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La commission Boucher sur la production porcine se prononce - Interdire les farines carnées dans un «délai raisonnable»

Louis-Gilles Francoeur   3 novembre 2003  Environnement
La commission Boucher sur la production porcine recommande à Québec d'interdire «dans un délai raisonnable» les farines carnées et les antibiotiques de l'alimentation des porcs.

Mais la commission, qui s'est penchée sur plusieurs aspects de cette production pour la rendre «socialement acceptable», estime cependant que «dans l'état actuel des connaissances, il n'y a pas de données permettant de conclure à l'existence d'un risque particulier pour la santé humaine à manger du porc nourri à partir de céréales modifiées génétiquement».

Compte tenu du souci croissant de la population pour des aliments sains, qui présentent un niveau maximum d'innocuité, la commission estime que pour satisfaire les nouvelles exigences des consommateurs, l'industrie porcine doit «s'ouvrir rapidement à leurs préoccupations émergentes, notamment celles qui sont relatives au bien-être animal, de même qu'à la présence dans l'alimentation animale d'organismes génétiquement modifiés et de farines carnées».

Plusieurs participants à l'audience se sont inquiétés de ce que la plus grande partie du maïs destiné aux porcs québécois était de souche génétiquement modifiée. Certains pensent que cela peut «contaminer» la viande. Mais sur la foi des témoignages des experts entendus, la commission estime que les décisions de Santé Canada dans ce domaine présentent suffisamment de garanties pour conclure à l'innocuité de cette pratique.

Mais dans le cas des farines carnées, la commission adopte une approche basée sur le principe de précaution. Certes, jusqu'à présent, personne n'a pu confirmer que la tremblante du mouton pouvait être présente chez un animal monogastrique comme le porc alors que le phénomène est démontré dans le cas d'un ruminant comme la vache. Cependant, plusieurs experts ont soulevé des possibilités qu'on ne peut écarter du revers de la main. L'un d'eux, Jean-Claude Panisset, affirme qu'on ne peut pas exclure la confirmation éventuelle de cette hypothèse et, compte tenu d'un rapport d'experts internationaux déposé au début de l'été, il a proposé à la commission de recommander l'interdiction de ces farines. Un avis qu'ont suivi les commissaires même si, écrivent-ils, cette interdiction est lourde de conséquences. Mais comme l'Ontario Pork, l'agence ontarienne de mise en marché des porcs, a décidé d'éliminer les farines carnées de l'alimentation des porcs à compter de mars 2004, les commissaires estiment que «compte tenu des risques et dans une perspective de précaution, il serait sage de faire le même choix au Québec».

La commission adopte le même raisonnement pour l'utilisation généralisée d'antibiotiques à titre préventif dans l'alimentation des porcs puisque cette pratique «accélère l'antibiorésistance, c'est-à-dire la résistance de souches de maladies aux antibiotiques. D'où un risque pour les humains d'être exposés à des maladies plus virulentes et qui résistent plus aux médicaments. L'utilisation d'antibiotiques à titre préventif dans l'alimentation animale a aussi un effet direct sur la croissance. Les deux fonctions risquent donc de se confondre». Les commissaires estiment qu'il faut limiter l'usage de ces médicaments aux cas de maladies bien réelles afin qu'ils conservent tout leur pouvoir pour juguler des crises qui pourraient s'avérer graves pour l'ensemble du cheptel porcin: «Le recours aux antibiotiques comme facteurs de croissance devrait donc être délaissé», conclut le rapport Boucher.

Mais cela étant, il n'en reste pas moins que le cheptel porcin québécois peut se retrouver aux prises avec des maladies provenant de contrées étrangères, comme la peste porcine et la fièvre aphteuse. C'est pourquoi la commission demande au gouvernement québécois d'accélérer la mise en place d'un système de «traçabilité» qui permettrait de localiser rapidement les animaux susceptibles d'avoir été contaminés. La vitesse de réaction dans ce genre de crise permet d'endiguer plus rapidement une épidémie et d'éviter des abattages massifs à titre préventif.

Bien-être des animaux

Ces changements dans les pratiques québécoises devraient aussi s'étendre au bien-être des animaux, ajoute le rapport du BAPE, une révolution des moeurs agricoles qui touche déjà l'Europe et que la commission prédit pour le Québec d'ici une décennie. Un public plus important chaque année exige en effet de consommer des animaux qui ont été bien traités, un concept assez peu compatible avec les cages exiguës dans lesquelles on enferme les truies, avec l'enlèvement précoce des porcelets de leur mère et des pratiques comme la castration à froid, l'extraction des dents ou la mutilation des oreilles. La population et nos sociétés en général sont de plus en plus conscientes que «l'animal peut exprimer les besoins sociaux ou comportementaux propres à son espèce», ce qui commande, selon le rapport, une éthique de la compassion qui tienne compte des besoins de ces être vivants.

«Éventuellement, ces exigences du marché pourraient forcer le milieu de la production à des changements très rapides si elles se précisent», écrivent les commissaires. Ils constatent cependant que «pour l'instant, les producteurs québécois ne se sentent pas touchés par ces exigences et se trouveraient bien dépourvus s'ils devaient se soumettre aux règles d'éthique du bien-être animal telles qu'elles sont pratiquées en Europe. Or cette supposition est loin d'être farfelue», concluent-ils en recommandant à Québec de créer un poste de responsable du bien-être animal pour «faire progresser la réflexion et l'action dans ce domaine».






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