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Dérivation de la rivière Rupert - Les écologistes réclament un véritable débat

Roy Dupuis, porte-parole de la Fondation Rivières, était présent à la conférence de presse pour dénoncer les consultations sur la dérivation de la rivière Rupert.
Photo : Jacques Nadeau
Roy Dupuis, porte-parole de la Fondation Rivières, était présent à la conférence de presse pour dénoncer les consultations sur la dérivation de la rivière Rupert.
Les audiences tripartites sur le détournement de la rivière Rupert, à la Baie James, constituent une «consultation bidon» qui place les autochtones et les écologistes devant un «projet au sort déjà réglé et entendu».

C'est ce qu'ont soutenu hier la Fondation Rivières, Révérence Rupert et le Sierra Club du Canada en conférence de presse alors qu'ils réclamaient un arrêt temporaire des audiences en cours, dont les échéances et les principales modalités ont été arrêtées par une entente administrative signée en 2003 par Québec et le Grand Conseil des Cris à la suite de la signature de la Paix des Braves.

Les délais impartis aux citoyens et groupes pour préparer leur analyse du projet sont invivables, ont-ils fait valoir. Les réponses d'Hydro-Québec continuent d'arriver chaque jour, mais les audiences ont débuté il y a quelques semaines. Le 13 mars, expliquait Anne-Marie Saint-Cerny, les groupes apprenaient qu'ils devaient avoir déposé leurs analyses et mémoires pour le 3 mars.

Dans ce contexte, ajoutait Daniel Green pour le Sierra Club, il est désormais impossible de déterminer, sans avoir toutes les réponses d'Hydro-Québec aux 382 questions posées sur son étude d'impact, s'il faut recourir à une contre-expertise pour déposer une contre-preuve en audience. C'est impossible, a expliqué le leader écologiste, parce que la période pour demander cette aide financière est terminée et que les audiences ont démarré.

Pour caricaturer le «manque d'éthique» à la base de cette stratégie de consultation publique, les groupes ont comparé avec les audiences qui se tiennent au sud du Québec sous l'autorité du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Jamais ces audiences, ont-ils noté, ne démarrent avant que le promoteur n'ait répondu à toutes les questions et que celles-ci aient été jugées conformes aux règles de l'art et de la directive gouvernementale, ce qui ne serait pas le cas ici, alors que les réponses arrivent encore pendant les audiences.

De plus, les participants à l'audience affirment être obligés de déposer leurs mémoires avant d'avoir obtenu toutes les réponses à leurs questions. C'est d'ailleurs pourquoi ils réclament de scinder l'audience en deux parties, comme le fait le BAPE. Dans un premier temps, ce dernier permet au public d'obtenir des réponses directement du promoteur et, plus tard, reçoit les points de vue et analyses sous forme de mémoire.

Pour illustrer la «désinvolture» de Québec dans ce dossier, où une des dernières grandes rivières du Québec risque de perdre irrémédiablement son caractère naturel, les groupes ont rappelé que les gouvernements avaient accordé à la société civile 1,9 million de dollars pour contre-expertiser l'étude d'impact sur le passage du pipe-line de la Mackenzie et préparer leurs mémoires. Hydro et Québec avaient annoncé l'octroi de 2 millions à la société civile pour préparer l'audience sur le défunt projet Grande-Baleine. Mais, dans le cas de la Rupert, les gouvernements ont limité leur aide à 84 000 $, beaucoup moins que les 300 000 $ accordés pour examiner le projet de déménagement du casino de Montréal.

Si les demandes totales d'aide ne dépassaient pas 300 000 $, a expliqué Daniel Green, c'est qu'on ne savait pas sur quoi devaient porter les contre-expertises. Ainsi, le Sierra découvre qu'Hydro-Québec n'a pas décrit les impacts estuariens de la réduction de débit attribuables au détournement de la Rupert vers le complexe La Grande. Hydro se serait contenté d'une revue de la littérature scientifique, une omission qui aurait normalement nécessité une contre-expertise, selon Green.

Même chose pour les coûts du projet, évalués à 4 milliards, qu'Hydro-Québec a résumés sur une seule page. L'examen des solutions de rechange à ce projet, qui pourrait justifier son annulation si elles existent, se résume à six pages, dont quatre paragraphes au gigantesque potentiel éolien des régions nordiques et une ligne et demie sur les avantages de cette filière. En comparaison, l'étude d'impact fait près d'un mètre de hauteur avec ses annexes. Même chose pour la question du mercure, ajoute Daniel Green, dont Hydro-Québec n'a pas dévoilé les bases de ses prédictions anormalement rassurantes.

Un Cri de Némaska, Bertie Wapache, avait fait la route pour venir traduire les inquiétudes croissantes des siens. Si ces derniers ont entériné la Paix des Braves, dit-il, c'est parce qu'on a dit aux gens que cette entente n'avalisait pas le projet lui-même, mais plutôt son analyse en profondeur. Ce dernier prédit que l'opposition grandira rapidement dans cette communauté autochtone pour qui la rivière est irremplaçable comme source de vie et de ressources de toutes sortes.
 
 
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