent couvert et nourriture. Avec ses 14 ha, c'est le deuxième en importance de cet archipel, après celui de l'île Grosbois, qui couvre 18 ha.

Les impacts de ce projet seraient «très lourds pour le parc national» existant, convient son directeur. Selon Serge Perreault, toute population humaine d'importance aux portes d'un aussi petit parc «va engendrer une importante pression humaine, car l'île n'a qu'un accès. Le seul endroit où les résidents pourront aller, c'est le parc. Au parc de Saint-Bruno, on le voit, il y a des résidences autour. Cela engendre du bruit, du va-et-vient. Cela change toute l'atmosphère. Cela défigurerait l'île Charron qui bénéficie présentement de ce milieu forestier tranquille. Il y aurait aussi un impact sur le paysage, car on passerait d'une ville au parc, alors que c'est présentement un milieu naturel qui accueille les visiteurs à l'entrée. Même l'actuelle aire de pique-nique à l'entrée du parc serait chambardée: au lieu d'admirer des arbres, les visiteurs admireraient des maisons».

Pour le directeur des deux parcs nationaux — il dirige aussi celui de Saint-Bruno —, on assisterait alors à une sorte de privatisation du parc qui deviendrait dans les faits pour les futurs résidents «leur espace vert».

Jean Hubert a été le premier directeur du parc national des Îles-de-Boucherville. À la retraite, il est maintenant le porte-parole de Nature-Québec en matière d'aires protégées. «La pression épouvantable qu'un tel développement va engendrer sur un aussi petit parc commande de la part de Québec des gestes rapides et concrets pour paralyser tout développement immobilier, y compris la possibilité de décréter une nouvelle réserve foncière», dit-il.

À son avis, le Mouvement Desjardins a acculé les défenseurs de l'intégrité du parc, comme Nature-Québec, à une bataille qu'il aurait été si simple d'éviter, il y a un an, en «donnant du temps aux milieux de la conservation pour mettre au point une stratégie qui aurait permis à tout le monde d'en sortir gagnant».

«Il faut en revenir à cette stratégie: se donner du temps pour trouver le meilleur moyen de préserver la seule zone tampon possible pour ce parc national, et qui puisse permettre de l'agrandir. Il faut mobiliser les organismes de conservation, y compris Desjardins qui pourrait y investir pour le racheter. Mais il faudrait aussi, pour une fois, que Québec fasse preuve de leadership en sortant ce dossier de l'impasse actuelle» avant qu'il ne devienne un autre Orford, conclut le porte-parole de Nature-Québec.

Le Devoir a tenté de rejoindre le promoteur du projet au cours des derniers jours, mais sans succès.
 
 
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  • Richard Weilbrenner
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 06h17
    Desjardins, ne vois-tu donc rien venir?
    Encore une décision carrément stupide prise des borgnes qui sont en position de pouvoir et d'autorité et qui, pour justifier leurs erreurs de jugement invoquent des arguties. Je ne crois pas, cependant, que le promoteur soit innocent, dans cette affaire : je connais personnellement des "hommes d'affaires" qui font des pieds et des mains pour convaincre les fonctionnaires et les élus de la sagesse de leurs projets de développement et qui ne lésinent pas sur les moyens pour obtenir ce qu'ils convoitent. Ce sont eux, normalement, qui font les premiers pas. Par la suite, les tactiques de harcèlement (le mot n'est même pas fort, croyez-moi), de séduction, de "talonnage" et d'insistance finissent par avoir raison des ir(responsables). Et sur quoi mise-t-on, au bout du compte? Sur le droit du promoteur, qui finira par avoir la primauté sur le droit de la collectivité, parce que, selon les avocats, le droit du promoteur est un droit écrit, tandis que celui de la collectivité n'existe tout simplement pas sur le plan juridique. Alors les gens protestent tant qu'ils peuvent et, parfois, ont gain de cause. Parfois.
    Richard Weilbrenner
    Sutton, le 4 juin 2007

  • Gilles Delisle
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 07h41
    Attitude scandaleuse de Desjardins dans cette affaire!
    S'il y a un groupe commercial au Québec, dans lequel nous avons toujours mis notre confiance, c'est bien le Mouvement Desjardins, groupe coopératif appartenant à près de la moitié de la population québécoise, de par ses nombreuses filiales. De voir l'attitude bornée qu'il vient de nous démontrer dans cette affaire de vente d'un joyau de parc urbain à la périphérie de Montréal, me laisse pantois! Vite que les autorités du gouvernement du Québec interviennent pour stopper cette vente et ce développement projeté. Mais au fait, n'est-ce pas ce même gouvernement qui a voulu balkaniser le parc du Mt-Orford? Peut-être devrions-nous pas nous adresser au gouvernement libéral actuel pour régler promptement cette affaire!

  • jeanvcourt@hotmail.com
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 08h32
    Vorace promoteur
    Encore une fois, l'appât du gain aura eu raison sur la recherche d'équilibre écologique aux abords de Montréal.
    Que ce soit le Mouvement Desjardins qui en soit l'instigateur n'en est que plus désolant.
    Et tout ça pour des vétilles.
    Décidément, les amants de la nature devront se déplacer plus loin de Montréal ou se limiter à observer la nouvelle "faune" bien nantie des propriétaires immobiliers se promenant avec pitou sur des terres réservées aux cerfs de Virginie.
    J'espère seulement qu'un mouvement de protestation s'élèvera pour dénoncer la voracité des promoteurs qui préfèrent la couleur des dollars à celles de la nature.

  • Daniel Pouplot
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 09h10
    Cent fois sur le métier...
    Même si l'information est encore jeune et incomplète, une lumière orange vient à nouveau de s'allumer sur le tableau de bord des parcs nationaux du Québec. Cette fierté que l'on devrait afficher de savoir préserver des territoires pour la biodiversité, mais aussi pour le bien-être et l'éducation des générations futures, est constamment occultée par des décisions peu éclairées, venant même, comme ici, d'organisations qui se targuent d'être différentes des autres acteurs économiques, pour qui le profit est la seule religion et les actionnaires, les seuls maîtres. Il me semblait pourtant qu'Alphonse Desjardins n'avait pas pensé ainsi. Et si les dirigeants actuels se défendent en prétextant de devoir suivre les grands courants d'une économie de pure consommation, ignorante des valeurs sociales qui refont surface et se renforcent, c'est qu'il manque d'imagination et sont eux-mêmes rendus de simple éxécutants d'intérêts marchands. Souhaitons que cette fois-ci, notre Gouvernement « minoritaire » saura réagir de la bonne façon et dans les bons délais pour ne pas revivre une saga qui est elle-même pas encore vraiment terminée.

  • Gaetan Saint-Pierre
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 09h56
    Manque de vision
    Je n'arrive toujours pas à comprendre qu'une telle opportunité de bonifier un des rares espaces verts de Montréal ne fasse l'objet d'un traitement médiatique et d'un appel à la mobilisation qu'une fois la transaction complétée.

    Il me semble que cet espace devait être connu de nos gouvernements et de la Sépaq depuis des lustres alors pourquoi ce dossier n'a pas eu droit à un traitement préventif pour l'annexer au parc actuel?

    Notre société est-elle à court de moyen? Est-ce que ce sont uniquement les promoteurs qui peuvent trouver une valeur à ces espaces?

    Encore une fois, quel manque de vision et d'opportunité!

  • Alain Branchaud
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 09h57
    Il faut changer le zonage
    Si c'est la volonté populaire, la ville de Longueuil peut changer le zonage et y interdire un développement résidentiel. C'est légal.

  • Lise Bourque
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 10h29
    Un autre Mont-Orford s'annonce
    Ce matin en me levant quelle ne fut pas ma stupéfaction de lire l'article de Louis-Gilles Francoeur sur ce projet immobilier dans les Îles-de-Boucherville. Mon sang n'a fait qu'un tour. Réaction de colère immédiate. Je suis un fervent usager de ce parc depuis plusieurs années. J'y pratique en famille la randonnée pédestre, toutes saisons, kayak de mer, vélo. On y observe cerfs de Virginie, renards, grands hérons pour ne mentionner que quelques-uns des spécimens de la faune présents sur ce site. Quel endroit merveilleux et si près de Montréal. C'est un petit bijou qu'il faut coûte que coûte préserver dans toute son intégrité. Contrairement au parc du Mont-Saint-Bruno adjacent à la banlieue, je trouve que le fait que ces îles soient isolées constitue une chance incommensurable. Je ne vois pas comment concilier ce développement immobilier et préservation de la nature. La protection de ce milieu somme toute fragile m'apparaît une priorité.

    Je suis en colère dans cette histoire contre le mouvement Desjardins qui n'y a vu qu'une décision d'affaires et non pas son implication dans la société et dans l'environnement. Je suis extrêmement déçu. Je songe sérieusement à retirer mes avoirs de cette institution. Pourtant j'ai toujours été un ardent défenseur de cette institution contre ses nombreux détracteurs.

    À quand une coalition contre ce projet dévastateur. J'y serai en première ligne.



    Richard Boucher

  • Nadine LeCorre
    Inscrite
    lundi 4 juin 2007 10h31
    Desjardins n'a de vert que la couleur qui le représente
    Oui, Décevant.
    Le mouvement Desjardins bien assis sur ses milliards vient
    de manquer une belle occasion de nous dire qu'il respecte les valeurs.
    Il n'a donc de VERT que la couleur qui le représente.

  • Michon
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 11h08
    À vos marques citoyens!
    À la question posée par Homier-Roy au professeur en aménagement urbain ce matin: croyez-vous que l'article de Louis-Gilles Francoeur va soulever une polémique? Comme s'il fallait qu'à chaque fois qu'un projet prenne forme il faille soulever une polémique ! Que le citoyen ne puisse faire le pour et le contre des projets de développement mis de l'avant! Dans la mesure où il en est informé bien évidemment.
    Le projet en question sent la préparation en catimini entre les partenaires Desjardins, le promoteur et d'autres dont possiblement le conseil de ville toujours à l'affut de nouveaux revenus en vue d'augmenter son assiette fiscale.
    Mis devant le fait accompli, le citoyen imbu de citoyenneté doit souvent faire du ratrappage et aller chercher l'information difficilement accessible.
    C'est là le déséquilibre de notre société. Au lieu de jouer à cache-cache, on aurait avantage de toutes parts à discuter et s'entendre sur les plans d'urbanisation au moins à moyen terme sinon à long terme.
    Merci donc à Louis-Gilles de veiller et d'éveiller les consciences environnementales.
    Michel-F. Vézina
    Boucherville

  • Jocelyn Roy
    Inscrit
    lundi 4 juin 2007 14h10
    Jamais!
    Il faudra me passer sur le corps. De plus, je crois bien que Alban D'Amours doit s'expliquer. J'ai l'impression que le mouvement s'éloigne de plus en plus de sa mission coopérative...

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