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Recyc-Québec - Le Québec récupère la moitié de ses déchets

Claude Lafleur   6 octobre 2004  Environnement
En 1990, le gouvernement du Québec créait la Société québécoise de récupération et de recyclage, mieux connue sous le nom de Recyc-Québec. Cette société d'État devait «promouvoir, développer et favoriser la réduction, le réemploi, la récupération et le recyclage de contenants, d'emballages, de matières ou de produits, ainsi que leur valorisation dans une perspective de conservation des ressources». Retour sur une opération en voie de réussite.

Il n'y a pas si longtemps encore, même pas 15 ans, on expédiait pratiquement tous nos déchets au dépotoir. «Disons que, avant 1990, il se faisait peu de chose, relate Robert Lemieux, président-directeur général de Recyc-Québec, comme dans toutes les sociétés d'ailleurs, le Québec n'étant pas particulier à ce chapitre-là. On trouvait tout simplement un trou et on y enterrait nos déchets, sans plus de problème!»

M. Lemieux s'empresse néanmoins de souligner qu'il se faisait quand même un peu de récupération, notamment en ce qui concerne le papier journal. «Je me rappelle que, lorsque j'avais 12 ans, dit-il, j'habitais Québec et j'allais porter les vieux journaux chez des gens qui les recyclaient. On allait aussi au marché afin d'y revendre les paniers de fraises et de tomates vides... On n'a donc rien inventé en 1990!»

Prise de conscience

Ce qui a changé au cours de ces 15 dernières années, c'est qu'on a pris conscience des impacts de l'enterrement des déchets, et surtout des inconvénients de vivre près des dépotoirs. «On s'est rendu compte que le fait de remplir des trous avec de la matière résiduelle pouvait être néfaste pour la nappe phréatique, en plus d'incommoder de plus en plus les voisins.» En fait, les agglomérations prenant de l'expansion, elles ont fini par rejoindre les sites d'enfouissement, générant des protestations de la part des résidants qui clament: «On ne veut pas voir ça chez nous!»

«Tout cela nous a amenés à nous poser des questions, de poursuivre le p.-d.g. de Recyc-Québec. Ne pourrait-on pas faire les choses autrement? Ne pourrait-on pas réfléchir pour au moins nous assurer qu'on ne cause pas que des problèmes?» Il y a peut-être aussi l'éveil au développement durable car, de plus en plus, on se dit qu'il ne faut pas juste penser à nous, mais également à l'avenir: «Quelle planète laisserons-nous à ceux qui nous suivront?, s'interroge M. Lemieux. Tout cela nous amène à nous dire qu'il nous faut faire mieux.»

C'est donc dans ce contexte que se développe Recyc-Québec. «Notre organisme a essentiellement une seule mission: promouvoir, développer et favoriser la réduction, la récupération et le réemploi ou le recyclage des matières résiduelles, dit-il. On doit donc en parler et favoriser l'essor et le développement d'une industrie qui rend possible la réutilisation et la valorisation des matières résiduelles.» De fait, le recyclage a donné naissance à un véritable secteur économique qui crée des milliers d'emplois.

Recyc-Québec, qui compte aujourd'hui 51 employés, relève du ministre de l'Environnement et est administré par un conseil composé de 11 membres représentatifs du milieu. Cette société d'État doit s'autofinancer, car elle ne bénéficie pas de crédits budgétaires du gouvernement.

Tant à faire...

«C'est énorme, ce qui se fait en matière de recyclage, de lancer fièrement Robert Lemieux, mais tout ce qui reste à faire est énorme aussi!» De fait, les données compilées par Recyc-Québec indiquent qu'on ne récupère même pas la moitié des déchets que nous générons. Pour illustrer le chemin parcouru, M. Lemieux cite le bel exemple de la récupération des pneus usés.

Si durant des décennies on entassait un peu partout les vieux pneus, voici que ceux-ci sont maintenant systématiquement récupérés et recyclés. «On pourrait dire que chaque Québécois consomme l'équivalent d'un pneu par année, indique M. Lemieux. On procède donc à leur collecte et ces pneus sont expédiés vers des usines qui les réutilisent pour fabriquer d'autres produits, notamment des tapis pour les gymnases et les étables. Je puis dire qu'on recycle à peu près tous les vieux pneus», précise avec satisfaction M. Lemieux.

Mais il faut en outre «corriger» les pratiques du passé, c'est-à-dire disposer des millions de pneus abandonnés. «Il y a quelques années, on estimait qu'il y avait probablement 15 millions de pneus disséminés dans quelque 200 à 250 sites, rapporte M. Lemieux. Mais en réalité, on en a trouvé beaucoup plus et dans 650 sites!» Il précise toutefois qu'environ 640 de ces sites auront été vidés à la fin de cet automne, et que déjà dix millions de vieux pneus ont été envoyés dans des cimenteries qui les utilisent comme combustible. «Il reste maintenant les gros sites, style Saint-Amable, et là on s'aperçoit qu'on a probablement beaucoup plus de pneus qu'on l'estimait... Nous prévoyons terminer la destruction de ces pneus en 2008, mais comme il semble y en avoir beaucoup plus qu'on pensait, ça risque de prendre un peu plus de temps...»

Soulignant que Recyc-Québec a dû relever un gros défi pour parvenir à arrimer la quantité de pneus disponible avec ce que peuvent recycler les entreprises, M. Lemieux indique que «de plus en plus, nous arrivons à établir un équilibre entre ce que nous utilisons au Québec et les besoins de l'industrie. Ainsi, par exemple, l'industrie a maintenant vraiment besoin de vieux pneus, ce qui fait qu'on arrive à un certain équilibre».

Plan global

Outre la préoccupation d'arrimer l'offre et les capacités de recyclage, le grand «dossier» qui accapare Recyc-Québec est actuellement l'élaboration pour l'ensemble du Québec d'un plan de gestion des matières résiduelles. «Je puis dire que c'est une opération qui va très bien actuellement, déclare le p.-d.g. de Recyc-Québec. L'idée est que toutes les municipalités régionales du Québec, les deux communautés métropolitaines et les sept ou huit villes centres soient tenues de produire un plan de gestion de leurs matières résiduelles. Cette démarche les amène à réfléchir à ce qui se passe chez elles: qu'est-ce qu'on produit en termes de matières résiduelles et qu'est-ce qu'on fait avec? Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour réduire l'enfouissement et l'incinération, et comment devrions-nous gérer cela pour atteindre les objectifs de la politique sur les matières résiduelles, etc?»

Selon M. Lemieux, une quarantaine de municipalités ont déjà adopté leur plan de gestion des matières résiduelles alors qu'une vingtaine sont en voie de le faire.






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