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La Romaine: un débat en direct était possible

Louis-Gilles Francoeur   3 novembre 2008  Environnement
Trois spécialistes estiment que la décision du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) de ne pas ouvrir à toute la province l'audience en cours à Havre-Saint-Pierre sur le projet d'implanter un complexe hydro-électrique de 1500 MW sur la rivière Romaine ne se justifie pas ni d'un point de vue technique ni d'un point de vue économique et qu'en dernier ressort, cette décision relève d'une «volonté politique» d'élargir ou non l'aire démocratique.

Pour André Delisle, ancien vice-président du BAPE, le refus du président de la commission d'évaluation environnementale, Michel Germain, de tenir une audience sur ce projet dans le sud du Québec ou de l'ouvrir à tout le monde en utilisant les moyens que permet la technologie d'aujourd'hui est «surprenante, pour ne pas dire désolante».

En 1993, André Bélisle présidait l'évaluation environnementale du projet Sainte-Marguerite 3 (SM-3) avec à ses côtés le commissaire Michel Germain, qui préside aujourd'hui l'évaluation du projet de la Romaine.

Il raconte comment il a utilisé la télévision communautaire du Québec de sorte que toute la province a pu suivre en direct les audiences sur SM-3. De plus, cette audience a été retransmise par les stations FM des communautés autochtones parce qu'elle était diffusée en trois langues, français, anglais et montagnais. C'était il y a 15 ans. Ces moyens avaient été retenus parce qu'Internet n'existait pas alors.

En 2006, André Delisle, aujourd'hui conseiller en communications environnementales et en participation publique, a organisé la diffusion interactive sur Internet de l'audience fédérale-provinciale sur un autre projet hydroélectrique nordique, celui de la Rupert.

«Décider de diffuser une audience et le faire de façon interactive, dit-il, c'est une décision discrétionnaire que pose une commission qui a le pouvoir de déterminer l'ampleur et de la profondeur de l'accès et du niveau d'interaction d'une audience publique. La technologie n'est plus un obstacle et, selon moi, les budgets non plus. Organiser une diffusion interactive implique un coût marginal par rapport au budget global d'une audience. Les gens peuvent poser leurs questions par courriel ou par téléphone. Plusieurs petites firmes spécialisées offrent ces services de diffusion. La technologie est là qui permet d'élargir l'aire démocratique et le choix d'y recourir ou pas est un choix politique des commissaires.»

Déjà en 1983

Pour Luc Ouimet, ancien commissaire du BAPE et ancien président du défunt Office de consultation de Montréal, décider de ne pas diffuser une audience du début à la fin, c'est pour lui aussi une «décision politique» et une sorte de pré-jugement sur la portée d'un dossier.

La Loi sur la qualité de l'environnement, dit-il, accorde à tous les Québécois le droit d'obtenir une audience, quel que soit l'endroit où se situe un projet. Par ailleurs, ajoute-t-il, comment peut-on soutenir qu'une audience comme celle de la Romaine n'intéresse que la Côte-Nord quand le promoteur — Hydro-Québec — a son siège social à Montréal.

Une commission d'évaluation ainsi que le BAPE, comme institution, ajoute Luc Ouimet, sont là pour «donner plus de pouvoir aux citoyens», ce qui implique de desservir ceux qui s'intéressent aux enjeux d'un dossier.

Luc Ouimet, qui préside aujourd'hui le Centre de consultation et de concertation (CCC), estime que «si tu veux donner du vrai pouvoir aux citoyens, tu ne le fais pas en envoyant le verbatim d'une audience une semaine après l'audience. Les gens doivent assister en direct à une audience si on veut qu'il en résulte un apprentissage collectif» où chacun apprend des autres et peut ainsi prolonger le débat plus loin.

Déjà en 1983, quand il présidait les audiences sur les projets d'épandages gouvernementaux d'insecticide chimique contre la tordeuse de bourgeons d'épinettes, Luc Ouimet avait mobilisé la télévision universitaire des constituantes de l'UQAM de sorte que des citoyens de Montréal pouvaient intervenir dans l'audience qui se déroulait à Rimouski et être entendus à Chicoutimi, Trois-Rivières, etc.

Il ne comprend pas que la commission sur le dossier de la Romaine ait pu interdire à une équipe documentaire de filmer les audiences et même de filmer uniquement les questions que les auteurs du documentaire «Cherchez le courant» voulaient poser. «Une audience, explique Luc Ouimet, est un acte public et un enjeu fondamental de participation» que l'on ne peut confiner dans une salle sans mettre en cause cet enjeu lui-même.

La technologie est disponible

Dans sa réponse au porte-parole du mouvement Au Courant, qui réclamait une audience à Montréal, la coordonnatrice du secrétariat de la commission du BAPE, Monique Gélinas, expliquait que le BAPE s'en tiendra à une diffusion audio, «la technologie ne permettant pas encore de diffuser en mode audio-vidéo avec une qualité et une stabilité suffisante».

Pour vérifier cette affirmation, Michel Dumais, journaliste spécialisé en nouvelles technologies qui anime la chronique Citoyens numériques sur les ondes de CIBL, a lancé à la demande du Devoir l'équivalent d'un appel d'offres cette semaine pour déterminer le prix d'un équipement audio-vidéo et ses modalités d'utilisation.

D'abord, dit-il, il faut compter sur une transmission haute vitesse pour acheminer un signal audio-vidéo stable et de qualité. Mais, dit-il, le gouvernement québécois a financé l'installation de la haute vitesse dans toutes les écoles et toutes les bibliothèques du Québec depuis quelques années. Si une commission du BAPE siège dans la grande salle d'une école, la connexion est facile et immédiate. Le signal peut dès lors être envoyé directement au serveur de l'Assemblée nationale qui peut ainsi le diffuser simultanément à des milliers de personnes.

Son «appel d'offres» comprenait une vingtaine de micros destinés aux commissaires, aux représentants du promoteur, aux experts et au public, un mélangeur autonome de son et d'images susceptible d'être contrôlé par le président de l'audience, quatre caméras pour chaque table d'intervenants et un ordinateur de gestion. Le BAPE, dit-il, pourrait s'équiper ainsi de façon permanente pour un montant allant de 50 000 à 60 000 $, ce qui est modeste par rapport au budget de cet organisme qui atteint cette année 5,3 millions. Une audience coûte à elle seule environ 225 000 $.

Michel Dumais ajoute qu'il existe aujourd'hui des outils encore plus sophistiqués, qui sont l'équivalent d'une vidéo-conférence comme en permet le réseau télé-universitaire de l'UQAM. Cette solution basée sur Internet serait d'autant plus intéressante que le réseau télé-universitaire serait présentement débordé. Ces outils numériques interactifs, explique-t-il, ont été développés par la Société des arts technologiques du Québec.

Ce système qui fonctionne avec Internet permet à une personne de parler directement à une autre qu'elle voit sur l'écran et qui peut être n'importe où sur la planète. Une petite caméra dissimulée derrière l'écran filme l'interlocuteur par un petit trou de sorte que les deux personnes ont l'impression de discuter face à face avec une simultanéité étonnante. À côté d'un tel système de «téléprésence», les questions par courriel ont déjà des airs archaïques, dit-il.

«Tout cela est très simple sur le plan technique, et abordable, conclut Michel Dumais. Le problème, s'il y en a un, il ne peut être que politique. La seule question, c'est: est-ce qu'on veut le faire pour élargir le débat public?»






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  • jpthoma1
    Abonné
    lundi 3 novembre 2008 06h50
    Un processus anti-démocratique pour tous!
    « Lors des consultations du BAPE à propos de la création d'aires protégées ou de parcs dans les régions nordiques, il n'y a aucune consultation des "citoyens" du sud.

    Par exemple, pour le parc Albanel-Témiscamie-Otish, les consultations ont eu lieu à Chibougamau et Mistissini. Dans le cas des parcs au Nunavik, les consultations ont eu lieu dans les villages inuits seulement.

    Ceux qui s'opposaient à la création de ces parcs devaient débourser des frais de séjour et de déplacement importants pour assister à ces consultations et présenter leurs mémoires.

    Pourquoi le Devoir ne s'est pas opposé à ce moment à ce processus supposément "anti-démocratique"? »

  • Marc Lapointe
    Abonné
    lundi 3 novembre 2008 10h00
    Quand l'offensive fait dire des âneries
    « La coordonnatrice du secrétariat de la commission du BAPE, Monique Gélinas, vient ici de rater une occcasion en or de se taire. Elle expliquait que le BAPE s'en tiendrait à une diffusion audio en affirmant que «la technologie ne permettant pas encore de diffuser en mode audio-vidéo avec une qualité et une stabilité suffisante». Ben voyons donc. La technologie existe depuis au moins 15 ans. Èst-ce ce que le BAPE aurait des craintes à ce que les audiences aient lieu par un plus large public et surtout par ceux qui peuvent poser les vrais questions? La dictature, c'est "ferme ta gueule» et la démocratie c'est «cause toujours" (Coluche) »

  • Jacques Léger
    Inscrit
    lundi 3 novembre 2008 10h12
    Démocratie à rabais
    « Le gouvernement du Québec et les responsables des audiences publiques sur l'avenir de La Romaine semblent nous dire: "PERMETTEZ-NOUS CE SEMBLANT DE CONSULTATION...NOTRE DÉCISION ET NOS CONCLUSIONS SONT DÉJÀ IMPRIMÉES". Une compensation financière pour ceux qui se déplaceront pour participer aux "consultations" du BAPE relève de la blague et du faux-fuyant. Que Line Beauchamp se lève pour une fois et donne un début de preuve qu'elle est ministre de l'environnement. Il y a des élections à l'horizon, sorte de consultation populaire...À nous tous d'y voir en temps et lieux et sans nous déplacer trop loin.

    JACQUES LÉGER, MONTRÉAL (Petite-Patrie). »

  • andré michaud
    Inscrit
    lundi 3 novembre 2008 11h19
    Les antis doivent d'abord convaincre leurs concitoyens
    « Les antis doivent d'abord convaincre leurs concitoyens de BAISSER leur demande énergétique... sans cette prémice essentielle pas question d'arrêter le développement de l'hydroélectricité sans courrir au désastre!

    Avec le rejet du Plan Vert de M.Dion, les citoyens ont CLAIREMENT démontrés qu'ils tiennent PLUS à un prix de l'essence le plus bas possible qu'à la qualité de l'environnement...c'est la TRISTE RÉALITÉ! Les jeunes pas plus que les plus vieux sont prêts à moins concommer... »

  • Michel Thibault
    Abonné
    lundi 3 novembre 2008 11h47
    Processus visant à tout contrôler
    « Plus d'excuses pour passer par-dessus le citoyen. À moins de vouloir intentionnellement le dominer. Et l'on a vu ce que ça donné avec l'ancien ministre du MRNF qui a mordu la poussière dans son comté.

    Il n'y a plus d'excuses pour notre capacité à ouvrir le débat et le rendre accessible à tous. Personnellement, même handicapé, je rejoins quelqu'un à l'autre bout du monde la journée même.

    Les excuses et les prétextes ne peuvent être que des décisions politiques.

    Quant aux aires protégées touchant le grand nord, elles ne sont pas immuables. »

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    lundi 3 novembre 2008 13h45
    @M.Michaud
    « C'est qu'il y a des alternatives au harnachement de LaRomaine avec un moindre impact environnemental... Mais comment en convaincre les citoyens avec la stategie du BAPE de ne pas en debattre OUVERTEMENT? »

  • Réjean Hubert
    Inscrit
    lundi 3 novembre 2008 13h46
    « Un débat était possible ». Mais qui parle de débat?
    « Allez, on se réveille : le BAPE est mandaté pour tenir une audience sur l'étude d'impact d'Hydro-Québec et pour questionner le promoteur. Pas pour organiser un débat sur la pertinence de développer les ressource hydrauliques du Québec. Ce débat là a déjà eu lieu lors de la commission sur la sécurité et l'avenir énergétiques du Québec, en 2005. Que son issue déplaise à certains ne doit pas faire oublier que le Québec souhaite développer son potentiel énergétique de façon durable et que l'hydroélectricité est le pilier de ce développement.

    Ce dont on parle ici, ce n'est pas d'un débat, mais de permettre aux groupes d'opposants au développement hydroélectrique de participer sans avoir à se déplacer en Minganie. On parle de donner la possibilité à des gens qui n'ont aucune idée de la réalité des habitants qui occupent ce territoire de se prononcer sur les impacts avec lesquels ils auront à composer.

    Certains osent parler de démocratie à rabais. La démocratie implique pourtant une responsabilisation. C'est un privilège qui commande un certain niveau d'effort, dont celui de comprendre le processus en cours. Tous les Québécois peuvent participer à l'examen en posant des questions et en produisant un mémoire. Ils peuvent également le présenter devant le BAPE. Des programmes de subvention existent justement pour aider les groupes d'opposants à se déplacer pour participer aux audiences. Un autre vient d'être annoncé par la ministre Beauchamp qui va même jusqu'à financer la préparation de mémoires, comme si un mémoire coûtait plus cher à faire parce que le projet est situé sur la Côte-Nord. Et ceux qui ne veulent pas aller au Havre parce c'est trop loin, il y a le web.

    Pas assez démocratique? Ceux qui s'en plaindront sont probablement les mêmes qui vont se plaindre qu'on aura « encore » des élections et qu'il faudra prendre « encore » du temps pour étudier les propositions et aller choisir nos représentants à l'Assemblée nationale. « Comprendre le processus... Connaître la réalité du milieu d'accueil... Se déplacer... Ouf, c'est fatiguant, la démocratie! »

  • Michelle Bergeron
    Abonné
    lundi 3 novembre 2008 15h01
    Pourquoi le BAPE?
    « SI l'on s'éloigne volontairement du processus démocratique éliminons le BAPE ou les libéraux. Agissement intolérable qui ne convient à personne autant des gens de Montréal qu'en région. »

  • Réception Production du Rapide Blanc
    Abonné
    lundi 3 novembre 2008 15h36
    Le baillon du débat et de l'information...
    « La démocratie en a pris pour son rhume avec cette décision de ne pas rendre le débat accessible au Québec. La démocratie est d'autant plus mise à mal avec l'interdiction de filmer imposée aux cinéastes ayant le souci d'alerter le grand public sur ce qui nous concerne tous, contrairement à nos dirigeants préférant faire taire l'opposition sur le saccage environnemental qu'ils s'apprêtent à faire à l'insu de tout le peuple québécois. La Ministre de l'environnement et le BAPE ont failli lamentablement à leur devoir!

    Ève Lamont »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 3 novembre 2008 15h49
    @ M. André Michaud
    « M. Michaud écrit : «Avec le rejet du Plan Vert de M.Dion, les citoyens ont CLAIREMENT démontrés qu'ils tiennent PLUS à un prix de l'essence le plus bas possible qu'à la qualité de l'environnement»

    Non, M. Michaud, l'ouest a voté pour les Conservateurs afin de conserver le pouvoir et les jobs du pétrole et le Québec a voté contre Dion parce qu'ils ne peuvent pas le sentir, C'est biologique. L'Ontario a voté pour l'industrie automobile qui a besoin de l'essence conservatrice, pas trop chère, pour les faire vendre et rouler. Les Maritimes votent pour la péréquation, la meilleure des 2 partis comme à Terre-Neuve qui veulent l'argent du pétrole plus l'argent de la péréquation comme s'ils n'avaient pas de pétrole. »

  • Roch Langlois
    Abonné
    mardi 4 novembre 2008 22h24
    Allo, les écolos fanatiques.
    « Pour les années qui viennent les projets hydroélectriques sont la meilleure solution au besoin d'énergie, pour nous et les voisins. Le projet de la Romaine arrêtera la contruction de plusieurs centrales polluantes (charbon, mazout, gaz) chez nos voisins, (Ontario, et USA.)Arrêtez de voir seulement votre nombril, élargissez vos horizons, le borgne est roi au pays des aveugles écolos. En surplus, un bonus, la vente avec profits de nos surplus d'énergie remplira les caisses de notre gouvernement, avec des budgets plus imposants, pour la santé, l'éducation, etc.. Les énergies nouvelles (votre dada) ne sont pas rentables pour l'instant et non efficaces.
    Le bien commun passe avant les lubies des rêveurs en couleur. »

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