Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Les VTT, progrès ou nuisance?

    Ils sont partout: sur les routes, dans les sentiers, sur les chemins privés interdits de passage, dans les territoires de chasse et dans les milieux sensibles les plus inaccessibles. Ce sont les véhicules tout-terrains, les VTT, ces mécaniques à gros pneus ballon à gros crampons qu'on enfourche comme une moto. Selon les jours ou les propriétaires, ce sont des véhicules utilitaires moins énergivores que le tracteur ou le camion de ferme, quand ce ne sont pas des véhicules récréatifs envahissants qui amènent des milliers de personnes chaque fin de semaine aux quatre coins du Québec... au lieu de parcourir ces endroits à pied, à vélo ou en canot.

    Comme il y a de moins en moins de neige en hiver, les VTT sont même en train de remplacer la motoneige, qu'ils concurrencent désormais à longueur d'année. Le réseau des pistes de VTT au Québec s'allonge sans cesse, parfois aux dépens des pistes de motoneige...

    Le remplacement de la motoneige par le VTT n'est pas nécessairement un gain pour l'environnement. Certes, ces machines à quatre temps sont moins polluantes que les motoneiges à deux temps: elles crachent moins d'hydrocarbures et leur consommation d'essence est de deux à quatre fois moins importante que celle des motoneiges. Mais les VTT roulent 12 mois durant, ce qui pourrait bien ramener leur consommation globale au même niveau que celle des motoneiges.

    Les constructeurs font tout pour donner de ces gros jouets une image favorable, quitte à charrier épais. Récemment, ATV Nature Watch lançait le programme «VTT éco-logique». Comme si des engins qui consomment inutilement de l'essence à parcourir le pays en tous sens pouvaient devenir écologiques parce qu'on demande à leurs conducteurs de rester sur les sentiers et de ne pas rouler trop vite!

    Les VTT, explique Pierre Dépôt, un écologiste de l'Estrie qui suit le dossier des VTT et des engins récréatifs depuis des années (www.lacbowker.ca.tc), sont des engins «utilitaires fantastiques». Il en possède d'ailleurs un qui a parcouru un grand total de 3500 kilomètres en 14 ans pour les travaux extérieurs.

    Le problème des VTT tient à leur usage récréatif, explique Pierre Dépôt. Malgré les consignes, les adeptes sortent systématiquement des sentiers balisés et sont même incités à le faire par la publicité des fabricants, qui vendent les machines en les plongeant dans la boue, ce qui est contraire à leur code d'éthique nord-américain, qui exige de ne pas fréquenter les milieux sensibles. Quant aux sentiers de VTT, ils sont généralement très érodés, et Québec n'exige pas leur stabilisation saisonnière avec des graviers. En plusieurs endroits, les VTT passent dans les fossés, ruisseaux et petits cours d'eau, ce qui est inadmissible, encore une fois en raison de l'érosion ainsi provoquée. Si on tente d'éviter ces formes de pollution sur les pistes balisées en y érigeant des ponceaux, il n'en est pas de même des pistes improvisées et tolérées en bordure des autoroutes ni de tous les sentiers non balisés qu'improvise la gent roulante d'un bout à l'autre du Québec.

    À certains endroits, les VTT en sont rendus à envahir des parcs publics et à déclasser des activités traditionnelles plus écologiques, comme l'équitation et la randonnée, grâce à la complicité et au manque de vision sociale de certains élus.

    À Saint-Lazare, à l'ouest de Montréal, les «vététéistes» (ou «quaddistes») ont obtenu la permission de passer dans un parc où ils se sont imposés en forçant littéralement les citoyens et les utilisateurs traditionnels à quitter leurs sentiers d'usage. La municipalité, sans consultation de ses citoyens ni étude d'impacts et malgré une pétition défavorable de 2600 signataires, a autorisé le maire de l'endroit à accorder des droits de passage avec les associations de son choix.

    Jusque-là, le parc était réservé aux randonneurs, aux cavaliers, aux skieurs, aux raquetteurs, etc. On peut soutenir que les vététéistes sont plus nombreux que les cavaliers, mais ce n'est pas une raison de pervertir la mission même d'un parc, qui est une mission de conservation, de silence et d'activité physique saine.

    Les autorités publiques laissent se développer sans véritables balises le loisir motorisé sous toutes ses formes, laissant aux constructeurs de bébelles et à leurs vendeurs régionaux la responsabilité de façonner l'environnement de demain au gré de leurs intérêts. Pourquoi ne pas précéder le développement de ces activités par une analyse rigoureuse de leurs impacts et baser leur développement sur de réels consensus sociaux?

    En 1994, Québec interdisait les dunes des îles de la Madeleine aux VTT, mais il songe maintenant à les réintroduire, contrairement à la tendance nord-américaine qui les élimine de tous ces milieux riverains fragiles.

    Et voilà que la Fédération québécoise de la faune (FQF) en rajoute: elle s'est publiquement opposée au projet de taxe additionnelle envisagée par Québec sur l'achat de ces véhicules polluants, ce qui va nuire aux pauvres chasseurs et pêcheurs qui utilisent abondamment ces véhicules. Voilà une attitude honteuse et rétrograde de la part d'une fédération qui devrait avant tout défendre l'intégrité des écosystèmes et éviter d'ancrer dans la population l'image de ces chasseurs et pêcheurs surmécanisés et pollueurs, qui tue toute relève chez les jeunes le moindrement soucieux de conservation. La FQF devrait au contraire lever l'actuelle omerta sur la chasse assise et roulante, dont personne ne parle malgré sa prolifération peu éthique, et encourager l'augmentation de cette taxe afin que ses membres en reviennent à des valeurs plus cynégétiques et pour épargner aux milieux naturels et aux grands gibiers l'invasion de la horde mécanisée.
    - Lecture: Éloge des vagabondes, par Gilles Clément, Éditions Nil, Paris, 2002, 200 pages. Un livre consacré à ces plantes qui ont mauvaise presse, les «mauvaises» herbes, voire ces fleurs sauvages indésirables dans le jardin. On les raconte ici comme des merveilles d'adaptation et d'ingéniosité, si on peut dire, qu'il s'agisse de la rhubarbe du Tibet, du pavot de Californie, etc.
    - Refuge: on inaugurait le 10 octobre le nouveau Refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin, qui couvre l'ensemble des rapides de Chambly. Ce premier refuge aquatique permettra de protéger la fraie des chevaliers cuivrés, qui peuvent désormais remonter le Richelieu par la passe migratoire de Saint-Ours. Une grande part de cette nouvelle réalisation est attribuable à la persévérance de deux biologistes, Andrée Gendron et Alain Branchaud. Pierre-Étienne Fortin, qui donne son nom au nouveau refuge, était un médecin-naturaliste du XIXe siècle à qui on doit la première description du «catostome aux grandes écailles», notre actuel chevalier cuivré. Protecteur des pêcheries du fleuve et député de Gaspé à Ottawa et à Québec, Fortin passait ses étés sur le fleuve à contrôler les permis de pêche et à tirer au canon sur les goélettes des pêcheurs américains, n'hésitant pas à emprisonner dans ses cales les cueilleurs illégaux d'oeufs de sauvagine. On lui doit non seulement des discours précurseurs sur la conservation mais aussi les premières lois sur les forêts, par exemple.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.