La Californie s'attaque aux téléviseurs énergivores
Photo : Agence France-Presse
Les téléviseurs à écran plat sont beaucoup plus énergivores que les anciens à écran cathodique.
Depuis le dernier déballage de cadeaux de Noël, des milliers de téléspectateurs regardent désormais nouvelles, films et séries télévisées sur des écrans géants de 37, 42 voire 50 pouces, très plats certes, mais férocement énergivores pour la plupart.
La Californie, dont les premières normes sur la consommation des appareils électriques, comme les réfrigérateurs et les climatiseurs, sont devenues des standards internationaux, a débattu juste avant Noël d'un projet de normes en deux paliers, le premier devant entrer en vigueur début 2011 et le deuxième, deux ans plus tard.
L'enjeu est critique aussi pour les États-Unis où une réduction de 25 % de la consommation d'électricité des téléviseurs épargnerait 10 milliards de kilowatts par année. Les consommateurs états-uniens changent présentement leurs appareils à écrans cathodiques pour des écrans plats à cristaux liquides (LCD) ou au plasma non seulement plus énergivores à surface équivalente, mais en général pour des écrans de plus en plus larges. Le nombre de téléviseurs atteint en Californie 2,4 appareils par maison qui, dans certains cas, fonctionnent presque toute la journée.
Dans cet État, les téléviseurs accaparent actuellement 10 % de la facture mensuelle d'électricité au point qu'ils seraient sur le point de déclasser bientôt le climatiseur. Les soirs de grande écoute, la demande en électricité des téléviseurs peut atteindre 40 % de la production d'une centrale nucléaire de 2000 MW comme celle de San Onofre.
Pacific Gas and Electric (PGE), le principal producteur d'électricité de la région, précisait aux audiences de décembre que le réseau comptait une marge excédentaire de 3 % que la vogue des écrans plats risquait de faire disparaître. Selon PGE, la hausse de cette consommation — imprévue il y a dix ans — risque de faire disparaître une partie importante des économies d'énergie réalisées à grands frais depuis une décennie.
La riposte des fabricants, comme l'a souligné aux audiences un des membres de la commission, ressemble beaucoup à celle de GM ou de Chrysler quand l'Amérique leur demandait de passer à autre chose avant qu'il ne soit trop tard. Ils ont évoqué les impacts d'un tel changement sur les ventes des modèles les plus populaires, sur les emplois et sur le danger de pousser les Californiens à acheter les appareils énergivores sur Internet si l'on interdit leur vente dans les magasins.
Mais les chiffres semblent plutôt justifier la nécessité d'un coup de barre.
En effet, les ventes d'écrans plats de 46 pouces ont augmenté de 272 % en 2008 alors que celles des 40-42 pouces augmentaient de 128 % et que celles des écrans de 37 pouces bondissaient de 30 %.
Les producteurs d'électricité comme PGE et un groupe environnemental comme le Natural Resources Defense Council (NRDC) ont riposté avec des chiffres étonnants: dans son mémoire du 15 décembre, le NRDC précise que 344 téléviseurs à écran plat atteignent déjà le premier palier normatif (2011) et que 101 modèles dépassent même présentement celui de 2013. Difficile de dire dans ce contexte que les manufacturiers se butent à un mur technologique infranchissable! Un téléviseur comme le Philips Eco Tv dépasse déjà de 56 % la norme Energy Star et de 50 % celle de 2013. Pionner et Panasonic ont fait une alliance pour développer une technologie qui réduira dès l'an prochain, ont-ils dit, la consommation de leurs écrans plats des deux tiers tout en améliorant le contraste et l'épaisseur des écrans.
Par contre, la performance «moyenne» des nouveaux téléviseurs à écran plat laisse à désirer. Selon les données de la California Energy Commission (CEC), à surface égale, un écran LCD exige en moyenne 43 % de plus d'énergie qu'un téléviseur à écran cathodique. Avec un écran plasma, il s'agit d'une augmentation de 300 %.
De nouvelles normes
Plusieurs se déculpabilisent d'acheter de gros téléviseurs parce qu'ils ont opté pour un appareil certifié Energy Star. Mais ce label de l'Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis ne s'applique qu'à la dépense d'énergie passive, c'est-à-dire quand l'appareil est éteint! Pour obtenir ce label, un appareil ne doit pas consommer plus d'un watt à l'heure en mode veille. Aucune norme, Energy Star ou autre, ne permet de mesurer l'efficacité énergétique des téléviseurs en mode fonctionnement, ce que la CEC et son projet de normes en deux paliers et aussi l'International Electronic Commission (IEC) entendent mettre au point en 2009.
Les Européens, dont les téléviseurs consomment en moyenne 22 % de moins que ceux des Nord-américains, font pression pour l'adoption d'une norme internationale par l'entremise de l'IEC. En Europe, certains sont partisans non pas d'une norme qui abaisserait l'utilisation d'électricité au centimètre carré dans les écrans plats, mais qui fixerait un plafond absolu à la consommation de ces appareils. Aux États-Unis, consumérisme oblige, même les environnementalistes du NRDC plaident uniquement pour une norme d'efficacité relative, ce qui permettrait aux manufacturiers d'envisager de produire pour 2015 des appareils de 60 pouces, voire de 72 pouces. Une norme relative, tout comme les normes en intensité en matière de gaz à effet de serre, pourrait faire en sorte que le parc global des téléviseurs pourrait accuser une hausse consommation tout en respectant la norme.
Et au Québec?
Le récent Plan d'ensemble en efficacité énergétique de notre agence nationale, déposé la semaine dernière, est totalement muet sur la consommation des téléviseurs. Dans ce domaine comme dans celui des électroménagers, le Québec et le Canada suivent les vents venant du sud.
Du côté d'Hydro-Québec, on ne semble pas trop alarmé par la tendance des consommateurs québécois à acheter des téléviseurs non seulement plus énergivores, à surface égale, mais aussi de plus en plus larges. Aucun chiffre précis sur cette tendance au Québec. Mais selon Statistique Canada, les achats «moyens» de téléviseurs et d'appareils électroniques périphériques au pays sont passés entre 1997 et 2007 de 137 $ à 315 $ par personne, ce qui donne une idée de cette vogue chez nous.
Pour la porte-parole d'Hydro-Québec Distribution, Hélène Laurin, les téléviseurs et leurs périphériques ne représentent qu'entre 3 et 4 % de la facture d'électricité au Québec et non pas 10 % comme en Californie parce que l'importance du chauffage des maisons (54 %) et de l'eau chaude (20 %) modifie radicalement le portrait ici. C'est pourquoi, ajoute Mme Laurin, Hydro a surtout ciblé les gains d'efficacité énergétique de ce côté, ce qui n'empêchera pas Hydro de regarder de près le dossier des téléviseurs. Mais, ajoute-t-elle, toute cette électricité consommée par les téléviseurs énergivores concourt en réalité au chauffage des maisons! Du moins en hiver. Peut-être, dans cette logique, faudra-t-il en venir à les équiper de thermostats...
La Californie, dont les premières normes sur la consommation des appareils électriques, comme les réfrigérateurs et les climatiseurs, sont devenues des standards internationaux, a débattu juste avant Noël d'un projet de normes en deux paliers, le premier devant entrer en vigueur début 2011 et le deuxième, deux ans plus tard.
L'enjeu est critique aussi pour les États-Unis où une réduction de 25 % de la consommation d'électricité des téléviseurs épargnerait 10 milliards de kilowatts par année. Les consommateurs états-uniens changent présentement leurs appareils à écrans cathodiques pour des écrans plats à cristaux liquides (LCD) ou au plasma non seulement plus énergivores à surface équivalente, mais en général pour des écrans de plus en plus larges. Le nombre de téléviseurs atteint en Californie 2,4 appareils par maison qui, dans certains cas, fonctionnent presque toute la journée.
Dans cet État, les téléviseurs accaparent actuellement 10 % de la facture mensuelle d'électricité au point qu'ils seraient sur le point de déclasser bientôt le climatiseur. Les soirs de grande écoute, la demande en électricité des téléviseurs peut atteindre 40 % de la production d'une centrale nucléaire de 2000 MW comme celle de San Onofre.
Pacific Gas and Electric (PGE), le principal producteur d'électricité de la région, précisait aux audiences de décembre que le réseau comptait une marge excédentaire de 3 % que la vogue des écrans plats risquait de faire disparaître. Selon PGE, la hausse de cette consommation — imprévue il y a dix ans — risque de faire disparaître une partie importante des économies d'énergie réalisées à grands frais depuis une décennie.
La riposte des fabricants, comme l'a souligné aux audiences un des membres de la commission, ressemble beaucoup à celle de GM ou de Chrysler quand l'Amérique leur demandait de passer à autre chose avant qu'il ne soit trop tard. Ils ont évoqué les impacts d'un tel changement sur les ventes des modèles les plus populaires, sur les emplois et sur le danger de pousser les Californiens à acheter les appareils énergivores sur Internet si l'on interdit leur vente dans les magasins.
Mais les chiffres semblent plutôt justifier la nécessité d'un coup de barre.
En effet, les ventes d'écrans plats de 46 pouces ont augmenté de 272 % en 2008 alors que celles des 40-42 pouces augmentaient de 128 % et que celles des écrans de 37 pouces bondissaient de 30 %.
Les producteurs d'électricité comme PGE et un groupe environnemental comme le Natural Resources Defense Council (NRDC) ont riposté avec des chiffres étonnants: dans son mémoire du 15 décembre, le NRDC précise que 344 téléviseurs à écran plat atteignent déjà le premier palier normatif (2011) et que 101 modèles dépassent même présentement celui de 2013. Difficile de dire dans ce contexte que les manufacturiers se butent à un mur technologique infranchissable! Un téléviseur comme le Philips Eco Tv dépasse déjà de 56 % la norme Energy Star et de 50 % celle de 2013. Pionner et Panasonic ont fait une alliance pour développer une technologie qui réduira dès l'an prochain, ont-ils dit, la consommation de leurs écrans plats des deux tiers tout en améliorant le contraste et l'épaisseur des écrans.
Par contre, la performance «moyenne» des nouveaux téléviseurs à écran plat laisse à désirer. Selon les données de la California Energy Commission (CEC), à surface égale, un écran LCD exige en moyenne 43 % de plus d'énergie qu'un téléviseur à écran cathodique. Avec un écran plasma, il s'agit d'une augmentation de 300 %.
De nouvelles normes
Plusieurs se déculpabilisent d'acheter de gros téléviseurs parce qu'ils ont opté pour un appareil certifié Energy Star. Mais ce label de l'Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis ne s'applique qu'à la dépense d'énergie passive, c'est-à-dire quand l'appareil est éteint! Pour obtenir ce label, un appareil ne doit pas consommer plus d'un watt à l'heure en mode veille. Aucune norme, Energy Star ou autre, ne permet de mesurer l'efficacité énergétique des téléviseurs en mode fonctionnement, ce que la CEC et son projet de normes en deux paliers et aussi l'International Electronic Commission (IEC) entendent mettre au point en 2009.
Les Européens, dont les téléviseurs consomment en moyenne 22 % de moins que ceux des Nord-américains, font pression pour l'adoption d'une norme internationale par l'entremise de l'IEC. En Europe, certains sont partisans non pas d'une norme qui abaisserait l'utilisation d'électricité au centimètre carré dans les écrans plats, mais qui fixerait un plafond absolu à la consommation de ces appareils. Aux États-Unis, consumérisme oblige, même les environnementalistes du NRDC plaident uniquement pour une norme d'efficacité relative, ce qui permettrait aux manufacturiers d'envisager de produire pour 2015 des appareils de 60 pouces, voire de 72 pouces. Une norme relative, tout comme les normes en intensité en matière de gaz à effet de serre, pourrait faire en sorte que le parc global des téléviseurs pourrait accuser une hausse consommation tout en respectant la norme.
Et au Québec?
Le récent Plan d'ensemble en efficacité énergétique de notre agence nationale, déposé la semaine dernière, est totalement muet sur la consommation des téléviseurs. Dans ce domaine comme dans celui des électroménagers, le Québec et le Canada suivent les vents venant du sud.
Du côté d'Hydro-Québec, on ne semble pas trop alarmé par la tendance des consommateurs québécois à acheter des téléviseurs non seulement plus énergivores, à surface égale, mais aussi de plus en plus larges. Aucun chiffre précis sur cette tendance au Québec. Mais selon Statistique Canada, les achats «moyens» de téléviseurs et d'appareils électroniques périphériques au pays sont passés entre 1997 et 2007 de 137 $ à 315 $ par personne, ce qui donne une idée de cette vogue chez nous.
Pour la porte-parole d'Hydro-Québec Distribution, Hélène Laurin, les téléviseurs et leurs périphériques ne représentent qu'entre 3 et 4 % de la facture d'électricité au Québec et non pas 10 % comme en Californie parce que l'importance du chauffage des maisons (54 %) et de l'eau chaude (20 %) modifie radicalement le portrait ici. C'est pourquoi, ajoute Mme Laurin, Hydro a surtout ciblé les gains d'efficacité énergétique de ce côté, ce qui n'empêchera pas Hydro de regarder de près le dossier des téléviseurs. Mais, ajoute-t-elle, toute cette électricité consommée par les téléviseurs énergivores concourt en réalité au chauffage des maisons! Du moins en hiver. Peut-être, dans cette logique, faudra-t-il en venir à les équiper de thermostats...
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