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A25: les secrets d'un PPP

Louis-Gilles Francoeur   21 novembre 2007  Environnement
Le contrat intervenu à la mi-septembre entre la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, et les promoteurs de l'autoroute 25 (A25) a été expurgé de centaines de lignes et paragraphes avant d'être déposé à l'Assemblée nationale en octobre.

Même le nom du véritable promoteur ou «commandité» n'y apparaît pas, ayant été masqué au gros crayon noir, juste à côté du nom du gestionnaire de chantier officiel, Concession A25.

Après avoir clamé que les partenariats public-privé seraient d'une transparence à toute épreuve, Québec et les partenaires privés de ce premier projet en PPP ont inscrit au contrat une clause de confidentialité de deux pages et demie.

Cette clause prévoit notamment que «le mandataire et les prêteurs de premier rang s'engagent à ne pas publier sans le consentement préalable du ministre des articles ou d'autres documents relatifs à un différend» découlant de l'application du contrat, qui engage plusieurs centaines de millions et qui pourrait faire l'objet de dépassements susceptibles de rompre l'harmonie actuelle entre les parties.

Ces dernières s'engagent aussi à ne pas communiquer le moindre «renseignement sur un tel différend» qui pourrait résulter de l'application du contrat, «sauf à des conseillers professionnels», à moins d'une autorisation de la ministre des Transports. Les parties peuvent déroger à ces clauses de confidentialité si l'application des lois et règlements les y oblige, ou les obligations en vertu des règles de l'Assemblée nationale.

C'est la ministre des Transports, Julie Boulet, qui a transmis l'énorme contrat de plus de 600 pages avec ses annexes au président de la Commission des transports et de l'environnement de l'Assemblée nationale, le 12 octobre dernier. La ministre avait un mois pour déposer ce contrat signé le 13 septembre dernier.

Dans cette lettre, qu'aucun des partis d'opposition n'a vu passer, la ministre Goulet précise qu'elle se conforme par ce dépôt officiel à l'article 10 de la Loi sur les partenariats public-privé.

Mais la ministre précise d'entrée de jeu les raisons qui justifient, selon elle, qu'un contrat, dont le dépôt public est exigé par la Loi sur les partenariats public-privé, ait fait l'objet d'une pareille censure.

«Cette entente, écrit la ministre Goulet, renferme notamment des renseignements et documents concernant la structure financière mise en place par le partenaire privé, dont les entités par lesquelles transitent les capitaux, de même que les taux d'actualisation, d'intérêts, de rendement financier ou encore le taux minimal de rendement interne des participations. Comme il s'agit de renseignements à caractère financier et commercial appartenant au partenaire privé, ceux-ci ont été soustraits de l'entente, le tout en conformité avec la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.»

Un voile de secret

Il a été impossible de connaître hier les circonstances de ce dépôt, mais une chose est sûre, même Gilles Taillon, l'adjoint au chef de l'opposition, Mario Dumont, a confirmé hier au Devoir qu'il n'avait jamais vu copie de ce contrat, ni même entendu parler de son dépôt à l'Assemblée nationale par qui que ce soit. Des écologistes de Montréal s'apprêtaient même, au cours des dernières semaines, à le réclamer en vertu de la Loi d'accès aux documents publics.

C'est le président de l'Agence des partenariats public-privé, Pierre Lefebvre, qui en a remis une copie au Devoir après avoir confirmé que le document était désormais public.

Pour le porte-parole officiel de l'opposition, cacher l'identité du principal promoteur dans cette affaire est «absolument inacceptable».

«C'est qui, ce partenaire secret? S'agit-il d'un bailleur de fonds du Parti libéral? Pourquoi tient-il à garder son identité secrète?», se demande le député Taillon? L'ADQ, dit-il, va tout faire en son pouvoir pour dissiper ce brouillard qui enveloppe déjà le pont et l'autoroute 25.

Le député Taillon a d'ailleurs précisé que son parti entendait obtenir des éclaircissements majeurs sur les révélations d'hier dans Le Devoir.

«Il faut, dit-il, que le gouvernement dépose le chiffrier ainsi que les taux d'actualisation» qui permettent à l'Agence des PPP de soutenir que la construction de la A-25 par le ministère des Transports coûterait plus cher que le projet en PPP. Les craintes de l'opposition ont d'ailleurs eu en écho hier les nombreuses critiques émises autant par le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain, que par le Conseil central de Montréal de la CSN, le Conseil régional de l'environnement de Montréal et le groupe Équiterre.

Les partenaires de l'A-25

Selon la version expurgée du contrat déposé à l'Assemblée nationale, c'est la Société générale de France, succursale canadienne, qui agit dans ce contrat à titre de prêteur de premier rang, suivie par la succursale new-yorkaise de la même banque française. On apprend aussi que Concession A25, présentée jusqu'ici comme le promoteur officiel, est une société en commandite créée en vertu des lois québécoises. Cette dernière est représentée au contrat par «un de ses commandités» — ce qui implique qu'il y en a au moins deux —, Concession A25 Financement 2 ltée, une société créée cette fois en vertu des lois fédérales.

C'est alors qu'on arrive à l'autre partenaire, le deuxième commandité dont le nom est biffé en dépit des engagements du gouvernement. Il pourrait même y avoir un troisième nom, selon la largeur des ratures.

Le «rapport d'analyse de la valeur ajoutée», un document rendu public lundi par l'Agence des PPP, précise que Concession A25 travaille avec la société Macquarie pour les finances, avec Kiewit-Parsons pour la conception et la construction, avec l'entrepreneur en exploitation et entretien Miller. Kiewit-Parsons confiera de son côté la conception à la firme québécoise Genivar, et son fournisseur en ciment sera Ciment Saint-Laurent. TransCore s'occupera du péage électronique.

Manque de transparence

De nombreux groupes ont réagi hier à l'analyse du professeur Pierre Hamel, de l'INRS-Urbanisation, qui soutenait dans Le Devoir que les bénéfices de ce contrat pourraient être beaucoup plus hypothétiques que ce que l'Agence des PPP soutient.

«Après avoir soustrait le projet de prolongement de l'autoroute 25 à une véritable évaluation d'impacts environnementaux qui aurait permis à la population de connaître l'ensemble des répercussions du projet sur les milieux naturels et humains, voici que le gouvernement du Québec retire à la population la possibilité de connaître les vrais coûts du projet en présentant une entente dont certains éléments financiers ont été raturés. Cette situation est totalement inacceptable et constitue un net recul en matière de gestion des fonds publics», affirmait le communiqué conjoint des quatre groupes.

«Québec doit faire preuve de transparence et laisser à la population le soin de juger par elle-même si la formule PPP et le prolongement de l'autoroute 25 sont souhaitables», expliquait de son côté Michel Ducharme, du Conseil régional de la FTQ.

Pour sa part, ajoutait Gaétan Chateauneuf, président du Conseil central de la CSN, «l'évaluation de Pierre J. Hamel, présentée aujourd'hui dans Le Devoir, et la divulgation d'une entente raturée nous montre l'absence de transparence au niveau financier de ce projet».






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  • Bernard Charron
    Abonné
    mercredi 21 novembre 2007 01h21
    Les PPP : une formule toujours pas apprivoisée !
    « Les autorités politiques et les administrateurs du domaine public qui envisagent s' adonner au PPP doivent, dans un premier temps, s'assurer qu'elles en maîtrisent les rudiments et la déontologie.

    Ainsi, dans le cas des contrats de PPP, les étudiants en administration publique des pays occidentaux, qui ont la chance d'analyser ce mode de production loin des débats idéologiques ou partisans, découvrent qu'un bien ou un service public d'intérêt général peut être utilement envisagé selon cette formule quand les conditions suivantes sont réunies.
    - Lorsqu'un contexte de nécessité, voire d'urgence, prévaut. Sa détermination relève des autorités politiques dans le cadre de la mission dont elles sont imputables.
    - Lorsque la substance du projet requiert un niveau élevé de technicité dont ne peut disposer l'administration pour des motifs d'opportunité ou de délais requis.
    - Lorsque les risques associés aux résultats visés peuvent être équitablement partagés.
    - Lorsqu'un projet nécessite des investissements importants au plan de l'infrastructure du service que la collectivité sera en mesure d'assumer dans la durée.
    - Lorsque le financement ultime d'un tel projet repose plus sur le « citoyen-contribuable » que sur le « citoyen-bénéficiaire » du service que l'infrastructure supporte.
    - Lorsque chacune des parties disposent de l'expertise pour négocier et contrôler dans la transparence l'exécution d'un tel contrat de partenariat.

    En résumé, lorsque le secteur public sait précisément ce qu'il veut en terme de service public et que des acteurs privés (à but lucratif ou non) sont mieux à même d'assurer la qualité et l'efficience de ce bien ou service d'intérêt collectif, que seuls les pouvoirs publics concernés.

    Autrement, toute alliance « public-privé » constitue un simple « joint-venture ». Celui-ci est souvent, malheureusement, plus ou moins transparent et précis entre acteurs qui poursuivent des objectifs, voire des intérêts extra service public.

    On peut se demander lesquelles de ces conditions étaient réunies dans les projets dits PPP annoncés au Québec au cours des derniers mois ? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 21 novembre 2007 03h31
    Notre gouvernement très provincial veut notre bonheur
    « Les PPP, c'est un bon moyen, pour un parti politique, d'aller, dans sa caisse électorale, chercher du foin.

    À ce moment ici comme le disait un ex premier-ministre du Canada, le Québécois n'a pas besoin de savoir ça. Le secret gouvernemental est une vertu qui empêche le Québécois de se choquer pour des petites choses, ce qui augmente son bonheur sur terre puisque "ce que l'on ne sait pas ne peut pas nous faire du mal". Notre bon gouvernement très provincial, Libéral, veille donc à notre bonheur collectif. »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    mercredi 21 novembre 2007 07h42
    Un pont: Pour transfèrer le bien public au amis du privé.
    « Dans certaines circonstances les PPP peuvent représenter un gain de productivité, à condition d'avoir un gouvernement au service de l intérêt supérieur du Québec. Le problème avec le PLQ au pouvoir c'est qu'il n' a aucune crédibilité à cet égard. Il nous appel à la vigilance car cette clique de petit politiciens provinciaux donne toutes les signes d'être d'abord au service de leur petits amis au détriment du bien public. La manoeuvre concernant la privatisation des ^profit des éolienne (7, 8 milliards sur 20 ans) en est un exemple; et RABASKA. Le Québec doit, de toute urgence se débarrasser de cette clique de petit gamiqueux sans envergure. »

  • poisson marie-michelle
    Inscrite
    mercredi 21 novembre 2007 08h13
    Et aucun moyen savoir si des élus ne sont pas directement en conflit d'intérêt ??!!
    « Et aucun moyen savoir si des élus ne sont pas directement en conflit d'intérêt ??!! »

  • Richard Larouche
    Inscrit
    mercredi 21 novembre 2007 08h15
    Libéréz-nous des libéraux!!!
    « Ce gouvernement qui joue dans notre dos doit disparaître le plus tôt possible. Où est la démocracie quand ils font tout à huit clos? Qu'arrivera-t-il entre autres à notre système de santé si nous les laissons gouverner (ou plutôt faire de l'à-plat-ventrisme devant des intérêts privés obscurs)? Vraiment, le slogan "Libérez-nous des libéraux" pourrait difficilement être plus pertinent! C'est du patronnage à la Duplessis... »

  • Claude Stordeur
    Abonné
    mercredi 21 novembre 2007 08h26
    Pourquoi devrions nous croire les yeux fermer
    « Que ce parti, frère de l'autre est pas occupé à nous passer un autre genre de commandite payante...
    Les PPP sont des sources de revenu pour le privé incroyable et bien malin qui peut savoir les avocasseries qui nous sont cachées.... »

  • Roger Dion
    Abonné
    mercredi 21 novembre 2007 10h26
    Charest ne change pas tou pour ses amis
    « Le gouvernement CHAREST n a pas changé. Nous l avons vu PRET A VENDRE UNE MONTAGNE A SES AMIS ,la centrale au gaz naturel RABASCA ,les P.P.P. pour 30, les pour les hôpitaux.
    Il faut que les gens réagissent, contre tous ses projets, avant qu il soit trop tard.
    ROGER DION »

  • Sylvain Racine
    Abonné
    mercredi 21 novembre 2007 13h22
    Je m'en fous
    « Encore une fois! Vraiment, les journalistes au Devoir font un excellent travail. Malheureusement, ce n'est certainement pas Gesca qui va gratter la question soulevée aujourd'hui par Francoeur, donc ça va rester sans écho.

    J'ai abandonné en ce qui concerne les Libéraux: je vis comme si j'étais sous un État fasciste et j'accepte le fait que je vis avec une majorité de la population qui n'a plus la devise "Je me souviens", mais plutôt JE M'EN FOU COMME DANS L'AN QUARANTE!

    LE Québec est vraiment passé depuis 2003 dans une phase "je m'en crisse" avec les babyboomers qui ont abdiqué. Puisque qu'ils se sont reproduit narcissiquement, la génération suivante est presque identique. Le seul but est d'avoir un "char" et de consommer.
    Et la génération entre les deux est représentée par Richard Martineau. Ça va mal à la shop! »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 21 novembre 2007 13h27
    Une nouvelle forme de patronage
    « Les partis politiques se raffinent. On ne parle plus de contrats pour des amis du régime mais de partenariat public-privé. Et on ne pourra plus débusquer les tricheurs qui s'empliront les poches avec l'argent des contribuables puisque les contrats seront tout sauf transparents. Le gouvernment du peuple par le peuple nous a-t-on chanté.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Gilles Baillargeon
    Inscrit
    mercredi 21 novembre 2007 16h21
    Le partage des revenus.
    « Il est clair que le seul objectif des PPPs est un meilleur partage des revenus. Ainsi, le gouvernement, par son impôt et ses taxes, peut prélever l'argent ds classes moyenne et sous la moyenne pour la remettre au plus riche. »

  • hebert Euclide hebert
    Inscrit
    mercredi 21 novembre 2007 16h21
    les ppp une formule tres comlexe qu.il faut absolument controler !
    « je crois a cette formule, mais je me demande ci nos dirigeant
    capable de controler et administree ces nouvelles avenue.
    je me demande aussi ci cela ne serait une forme de patronage,
    j'espere que non !
    heberte@videotron.ca »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 21 novembre 2007 17h58
    Ministre imputable financièrement
    « Les projets PPP n'offriront la transparence annoncée par le gouvernement libéral quand le ministre responsable sera tenu personnellement responsable des tricheries des partenaires privés. D'ici là « Vas-y mon « chum », empoche l'argent des contribuables et tu ne seras pas inquiété. »
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Daniel Francoeur
    Inscrit
    mercredi 21 novembre 2007 19h59
    Détournement de fonds en vue ?
    « Le gouvernement libéral contourne la loi sur l'administration publique en imposant pas de reddition de compte et de transparence à cette nouvelle création. Pire encore, il se sert de la loi sur la protection des renseigements personnels pour justifier cet obscurantisme. Wow ça c'est un vrai mépris des citoyens et de leurs institutions parlementaires ! Est-ce que, plus tard, une commission d'enquête révélera le coulage de milliards via un réseau de magouilleurs qui aura utilisé cette faille. »

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