Un nouveau Rabaska?
Photo : Agence Reuters
Le retour au fleuve est dans l’air du temps à Québec, mais des groupes de citoyens craignent les impacts d’un vaste projet d’expansion du port.
Québec — Pour souligner le 400e anniversaire de Québec, le gouvernement fédéral et le Port ont aménagé trois grands sites afin de «redonner» un accès au fleuve à la population. Or des groupes de citoyens y voient une ruse pour dissimuler un vaste projet d'expansion du port.
Le retour au fleuve est dans l'air du temps dans la capitale. Après deux siècles axés sur l'industrialisation du littoral, les deux ordres de gouvernement ont décidé de souffler dans une autre direction pour le 400e, misant sur la verdure, les pistes cyclables, les parcours ornithologiques et même l'entreposage de planches à voile.
Québec a investi pas moins de 70 millions de dollars dans sa promenade Samuel-de-Champlain, qui fait déjà le bonheur des cyclistes, entre les ponts et la vieille ville. Du côté du fédéral, plus de 40 millions de dollars ont été injectés dans le projet «À la rencontre des eaux et des hommes» dans la zone portuaire. Au terme d'un long processus, trois sites ont été réaménagés, dont la baie de Beauport qu'on inaugurait cette semaine.
Lundi matin, 10h30. Pendant qu'une poignée de kitesurfers bravent le vent près de la plage, le président du Port, Ross Gaudreault, invite les convives à admirer les installations de 18,3 millions de dollars: un bâtiment, des espaces de rangement pour les planches à voile, un restaurant, des sentiers, etc.
Cela faisait plus de 20 ans que les amateurs de voile avaient conquis ce site inexploité par le Port et voilà que, pour le 400e, ce dernier acceptait de le léguer officiellement à la population. Un geste généreux pour des espaces précieux, de souligner M. Gaudreault. «Nous avons consacré plus de quatre millions de pieds carrés de terrain ici, à la baie de Beauport; c'est un gros cadeau!»
Et d'ajouter que ce projet fait bien la preuve que l'industrie et les activités nautiques et de plein-air peuvent cohabiter. «La baie de Beauport est un grand site récréonautique [...] mais c'est aussi un centre névralgique d'opérations pour le Port de Québec. [...] Il est important pour le Port de maintenir et d'encourager cette vocation portuaire, car le port rapporte!»
Dans la salle, Dany Martel, une adepte de la voile, accueille les nouveaux aménagements avec enthousiasme. Les travaux sont complétés et elle va enfin pouvoir regagner la belle plage d'un kilomètre, un site unique dans la région, où on peut même se baigner de façon sécuritaire la plupart du temps.
«On nous a écoutés pour les installations. La structure pour recevoir les bateaux est énorme. On a des douches, des toilettes, ce qu'on n'avait pas avant. On est vraiment très satisfaits», explique cette représentante des usagers de la plage. Mais en même temps, Mme Martel est convaincue que le p.-d.g. essaie ainsi d'acheter la paix...
C'est qu'on souhaite que le port prenne de l'expansion juste à côté, dans la zone de vrac.
Ce projet d'au moins 250 millions, dit-on, vise à accroître la capacité de manutention du port, qui connaît une croissance soutenue depuis quelques années. Une tendance qui risque de plafonner sans nouvelles infrastructures, plaide son président.
Dany Martel est perplexe. «On est très ouverts à l'expansion économique, c'est certain, mais on se demande juste si c'est viable, un parc à côté d'un quai de 610 mètres dans le fleuve. C'est inquiétant. J'aimerais qu'il y ait des études.»
Interrogé à ce propos, le p.-d.g. se montre rassurant. «Ça ne peut pas nuire parce qu'on fait juste une expansion de deux quais. Vous ne le verrez même pas d'ici et on va doubler la grandeur de la plage», lance-t-il avant d'ajouter que les gens seront consultés mais qu'il attend avant de présenter son projet «correctement».
L'Association des kitesurfers et véliplanchistes (AKVQ) est déjà mobilisée contre le projet. Sur son site Web, un montage photo illustre la baie de Beauport «avant» et ce qu'elle serait «après» le développement. Son président-fondateur, Yvon Lefebvre, est un ex-champion de planche à voile. Il suit le projet de près depuis des mois et, pour lui, il n'y a pas de doute: c'est tout simplement «désastreux». «Ça obstrue complètement le panorama fluvial, ça diminue de près de la moitié la longueur de la plage, ça réduit de façon importante l'espace navigable.» On craint que les vents soient bloqués, que l'ensablement et l'envasement de la baie ne s'accélèrent.
Comme d'autres, M. Lefebvre se méfie de Ross Gaudreault lorsqu'il parle de consultation publique et craint un processus fantoche. Il souhaite que le fédéral ordonne une commission d'examen, dont l'influence serait au moins équivalente à celle des audiences du BAPE.
Pour l'instant, la baie de Beauport demeure un secret bien gardé à Québec. Sauf pour les sportifs qui y ont leurs habitudes, la plage était jusqu'à tout récemment méconnue et d'accès difficile. Or, lundi, le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn l'a décrite comme l'un des plus beaux sites du genre en Amérique du Nord. Un brin cynique, Dany Martel espère que les investissements du fédéral attireront beaucoup, beaucoup de promeneurs. «Je souhaite qu'il y ait du monde, qu'il y en ait tellement que ça devienne vraiment compliqué de faire son truc.»
Le retour au fleuve est dans l'air du temps dans la capitale. Après deux siècles axés sur l'industrialisation du littoral, les deux ordres de gouvernement ont décidé de souffler dans une autre direction pour le 400e, misant sur la verdure, les pistes cyclables, les parcours ornithologiques et même l'entreposage de planches à voile.
Québec a investi pas moins de 70 millions de dollars dans sa promenade Samuel-de-Champlain, qui fait déjà le bonheur des cyclistes, entre les ponts et la vieille ville. Du côté du fédéral, plus de 40 millions de dollars ont été injectés dans le projet «À la rencontre des eaux et des hommes» dans la zone portuaire. Au terme d'un long processus, trois sites ont été réaménagés, dont la baie de Beauport qu'on inaugurait cette semaine.
Lundi matin, 10h30. Pendant qu'une poignée de kitesurfers bravent le vent près de la plage, le président du Port, Ross Gaudreault, invite les convives à admirer les installations de 18,3 millions de dollars: un bâtiment, des espaces de rangement pour les planches à voile, un restaurant, des sentiers, etc.
Cela faisait plus de 20 ans que les amateurs de voile avaient conquis ce site inexploité par le Port et voilà que, pour le 400e, ce dernier acceptait de le léguer officiellement à la population. Un geste généreux pour des espaces précieux, de souligner M. Gaudreault. «Nous avons consacré plus de quatre millions de pieds carrés de terrain ici, à la baie de Beauport; c'est un gros cadeau!»
Et d'ajouter que ce projet fait bien la preuve que l'industrie et les activités nautiques et de plein-air peuvent cohabiter. «La baie de Beauport est un grand site récréonautique [...] mais c'est aussi un centre névralgique d'opérations pour le Port de Québec. [...] Il est important pour le Port de maintenir et d'encourager cette vocation portuaire, car le port rapporte!»
Dans la salle, Dany Martel, une adepte de la voile, accueille les nouveaux aménagements avec enthousiasme. Les travaux sont complétés et elle va enfin pouvoir regagner la belle plage d'un kilomètre, un site unique dans la région, où on peut même se baigner de façon sécuritaire la plupart du temps.
«On nous a écoutés pour les installations. La structure pour recevoir les bateaux est énorme. On a des douches, des toilettes, ce qu'on n'avait pas avant. On est vraiment très satisfaits», explique cette représentante des usagers de la plage. Mais en même temps, Mme Martel est convaincue que le p.-d.g. essaie ainsi d'acheter la paix...
C'est qu'on souhaite que le port prenne de l'expansion juste à côté, dans la zone de vrac.
Ce projet d'au moins 250 millions, dit-on, vise à accroître la capacité de manutention du port, qui connaît une croissance soutenue depuis quelques années. Une tendance qui risque de plafonner sans nouvelles infrastructures, plaide son président.
Dany Martel est perplexe. «On est très ouverts à l'expansion économique, c'est certain, mais on se demande juste si c'est viable, un parc à côté d'un quai de 610 mètres dans le fleuve. C'est inquiétant. J'aimerais qu'il y ait des études.»
Interrogé à ce propos, le p.-d.g. se montre rassurant. «Ça ne peut pas nuire parce qu'on fait juste une expansion de deux quais. Vous ne le verrez même pas d'ici et on va doubler la grandeur de la plage», lance-t-il avant d'ajouter que les gens seront consultés mais qu'il attend avant de présenter son projet «correctement».
L'Association des kitesurfers et véliplanchistes (AKVQ) est déjà mobilisée contre le projet. Sur son site Web, un montage photo illustre la baie de Beauport «avant» et ce qu'elle serait «après» le développement. Son président-fondateur, Yvon Lefebvre, est un ex-champion de planche à voile. Il suit le projet de près depuis des mois et, pour lui, il n'y a pas de doute: c'est tout simplement «désastreux». «Ça obstrue complètement le panorama fluvial, ça diminue de près de la moitié la longueur de la plage, ça réduit de façon importante l'espace navigable.» On craint que les vents soient bloqués, que l'ensablement et l'envasement de la baie ne s'accélèrent.
Comme d'autres, M. Lefebvre se méfie de Ross Gaudreault lorsqu'il parle de consultation publique et craint un processus fantoche. Il souhaite que le fédéral ordonne une commission d'examen, dont l'influence serait au moins équivalente à celle des audiences du BAPE.
Pour l'instant, la baie de Beauport demeure un secret bien gardé à Québec. Sauf pour les sportifs qui y ont leurs habitudes, la plage était jusqu'à tout récemment méconnue et d'accès difficile. Or, lundi, le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn l'a décrite comme l'un des plus beaux sites du genre en Amérique du Nord. Un brin cynique, Dany Martel espère que les investissements du fédéral attireront beaucoup, beaucoup de promeneurs. «Je souhaite qu'il y ait du monde, qu'il y en ait tellement que ça devienne vraiment compliqué de faire son truc.»
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