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    Cercle des Phénix - Hubert Reeves remue ciel et terre

    « J'ai vu les herbes brûlées par les herbicides, les papillons décimés par les insecticides... »

    2 juin 2007 |Marie Lambert-Chan | Actualités sur l'environnement
    Mû par son inépuisable volonté de changer les choses, l'astrophysicien Hubert Reeves s'emploie quotidiennement à éveiller les consciences québécoises et françaises à l'urgence de soigner la planète au nom des générations futures.

    Hubert Reeves a longtemps scruté la voûte céleste. Mais depuis une dizaine d'années, le célèbre astrophysicien est redescendu sur le plancher des vaches pour clamer sur toutes les tribunes son «mal de Terre». Tant au Québec qu'en France, il met son savoir, son talent de vulgarisateur et sa notoriété au service de la cause écologique. C'est pourquoi l'illustre Cercle des Phénix du Québec l'accueille aujourd'hui en son sein.

    «J'ai toujours aimé me retrouver dans la nature, un lien profond me relie à elle depuis mon enfance, déclare le scientifique à la barbe blanche et aux accents tout en «r». J'ai toujours eu besoin de quitter la ville pour des bains de nature, une promenade forestière, une soirée dédiée aux étoiles, une matinée pour fouler l'herbe perlée de rosée. J'ai guetté chaque année le retour des hirondelles et me suis désolé de la chute de leurs effectifs... J'ai vu les herbes brûlées par les herbicides, les papillons décimés par les insecticides...»

    L'attachement de cet homme pour la faune et la flore rendait son combat inéluctable, d'autant plus que l'astronomie n'est jamais bien loin de l'écologie. «Ces deux disciplines scientifiques nous racontent notre histoire. L'astronomie nous dit les événements qui ont été nécessaires pour que la planète Terre existe, pour que la vie y apparaisse et se diversifie... jusqu'à nous, les humains. C'est alors que l'écologie intervient pour nous montrer à quel point nous sommes tributaires des plantes qui fabriquent l'oxygène que nous respirons, des végétaux et des animaux qui nous fournissent nos aliments, la plupart de nos vêtements... Nous sommes dépendants du vivant.»

    Son combat français

    Hubert Reeves est surtout connu au Québec pour ses nombreuses conférences et interventions dans les médias. Il agit également à titre d'ambassadeur de l'Observatoire du Saint-Laurent à Montréal, dans le cadre du projet Biosphère, et de «Porteur d'eau» pour la Coalition Eau Secours. Mais c'est surtout dans une association française que l'astrophysicien a décidé d'investir temps et énergie, puisqu'il passe dorénavant plus de temps dans l'Hexagone que dans la Belle Province. En 2001, il a succédé au savant et naturaliste Théodore Monod à la présidence de la Ligue ROC pour la préservation de la faune sauvage et la défense des non-chasseurs.

    «La science livre ses connaissances à qui les recherche, remarque Hubert Reeves. J'ai donc décidé de me renseigner auprès des scientifiques. J'ai lu des rapports alarmants sur l'eau, les pollutions, l'érosion de la biodiversité. Je me suis dit que j'avais vraiment envie d'agir, surtout pour défendre le vivant, ce que je ne fais vraiment que depuis une décennie en ayant rejoint des militants associatifs. Et depuis je ne le regrette pas. C'est beaucoup plus productif d'agir dans une structure organisée, d'autant plus que l'équipe d'animation a une grande expérience et une motivation sans cesse croissante.»

    L'Élysée verte

    Au mois de mars dernier, Hubert Reeves se disait déçu des propositions en matière d'environnement des candidats à la présidentielle. Quelques jours plus tard, la campagne a pris un virage vert important quand Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et plusieurs autres ont signé le Pacte écologique du militant écologiste Nicolas Huot.

    Selon l'astrophysicien, ce geste s'est révélé encourageant de la part de celui qui allait devenir le nouveau président de la République. «Ce ne fut pas fait les yeux fermés puisque Nicolas Sarkozy n'a pas retenu toutes les propositions et en a annoncé d'autres. Je me suis dit que, par conséquent, il ne signait pas à la légère, que c'était pesé.»

    Dès son arrivée à l'Élysée, Sarkozy s'est empressé de nommer Alain Juppé ministre d'État responsable de l'Écologie, du Développement et de l'Aménagement durables, et de mettre en branle le «Grenelle» de l'environnement promis pendant la campagne aux associations écologistes. Cette rencontre multipartite réunira au mois d'octobre prochain les partenaires gouvernementaux, patronaux et syndicaux, de même que les groupes écologistes, dont la Ligue ROC, qui débattront des enjeux du développement durable «sans tabou», selon l'expression du nouveau chef d'État. Certains ont vu dans l'obligeance de Nicolas Sarkozy un coup de publicité politique. Hubert Reeves refuse quant à lui de faire un procès d'intention.

    «Je préfère rester dans des dispositions d'esprit positives et me réjouir de ces faits nouveaux qui placent l'écologie au premier rang des préoccupations gouvernementales, avec une reconnaissance pour le travail associatif. C'est nouveau, "historique" ont dit certains. Nous parlions d'urgence écologique: on ne peut reprocher la rapidité de mise en route du Grenelle. Reste que nous espérons une suite du mandat aussi satisfaisante. L'avenir le dira.»

    Hubert Reeves a notamment embrassé la cause écologique au nom des siens. Il ne veut pas se défiler de sa responsabilité de laisser un monde meilleur, ou du moins «pas trop sombre», à ses petits-enfants Emmanuelle, Raphaëlle, Dorian, Elsa, Cyprien et Sevan. «Il n'est jamais superflu de rappeler la définition proposée par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement: "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs". Ce n'est pas facile. C'est pourtant moralement, socialement et écologiquement indispensable.»

    Le scientifique est persuadé que le visage de la Terre ne sera plus le même dans 50 ans, mais ignore toujours si la planète sera alors un paradis ou un enfer. «Tout ce que je sais, c'est que, pour une bonne part, l'avenir dépend de nos décisions d'aujourd'hui, décisions individuelles et collectives, car on ne peut s'en remettre aux autres sans participer à la dynamique commune... La sagesse veut qu'il ne soit jamais trop tard pour bien faire. Une plus grande sagesse voudrait qu'on ne tarde pas à agir. Même s'il est difficile d'être sage, il faut néanmoins s'y essayer. L'espoir existe: le Pacte écologique de Nicolas Hulot a du succès, son idée est d'ailleurs reprise dans d'autres pays. Ce sont des signes positifs quoique insuffisants, mais ils ont le grand mérite d'enclencher un mouvement.»

    Le président de la Ligue ROC affiche donc pour le moment une confiance teintée de pragmatisme, semblant mettre en pratique cette phrase lancée par son prédécesseur, Théodore Monod: «Le peu qu'on peut faire, le très peu qu'on peut faire, il faut le faire, pour l'honneur, mais sans illusion.»

    Collaboratrice du Devoir












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