12 000 espèces sont menacées
Pas moins de 12 000 espèces sont actuellement menacées d'extinction sur la planète, révèle le dernier bilan publié par l'Union internationale de la conservation de la nature (UICN). Et les menaces frappent les coins les plus reculés de la planète, qu'il s'agisse des Seychelles, des îles Galápagos ou du sud de l'Atlantique.
Cet inventaire, nommé La Liste rouge, est dressé à partir des bilans sectoriels ou territoriaux que réalisent des milliers de chercheurs de tous les horizons. Si l'UICN établit la compilation finale, plusieurs organismes internationaux sont aussi impliqués dans ce suivi du vivant, notamment l'Union mondiale pour la conservation, par l'entremise de sa commission des espèces en situation de survie.
Depuis la publication du bilan 2002, plus de 2000 espèces se sont ajoutées et 380 taxa (espèces, sous-espèces, etc.) ont fait l'objet d'une réévaluation, ce qui donne une liste finale de 12 259 espèces menacées de disparition. Cette catégorie subdivise la liste en trois niveaux: espèce en situation critique, espèce menacée et espèce vulnérable. Le bilan révèle notamment que 762 plantes et animaux sont désormais considérés comme irrévocablement éteints alors que 58 autres sont conservés en culture ou en captivité.
L'Indonésie, l'Inde, le Brésil et le Pérou sont les pays où le plus grand nombre d'espèces animales et ailées sont en danger alors que le capital végétal s'étiole particulièrement vite en Équateur, en Malaysia, en Indonésie, au Brésil (en tête des deux listes!) et au Sri Lanka. On peut consulter la liste complète de ce gigantesque bilan, trop lourd pour être publié sur papier, dit-on, sur le site www.iucnredlist.org.
Le déclin
Les analyses poussées auxquelles avaient donné lieu les bilans de 1996 et 2000 avaient démontré qu'un mammifère sur quatre et qu'une espèce d'oiseau sur huit faisaient face à la possibilité d'une extinction complète à moyen terme. La Liste rouge de cette année indique que les processus de déclin sont au mieux constants ou en voie de s'accélérer dans certains cas. Les pressions les plus fortes semblent frapper surtout les reptiles et les grands primates en raison de la disparition incontrôlée de leurs habitats, un mouvement auquel participe le Québec, où le taux de disparition des milieux humides est alarmant en raison des pressions constantes des promoteurs immobiliers et de l'application faiblarde de la loi.
On n'a qu'à se rappeler que la Ville de Longueuil, par exemple, encourage par tous les moyens la construction résidentielle dans le boisé du Tremblay, un milieu humide qui abrite notamment deux espèces très vulnérables. Même si la rainette faux grillon, omniprésente dans ce boisé humide, a été désignée espèce vulnérable en 2000, le ministère de l'Environnement continue d'accorder des certificats d'autorisation qui ont pour résultat d'assécher ce milieu humide au profit des promoteurs longueuillois. Pêches et Océans Canada, qui a constaté plusieurs infractions à l'habitat des poissons, manque de spécialistes pour intervenir efficacement en eau douce en lieu et place des services québécois de la faune, qui n'ont pas levé le petit doigt dans ce dossier. Il suffit de se rappeler que ce boisé situé en pleine ville est un des derniers grands refuges de la rainette au Québec. La jonction de la Faune sous l'autorité des Ressources naturelles par les libéraux de Jean Charest accroît les dysfonctions gouvernementales en matière de conservation.
Québec annoncera ce matin qu'il investit quelques dizaines de milliers de dollars dans la protection du chevalier cuivré dans le Richelieu. Mais il serait plus important que le ministre fasse une recension des projets domiciliaires en préparation sur ce cours d'eau afin d'empêcher de détériorer davantage ses milieux humides, un habitat critique que la loi est censée protéger en priorité dans le cas des espèces en péril. Et le ministre Mulcair devrait demander à la Direction du patrimoine écologique de son ministère de dresser rapidement un inventaire des espèces à protéger dans le boisé du Tremblay, où on retrouve notamment Lasius minutus, une humble fourni, tellement rare cependant que plusieurs pensent qu'elle n'existe plus qu'au Québec. À moins que Québec n'ait décidé, «réingénierie» oblige, de ne plus assumer ses devoirs de fiduciaire en matière de biodiversité, des fois que ça coûterait trop cher ou que ça nuirait aux entrepreneurs d'une autre liste rouge...
Le pollueur pondeur
Les saumons du Pacifique contaminent les rivières! Voilà une découverte surprenante, faite par des biologistes de l'Université d'Ottawa, qui ont constaté que les saumons transportent les toxiques qu'ils bioaccumulent durant leur séjour en mer, principalement des BPC. Comme ils meurent dans leur rivière natale sur les frayères où ils reviennent se reproduire après un séjour en mer qui va de quatre à huit ans, le dépôt formé par les carcasses en décomposition devient une véritable source de pollution. Les saumons bioaccumulent les BPC dispersés par la pollution atmosphérique par le biais de leur alimentation lorsqu'ils sont en mer. Et eux-mêmes contaminent d'autres espèces comme les orques, qui raffolent de leur chair grasse et huileuse dans laquelle se concentrent les BPC. Les chercheurs ont trouvé des concentrations de 1500 nanogrammes de BPC par gramme de lipide. Globalement, le million de saumons adultes qu'on retrouve dans les eaux du Pacifique transporteraient dans les rivières de la Colombie-Britannique l'équivalent des rejets annuels d'un incinérateur! La décomposition des carcasses de ces saumons au fond des lacs élève de dix fois les concentrations de BPC dans les sédiments de ces plans d'eau par rapport à ce qu'on retrouve dans des lacs non fréquentés par ces salmonidés. L'intérêt de cette découverte réside principalement dans le fait qu'on ne percevait pas jusqu'à présent les espèces vivantes comme des vecteurs de pollution significatifs.
Les turluttes de plomb
Après avoir examiné le dossier des turluttes de plomb soumis par Environnement Canada et dont cette chronique traitait récemment, la Fédération québécoise de la faune (FQF) conclut qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter et que rien ne justifie leur interdiction à la pêche.
Selon Environnement Canada, l'utilisation de plombs sur les lignes utilisées pour la pêche introduit chaque année 500 tonnes de ce métal toxique dans les cours d'eau. Pour la FQF, bien qu'il soit démontré que l'ingestion de tels articles ait un effet néfaste direct sur les huards qui en ingèrent, les données et les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas de démontrer un impact négatif significatif du plomb sur cette population. La FQF note que la population de huard est en croissance dans l'est du Canada malgré l'utilisation historique de plombs de pêche. Le fait d'avoir trouvé quelques oiseaux morts de contamination ne démontre pas, conclut la fédération, que ces cas isolés traduisent un problème généralisé, bien au contraire. La FQF invite néanmoins ses membres à songer à utiliser, sur une base volontaire toutefois, des pesées faites à base d'autres matériaux.
***
- Lecture: Les Champignons des arbres de l'Est de l'Amérique du Nord, Bruno Boulet, Les Publications du Québec, 727 pages. 49,95 $. Il n'y a qu'un mot pour décrire ce livre: voilà une oeuvre authentique et fort réussie, résultat de 15 ans d'un travail méticuleux et méthodique de collecte de données, de photos, etc. Ce guide d'identification, qui éclipse toute concurrence, permet de retracer assez aisément par des repères visuels le nom des espèces recherchées. Mais s'il deviendra un guide incontournable pour les forestiers et les biologistes, tous les mycologues amateurs y trouveront leur compte — et pour une somme très raisonnable — grâce aux conseils portant sur la cueillette, la conservation et les caractères propres aux habitats de chaque espèce. À ajouter à la liste de cadeaux du temps des Fêtes.
Cet inventaire, nommé La Liste rouge, est dressé à partir des bilans sectoriels ou territoriaux que réalisent des milliers de chercheurs de tous les horizons. Si l'UICN établit la compilation finale, plusieurs organismes internationaux sont aussi impliqués dans ce suivi du vivant, notamment l'Union mondiale pour la conservation, par l'entremise de sa commission des espèces en situation de survie.
Depuis la publication du bilan 2002, plus de 2000 espèces se sont ajoutées et 380 taxa (espèces, sous-espèces, etc.) ont fait l'objet d'une réévaluation, ce qui donne une liste finale de 12 259 espèces menacées de disparition. Cette catégorie subdivise la liste en trois niveaux: espèce en situation critique, espèce menacée et espèce vulnérable. Le bilan révèle notamment que 762 plantes et animaux sont désormais considérés comme irrévocablement éteints alors que 58 autres sont conservés en culture ou en captivité.
L'Indonésie, l'Inde, le Brésil et le Pérou sont les pays où le plus grand nombre d'espèces animales et ailées sont en danger alors que le capital végétal s'étiole particulièrement vite en Équateur, en Malaysia, en Indonésie, au Brésil (en tête des deux listes!) et au Sri Lanka. On peut consulter la liste complète de ce gigantesque bilan, trop lourd pour être publié sur papier, dit-on, sur le site www.iucnredlist.org.
Le déclin
Les analyses poussées auxquelles avaient donné lieu les bilans de 1996 et 2000 avaient démontré qu'un mammifère sur quatre et qu'une espèce d'oiseau sur huit faisaient face à la possibilité d'une extinction complète à moyen terme. La Liste rouge de cette année indique que les processus de déclin sont au mieux constants ou en voie de s'accélérer dans certains cas. Les pressions les plus fortes semblent frapper surtout les reptiles et les grands primates en raison de la disparition incontrôlée de leurs habitats, un mouvement auquel participe le Québec, où le taux de disparition des milieux humides est alarmant en raison des pressions constantes des promoteurs immobiliers et de l'application faiblarde de la loi.
On n'a qu'à se rappeler que la Ville de Longueuil, par exemple, encourage par tous les moyens la construction résidentielle dans le boisé du Tremblay, un milieu humide qui abrite notamment deux espèces très vulnérables. Même si la rainette faux grillon, omniprésente dans ce boisé humide, a été désignée espèce vulnérable en 2000, le ministère de l'Environnement continue d'accorder des certificats d'autorisation qui ont pour résultat d'assécher ce milieu humide au profit des promoteurs longueuillois. Pêches et Océans Canada, qui a constaté plusieurs infractions à l'habitat des poissons, manque de spécialistes pour intervenir efficacement en eau douce en lieu et place des services québécois de la faune, qui n'ont pas levé le petit doigt dans ce dossier. Il suffit de se rappeler que ce boisé situé en pleine ville est un des derniers grands refuges de la rainette au Québec. La jonction de la Faune sous l'autorité des Ressources naturelles par les libéraux de Jean Charest accroît les dysfonctions gouvernementales en matière de conservation.
Québec annoncera ce matin qu'il investit quelques dizaines de milliers de dollars dans la protection du chevalier cuivré dans le Richelieu. Mais il serait plus important que le ministre fasse une recension des projets domiciliaires en préparation sur ce cours d'eau afin d'empêcher de détériorer davantage ses milieux humides, un habitat critique que la loi est censée protéger en priorité dans le cas des espèces en péril. Et le ministre Mulcair devrait demander à la Direction du patrimoine écologique de son ministère de dresser rapidement un inventaire des espèces à protéger dans le boisé du Tremblay, où on retrouve notamment Lasius minutus, une humble fourni, tellement rare cependant que plusieurs pensent qu'elle n'existe plus qu'au Québec. À moins que Québec n'ait décidé, «réingénierie» oblige, de ne plus assumer ses devoirs de fiduciaire en matière de biodiversité, des fois que ça coûterait trop cher ou que ça nuirait aux entrepreneurs d'une autre liste rouge...
Le pollueur pondeur
Les saumons du Pacifique contaminent les rivières! Voilà une découverte surprenante, faite par des biologistes de l'Université d'Ottawa, qui ont constaté que les saumons transportent les toxiques qu'ils bioaccumulent durant leur séjour en mer, principalement des BPC. Comme ils meurent dans leur rivière natale sur les frayères où ils reviennent se reproduire après un séjour en mer qui va de quatre à huit ans, le dépôt formé par les carcasses en décomposition devient une véritable source de pollution. Les saumons bioaccumulent les BPC dispersés par la pollution atmosphérique par le biais de leur alimentation lorsqu'ils sont en mer. Et eux-mêmes contaminent d'autres espèces comme les orques, qui raffolent de leur chair grasse et huileuse dans laquelle se concentrent les BPC. Les chercheurs ont trouvé des concentrations de 1500 nanogrammes de BPC par gramme de lipide. Globalement, le million de saumons adultes qu'on retrouve dans les eaux du Pacifique transporteraient dans les rivières de la Colombie-Britannique l'équivalent des rejets annuels d'un incinérateur! La décomposition des carcasses de ces saumons au fond des lacs élève de dix fois les concentrations de BPC dans les sédiments de ces plans d'eau par rapport à ce qu'on retrouve dans des lacs non fréquentés par ces salmonidés. L'intérêt de cette découverte réside principalement dans le fait qu'on ne percevait pas jusqu'à présent les espèces vivantes comme des vecteurs de pollution significatifs.
Les turluttes de plomb
Après avoir examiné le dossier des turluttes de plomb soumis par Environnement Canada et dont cette chronique traitait récemment, la Fédération québécoise de la faune (FQF) conclut qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter et que rien ne justifie leur interdiction à la pêche.
Selon Environnement Canada, l'utilisation de plombs sur les lignes utilisées pour la pêche introduit chaque année 500 tonnes de ce métal toxique dans les cours d'eau. Pour la FQF, bien qu'il soit démontré que l'ingestion de tels articles ait un effet néfaste direct sur les huards qui en ingèrent, les données et les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas de démontrer un impact négatif significatif du plomb sur cette population. La FQF note que la population de huard est en croissance dans l'est du Canada malgré l'utilisation historique de plombs de pêche. Le fait d'avoir trouvé quelques oiseaux morts de contamination ne démontre pas, conclut la fédération, que ces cas isolés traduisent un problème généralisé, bien au contraire. La FQF invite néanmoins ses membres à songer à utiliser, sur une base volontaire toutefois, des pesées faites à base d'autres matériaux.
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- Lecture: Les Champignons des arbres de l'Est de l'Amérique du Nord, Bruno Boulet, Les Publications du Québec, 727 pages. 49,95 $. Il n'y a qu'un mot pour décrire ce livre: voilà une oeuvre authentique et fort réussie, résultat de 15 ans d'un travail méticuleux et méthodique de collecte de données, de photos, etc. Ce guide d'identification, qui éclipse toute concurrence, permet de retracer assez aisément par des repères visuels le nom des espèces recherchées. Mais s'il deviendra un guide incontournable pour les forestiers et les biologistes, tous les mycologues amateurs y trouveront leur compte — et pour une somme très raisonnable — grâce aux conseils portant sur la cueillette, la conservation et les caractères propres aux habitats de chaque espèce. À ajouter à la liste de cadeaux du temps des Fêtes.
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