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Inspection des véhicules - Le milieu automobile réduit ses demandes

Louis-Gilles Francoeur   26 février 2008  Environnement
Après avoir proposé en vain un programme d'inspection obligatoire et universel, le milieu québécois de l'automobile recommande maintenant à Québec de limiter l'inspection obligatoire des véhicules à ceux qui ont plus de huit ans et uniquement lorsque leur propriétaire voudra les vendre.

Selon cette proposition, élaborée par l'industrie automobile l'été dernier et divulguée cette semaine, aucun propriétaire d'automobile ou de camion léger ne pourrait vendre son véhicule sans détenir préalablement un «certificat de vérification mécanique». L'inspection serait réalisée par le réseau des mandataires de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ), lesquels sont reliés par informatique à la société d'État et accomplissent déjà différents types d'inspection. Plusieurs garages de CAA-Québec sont aussi membres de ce réseau. En Ontario, où les concessionnaires peuvent délivrer ce certificat de vérification, ils sont accusés d'être en conflit d'intérêts et de pousser à la vente de pièces coûteuses une fois que les véhicules ne sont plus sous garantie.

Au Québec, il en coûterait 100 $ à la personne qui vend un véhicule de plus de huit ans pour le faire inspecter par un mandataire de la SAAQ. Cette inspection établirait le taux de rejet de CO2 du véhicule ainsi que le fonctionnement de son système antipollution, lequel est censé réduire les émissions de monoxyde de carbone, d'anhydride sulfureux et d'hydrocarbures. De plus, le mandataire gouvernemental réaliserait une «inspection visuelle» des éléments de sécurité, comme les freins et la suspension.

En cas de non-conformité et de refus de certification, le propriétaire pourrait garder son véhicule et continuer de polluer en toute quiétude pendant des années. S'il choisit de le faire réparer, il doit rendre son véhicule conforme à ses normes de conception, ou presque, un certain handicap étant ici concédé pour tenir compte d'une usure normale.

Selon la Table de concertation, il se vend chaque année plus de 500 000 véhicules de plus de huit ans sur les 4,7 millions qui constituent le parc québécois. L'âge moyen de la flotte automobile québécoise est de 8,1 ans, et la durabilité moyenne est de 300 000 km. En 2005, plus de 37 % des véhicules avaient plus de huit ans.

Un Québec en retard

Aux États-Unis, 33 États ainsi que le district de Columbia appliquent 52 programmes différents d'inspection. Les véhicules les plus âgés, qui représentent là-bas environ 20 % du parc roulant, émettent 50 % des polluants en raison du manque d'entretien, de la vétusté d'équipements comme le convertisseur catalytique ou de l'usure des moteurs qui crachent des hydrocarbures au-delà de toutes les normes.

Au Québec, les inspections volontaires organisées par l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) depuis 15 ans, ont établi que plus de 20 % des véhicules dérogeaient aux normes. Selon son président, André Bélisle, «les gens qui venaient à ces inspections volontairement sont en général des gens qui font attention à leur véhicule et les entretiennent: imaginez ce que donnerait un programme obligatoire pour tous les véhicules».

André Bélisle estime, en se basant sur son expérience des «cliniques d'inspection», qu'environ 10 % des véhicules de trois ans ne respectent pas les normes, que ce pourcentage grimpe autour de 20 % pour les véhicules de 3 à 5 ans, et à plus de 50 % pour les véhicules de 5 à 14 ans. Les voitures japonaises sont les plus stables en matière de performance environnementale, suivies par les européennes de bonne qualité et, en queue du peloton, on retrouve Ford, GM et puis Chrysler.

C'est l'ancien ministre de l'Environnement, André Boisclair, qui avait mis la hache dans le programme d'inspection obligatoire préparé par son prédécesseur Paul Bégin. Le New Jersey a acheté par la suite à bon prix le plan préparé et payé par le Québec. Son programme, considéré comme un des plus performants des États-Unis, passe en revue 142 fonctions d'un véhicule et il ne coûte présentement que 45 $ aux automobilistes. Il ausculte la sécurité du véhicule avec des équipements inconnus chez les concessionnaires ainsi que le contrôle des émissions polluantes.

Du «manger mou politique»

L'industrie automobile se défend de vouloir retarder l'entrée en vigueur ce cette mesure en misant plutôt sur un programme d'inspection faiblard, qu'un fonctionnaire de l'Environnement qualifiait cyniquement hier de «manger mou politique». La Table de concertation qui a préparé ce programme regroupe notamment les concessionnaires, les constructeurs automobiles, les recycleurs, les marchands de véhicules d'occasion et le CAA-Québec.

Pour le président de l'AQLPA, ce programme se retrouve «en bas du seuil de l'acceptable, car il laisse les propriétaires, qui veulent user leur véhicule à la corde, polluer sans vergogne. Et en refusant d'imposer une inspection aux véhicules de moins de cinq ans, le programme refile la facture d'une partie importante des réparations aux consommateurs qui ne peuvent se prévaloir de la loi, laquelle oblige les constructeurs et les concessionnaires à garantir l'efficacité des systèmes antipollution pour au moins cinq ans. On sait par ailleurs qu'un nombre croissant de véhicules de location, que les locataires entretiennent souvent le moins possible, sont en très mauvais état, une autre raison d'exiger une inspection obligatoire tous les deux ans pour tous les véhicules de plus de trois ans, avec une inspection annuelle obligatoire à partir de sept ou huit ans.»

Du côté de l'industrie, on se défend de vouloir éviter l'application des garanties légales sur les systèmes antipollution par une proposition qui reporte leur inspection après leur échéance.

«Ce qu'on propose, c'est mieux que la situation actuelle où rien ne se fait», plaide Carolle Larose, directrice de l'Association des industries de l'automobile du Canada (AIA).

Approche étapiste

La nouvelle Table de consultation a été mise en place après qu'André Boisclair eut rejeté le système d'inspection obligatoire généralisé, proposé par l'AQLPA et l'industrie à l'époque. Elle s'est appliquée à proposer un système minimal «parce que le ministre Thomas Mulcair nous a explicitement demandé un système qui ne touche pas tout le monde, qui ne touche pas les véhicules récents et qui n'est pas trop radical par son approche», explique Mme Larose. Mais cette stratégie, dit-elle, permet de mettre en place rapidement un premier système, «quitte à élargir sa portée progressivement», ajoute Mme Larose.

Jacques Béchard, directeur de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec (CCAQ), précise «qu'on pourrait chaque année ajouter une nouvelle catégorie de véhicule dans le programme», ce qui permettrait à la SAAQ d'apprivoiser doucement cette nouvelle responsabilité.

Selon Jacques Béchard, les concessionnaires et l'industrie sont d'accord avec un système universel, qui inclurait les véhicules de trois ans et plus, régi par un mandataire indépendant. «Tout le monde, y compris l'industrie, a avantage à ce que le marché des voitures usagées n'englobe plus les voitures mal entretenues: tout le monde achèterait des véhicules plus fiable, d'une valeur ajoutée.»

Mme Larose ajoute que l'obligation de faire certifier un véhicule pour le vendre inciterait bien des propriétaires à mieux l'entretenir. Mais, pour André Bélisle, cette stratégie évacue toute logique de prévention, car elle obligerait les gens à réparer après avoir pollué pendant des années: «On légaliserait ainsi cette pollution par un programme du ministère de l'Environnement: faut le faire!»






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  • Richard Weilbrenner
    Abonné
    mardi 26 février 2008 05h45
    La flotte!?
    « Votre flotte est un parc, et rien ne vous autorise à commettre une erreur aussi évidente. Vous nous avez habitués à des textes fort bien faits et du plus haut intérêt. Quand une langue est aussi menacée et malmenée que la nôtre, la prudence est de mise. Le mot "flotte" est une pollution langagière et constitue un danger pour l'intelligence du discours. Je vous en prie, Monsieur Francoeur, n'adoptez pas le comportement négligent que semblent vouloir privilégier les journalistes de la presse électronique.
    Richard Weilbrenner, Sutton »

  • Roger Ouellet
    Abonné
    mardi 26 février 2008 07h07
    Sécurité ou pollution
    « Ne devrait-on pas "courrir" après les véhicules qui présentent une menace directe et immédiate pour tout le monde soit les véhicules en très mauvais état mécanique ou dangereusement modifiés plutot que ceux qui sont une menace à long terme (polluants)?

    Aussi, tous ces avions qui nous amènent "en vacances dans le sud" ne polluent-ils pas tout autant? Sont-ils une nécessité?

    Quand on acceptera de considérer TOUS les éléments de pollution sur le même plateau de la balance quitte à changer nos habitudes des vacances lointaines, alors je consentirai à "achèterait des véhicules plus fiables" plutot que les véhicules qui me plaisent vraiment.

    On veut encore nous dire quoi faire, quoi acheter! Moi si je préfères rouler en Land Rover plutot qu'en Explorer, j'aimerais pouvoir exercer ce droit.

    Roger O.
    Beloeil »

  • Gérald Tremblay
    Abonné
    mardi 26 février 2008 07h45
    Pour une évaluation sérieuse de la pollution...
    « Si on veut vraiment être sérieux à propos de l'évaluation de la pollution des véhicules ,il faut le faire selon le principe " de poussière à poussière", c'est-à-dire de la conception du véhicule jusqu'à sa mise au rancart; on obtient alors des résultats étonnants.Selon cette méthode les véhicules de conception plus anciennes obtiennent des cotes de côuts environnementaux plus basses que les véhicules de conception plus récente .Aussi les hybrides obtiennent de très mauvaises cotes.
    Référence ; magazine Touring du CAA ,édition printemps 2008
    ainsi que le site du CNW Research www.cnwmr.com

    Toute évaluation de pollution qui mesure seulement la pollution au tuyau d'échappement est faussée au départ
    Gérald Tremblay
    Jonquière »

  • Yvon Bureau
    Abonné
    mardi 26 février 2008 08h58
    Honte sur Québec
    « C'est une honte lorsque Québec ne passe pas à l'action quant à l'inspection aux 2 ans des autos de plus de 6 ans.

    Je ne comprends pas encore pourquoi une telle inaction. »

  • Amadeus Olivier
    Inscrit
    mardi 26 février 2008 09h16
    Vivement une loi digne de ce nom
    « Qu'est-ce que le Québec attend pour mettre en place une loi qui retirerait des routes les véhicules les plus polluants ? Prenons exemple chez nos voisins Ontariens, où la délivrance d'un certificat d'immatriculation requiert obligatoirement qu'un véhicule, même récent, démontre sa conformité aux normes d'émissions. Et qu'est-ce que c'est que cette proposition de l'industrie qui interdirait de vendre un véhicule non-conforme mais permettrait à son propriétaire de le garder sans ni rien changer ? C'est n'importe quoi. D'un côté on parle de Kyoto, de l'urgence d'agir, mais de l'autre on tarde à mettre en place ce genre d'initiatives gouvernementales. Le Québec a dix ans de retard, faute de volonté politique. Qui pourrait s'objecter à ce genre de législation ? Les gouvernements ont-ils peur à ce point de perdre le vote d'une poignée de mécontents arriérés ? Je dis : inspection obligatoire à toute les année pour tous les véhicules de plus de 3 ans. »

  • Jean Brault
    Inscrit
    mardi 26 février 2008 11h50
    Encore des taxes...
    « Voilà encore un nouveau prétexte pour collecter des taxes sous formes de frais d'inspection en faisant travailler d'autres fonctionnaires restés trop longtemps sur la tablette. Ce genre de réglementation ressemble étrangement à des mesures coûteuses et exagérées. Je préconiserais plutôt d'appliquer des amendes sur la route par des policiers plus vigilants. En surveillant tout simplement les véhicules rongés par la rouille, les pneus trop usés et ceux qui émettent de la boucane noire et qui puent à un kilomètre à la ronde...Qu'on les envoie à la casse, çà ferait des dangers publics de moins sur la route et permettrait de diminuer les bouchons causés par les pannes mécaniques. »

  • Yvon Dionne
    Inscrit
    mardi 26 février 2008 15h31
    Des questions avant de sauter aux conclusions
    « Tout le monde veut contrôler tout en se servant de l'État et aussi, dans ce cas, des garagistes. Comme disait ou aurait dit Staline, on ne fait pas d'omelettes sans casser d'oeufs, et les oeufs, pour les véhicules, ce sont les consommateurs qui voient à leur entretien régulier.

    J'ai précisément un véhicule âgé de 12 ans ce printemps, sans rouille, en bon état, avec 160 000 km au compteur. C'est un Ford Ranger, 4 X 4. Déjà je devine les holà des évangélistes des changements climatiques. Mais je roule loin des villes et souvent dans des mauvaises routes et, en bon raisonnement d'économiste, j'essaie de rouler moins avec la hausse du prix du carburant même si c'est seulement un V6 de 3 l.

    Les propriétaires qui n'entretiennent pas leur véhicule sont souvent les premiers à en payer le coût. De plus, il est de la responsabilité des acheteurs de faire faire une inspection du véhicule. Si le coût de réparation devient plus élevé que le prix de vente, alors c'est bon pour la ferraille.

    Par ailleurs, il y a déjà des règles pour enlever les véhicules trop usagés de la route et qui peuvent être un danger pour les autres. À vrai dire, j'en rencontre rarement.

    Le problème le plus sérieux, ce sont les conducteurs qui conduisent imprudemment.

    Pour terminer, si on veut parler de pollution, la principale pollution qui existe est celle des idées qui conduisent à des solutions collectivistes diffusées fanatiquement par des empêcheurs de vivre.

    Yvon Dionne »

  • Dominic Pageau
    Abonné
    mardi 26 février 2008 16h54
    Encore les lobby qui veulent taxer
    « Mais dans le fond, quand on regarde ça, les concessionnaires sont gagnant dans tous les cas, de telles mesures vont faire mousser leur vente de pièce et de véhicule neuf. »

  • Pierre Véronneau
    Inscrite
    dimanche 2 mars 2008 21h04
    @ " Dominic Pageau"
    « Dans le fond Dominic si par une loi on peux empêcher des enfants et des gens agés de se présenter à l'hopital, surtout les jours de SMOG, en train de s'étouffer dans leur sécrétions eh ben ainsi soit-il... apparamment il ya des boût qui semblent t'échapper Dominic. Si jamais tu es assez homme et que tu veuilles venir avec moi à St-Justine un jour de SMOG c'est un rendez-vous.
    Pierre Véronneau
    pierre.veronneau@videotron.ca »

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