Changements climatiques - Les écologistes pressent le gouvernement canadien d'agir
D'aucuns font valoir que la réduction des émissions de GES coûterait beaucoup moins cher que les conséquences d'une absence d'intervention
Photo : Agence Reuters
D’après une étude citée par le gouvernement canadien, les températures pourraient augmenter de 2 à 5°C d’ici 2080 dans le sud du Canada, de 6 à 7°C dans le centre des Prairies et de 6 à 9°C dans l’extrême Arctique.
Davantage de canicules pouvant causer des problèmes de santé aux personnes vulnérables, une hausse des feux de forêt, une réduction de l'étendue du pergélisol et une augmentation des précipitations: telles sont certaines des conséquences potentielles des changements climatiques au Canada. Les groupes écologistes pressent le gouvernement fédéral de passer à l'action et d'établir des cibles absolues de réduction des gaz à effet de serre.
Prendre les mesures nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) coûte beaucoup moins cher que de ne pas le faire et d'avoir à subir les importantes conséquences des changements climatiques, fait valoir Emilie Moorhouse, responsable de la campagne sur l'énergie et l'atmosphère au Sierra Club du Canada.
Elle cite à l'appui le rapport de l'an dernier de l'économiste britannique Nicholas Stern. Ce rapport mentionne que «le coût pour éviter la catastrophe [correspond à] 1 % du PIB alors que les impacts nous coûteraient, si on ne les évite pas, jusqu'à 20 % du PIB», dit-elle.
Mme Moorhouse affirme que certaines conséquences des changements climatiques commencent déjà à se faire sentir au Canada. Elle donne en exemple le fait qu'un insecte «est en train de détruire les forêts en Colombie-Britannique». Selon le rapport de 2006 du gouvernement canadien sur les changements climatiques, des températures plus élevées peuvent augmenter le «taux de survie pendant l'hiver de certaines espèces d'insectes nuisibles».
«Les populations d'ours polaires ont de plus en plus de mal à trouver de la nourriture», ajoute Emilie Moorhouse. La fonte prématurée de la couverture de glace réduit la période pendant laquelle les ours polaires peuvent se nourrir de phoques, mentionne Environnement Canada. «Des recherches démontrent que les ours polaires de la baie d'Hudson reviennent sur le rivage plus légers de 15 % comparativement à il y a 20 ans», affirme le ministère fédéral.
Hausse de la température et conséquences
D'après une étude citée par le gouvernement canadien, les températures pourraient augmenter de 2 à 5°C d'ici 2080 dans le sud du Canada, de 6 à 7°C dans le centre des Prairies et de 6 à 9°C dans l'extrême Arctique.
Dans un rapport rendu public ce mois-ci, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) mentionne que cette hausse des températures pourrait avoir des conséquences négatives sur le mode de vie traditionnel des Inuits et sur les infrastructures construites dans l'Arctique.
S'il est vrai que le réchauffement climatique pourrait entraîner quelques conséquences positives au Canada, comme de meilleures récoltes dans certains cas, les chercheurs s'accordent «en général pour affirmer que les impacts négatifs seront plus importants», mentionne le gouvernement canadien dans le quatrième Rapport national du Canada sur les changements climatiques.
Urgence d'agir
Pour les écologistes, il est urgent d'agir. Plusieurs groupes écologistes ont demandé au gouvernement canadien d'adopter la version modifiée de la Loi sur la qualité de l'air et sur les changements climatiques, telle qu'amendée par un comité de la Chambre des communes.
«Ce n'est pas parfait, mais il y a beaucoup de choses importantes qui sont inscrites dans cette loi maintenant», affirme Clare Demerse, analyste des politiques sur les changements climatiques à l'Institut Pembina. Elle salue notamment la présence dans la nouvelle mouture de ce projet de loi de cibles absolues de réduction des gaz à effet de serre.
Jusqu'à maintenant, «le gouvernement préconise un système de cibles d'intensité», dit Mme Demerse. Plutôt que de réduire en termes absolus les émissions de GES, il s'agit alors par exemple de diminuer la quantité d'émissions par baril de pétrole, par tonne d'acier ou par unité de produit intérieur brut (PIB). «Si la production augmente, il est possible que les émissions de gaz à effet de serre augmentent aussi, même si les cibles d'intensité sont atteintes», déplore-t-elle.
À son avis, les mesures du plus récent budget fédéral en matière de changements climatiques ne sont pas suffisantes. Le budget consacre un montant de 1,5 milliard de dollars à l'écofiducie destinée à appuyer les projets des provinces et territoires pour améliorer la qualité de l'air et réduire les émissions de GES. Le gouvernement actuel avait toutefois antérieurement réduit les fonds consacrés à la lutte contre les changements climatiques, ont fait remarquer des écologistes. Le budget de cette année comprend néanmoins un certain nombre de mesures écologiques, dont un incitatif financier à l'achat de véhicules qui consomment peu de carburant.
À la suite de la parution du rapport du GIEC, le gouvernement Harper a en outre affirmé le 6 avril qu'il annoncerait dans les semaines qui viennent des cibles contraignantes de réduction des GES et de la pollution atmosphérique.
Pour Mme Moorhouse et Mme Demerse, il importe de fixer des cibles absolues à court, moyen et long termes, et de mettre en oeuvre des mesures pour les atteindre, dans une optique d'efficacité énergétique et en ayant recours par exemple à des technologies moins polluantes et à des formes d'énergie renouvelables.
Objectifs de réduction des GES
Dans le cadre du protocole de Kyoto, le Canada s'est engagé à réduire d'ici 2012 ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport au niveau de 1990. En 2004, les émissions de GES du Canada avaient augmenté de près de 27 % par rapport à ce niveau.
Pour Emilie Moorhouse et Clare Demerse, le Canada peut encore atteindre l'objectif qu'il s'était fixé dans le cadre du protocole de Kyoto. «Il n'est pas trop tard», estime Mme Demerse. «Il est probablement trop tard pour le faire entièrement ici au Canada, mais Kyoto donne aux États la possibilité d'investir dans des projets "verts" dans des pays en développement [pour atteindre leurs objectifs]», dit-elle.
L'Institut Pempina soutient que le Canada devrait par la suite réduire ses émissions de GES de 25 % par rapport au niveau de 1990 d'ici 2020, et de 80 % d'ici 2050.
«C'est ambitieux», mais c'est ce qui sera nécessaire pour que la température n'augmente pas de plus de 2°C, affirme Clare Demerse.
Collaboratrice du Devoir
Prendre les mesures nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) coûte beaucoup moins cher que de ne pas le faire et d'avoir à subir les importantes conséquences des changements climatiques, fait valoir Emilie Moorhouse, responsable de la campagne sur l'énergie et l'atmosphère au Sierra Club du Canada.
Elle cite à l'appui le rapport de l'an dernier de l'économiste britannique Nicholas Stern. Ce rapport mentionne que «le coût pour éviter la catastrophe [correspond à] 1 % du PIB alors que les impacts nous coûteraient, si on ne les évite pas, jusqu'à 20 % du PIB», dit-elle.
Mme Moorhouse affirme que certaines conséquences des changements climatiques commencent déjà à se faire sentir au Canada. Elle donne en exemple le fait qu'un insecte «est en train de détruire les forêts en Colombie-Britannique». Selon le rapport de 2006 du gouvernement canadien sur les changements climatiques, des températures plus élevées peuvent augmenter le «taux de survie pendant l'hiver de certaines espèces d'insectes nuisibles».
«Les populations d'ours polaires ont de plus en plus de mal à trouver de la nourriture», ajoute Emilie Moorhouse. La fonte prématurée de la couverture de glace réduit la période pendant laquelle les ours polaires peuvent se nourrir de phoques, mentionne Environnement Canada. «Des recherches démontrent que les ours polaires de la baie d'Hudson reviennent sur le rivage plus légers de 15 % comparativement à il y a 20 ans», affirme le ministère fédéral.
Hausse de la température et conséquences
D'après une étude citée par le gouvernement canadien, les températures pourraient augmenter de 2 à 5°C d'ici 2080 dans le sud du Canada, de 6 à 7°C dans le centre des Prairies et de 6 à 9°C dans l'extrême Arctique.
Dans un rapport rendu public ce mois-ci, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) mentionne que cette hausse des températures pourrait avoir des conséquences négatives sur le mode de vie traditionnel des Inuits et sur les infrastructures construites dans l'Arctique.
S'il est vrai que le réchauffement climatique pourrait entraîner quelques conséquences positives au Canada, comme de meilleures récoltes dans certains cas, les chercheurs s'accordent «en général pour affirmer que les impacts négatifs seront plus importants», mentionne le gouvernement canadien dans le quatrième Rapport national du Canada sur les changements climatiques.
Urgence d'agir
Pour les écologistes, il est urgent d'agir. Plusieurs groupes écologistes ont demandé au gouvernement canadien d'adopter la version modifiée de la Loi sur la qualité de l'air et sur les changements climatiques, telle qu'amendée par un comité de la Chambre des communes.
«Ce n'est pas parfait, mais il y a beaucoup de choses importantes qui sont inscrites dans cette loi maintenant», affirme Clare Demerse, analyste des politiques sur les changements climatiques à l'Institut Pembina. Elle salue notamment la présence dans la nouvelle mouture de ce projet de loi de cibles absolues de réduction des gaz à effet de serre.
Jusqu'à maintenant, «le gouvernement préconise un système de cibles d'intensité», dit Mme Demerse. Plutôt que de réduire en termes absolus les émissions de GES, il s'agit alors par exemple de diminuer la quantité d'émissions par baril de pétrole, par tonne d'acier ou par unité de produit intérieur brut (PIB). «Si la production augmente, il est possible que les émissions de gaz à effet de serre augmentent aussi, même si les cibles d'intensité sont atteintes», déplore-t-elle.
À son avis, les mesures du plus récent budget fédéral en matière de changements climatiques ne sont pas suffisantes. Le budget consacre un montant de 1,5 milliard de dollars à l'écofiducie destinée à appuyer les projets des provinces et territoires pour améliorer la qualité de l'air et réduire les émissions de GES. Le gouvernement actuel avait toutefois antérieurement réduit les fonds consacrés à la lutte contre les changements climatiques, ont fait remarquer des écologistes. Le budget de cette année comprend néanmoins un certain nombre de mesures écologiques, dont un incitatif financier à l'achat de véhicules qui consomment peu de carburant.
À la suite de la parution du rapport du GIEC, le gouvernement Harper a en outre affirmé le 6 avril qu'il annoncerait dans les semaines qui viennent des cibles contraignantes de réduction des GES et de la pollution atmosphérique.
Pour Mme Moorhouse et Mme Demerse, il importe de fixer des cibles absolues à court, moyen et long termes, et de mettre en oeuvre des mesures pour les atteindre, dans une optique d'efficacité énergétique et en ayant recours par exemple à des technologies moins polluantes et à des formes d'énergie renouvelables.
Objectifs de réduction des GES
Dans le cadre du protocole de Kyoto, le Canada s'est engagé à réduire d'ici 2012 ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport au niveau de 1990. En 2004, les émissions de GES du Canada avaient augmenté de près de 27 % par rapport à ce niveau.
Pour Emilie Moorhouse et Clare Demerse, le Canada peut encore atteindre l'objectif qu'il s'était fixé dans le cadre du protocole de Kyoto. «Il n'est pas trop tard», estime Mme Demerse. «Il est probablement trop tard pour le faire entièrement ici au Canada, mais Kyoto donne aux États la possibilité d'investir dans des projets "verts" dans des pays en développement [pour atteindre leurs objectifs]», dit-elle.
L'Institut Pempina soutient que le Canada devrait par la suite réduire ses émissions de GES de 25 % par rapport au niveau de 1990 d'ici 2020, et de 80 % d'ici 2050.
«C'est ambitieux», mais c'est ce qui sera nécessaire pour que la température n'augmente pas de plus de 2°C, affirme Clare Demerse.
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