Et si les bons vieux sacs de plastique étaient les plus écologiques?
Vous rêvez de voir votre épicier emballer vos achats dans des sacs de plastique biodégradables ou compostables, comme plusieurs petits commerçants le font depuis quelque temps pour bien marquer leur adhésion à la protection de l'environnement? Erreur, car le bon vieux sac de plastique constitue jusqu'à nouvel ordre une solution plus écologique que ces nouveaux sacs que vous mettez méticuleusement au recyclage en pensant oeuvrer pour la sauvegarde de la planète.
C'est ce qu'on apprend à la lecture d'une étude inédite, réalisée au cours de l'année par le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) pour le compte de Recyc-Québec. Cette étude, dont Le Devoir a obtenu copie, sera divulguée début décembre par Recyc-Québec, qui publiera à la même occasion les conseils ou les «orientations» qu'il entend adresser aux entreprises souhaitant se singulariser en mettant sur le marché les nouvelles merveilles compostables ou biodégradables.
L'étude en question indique en effet que les sacs compostables fabriqués sous l'étiquette EcoFilm et BioBag ne doivent en aucun cas être placés dans le bac de recyclage parce qu'ils «ne sont pas compatibles avec la filière traditionnelle du recyclage du plastique».
Ces sacs sont en effet constitués d'un plastique fait à base d'amidon de maïs ou de pomme de terre. Il en est de même pour les sacs biodégradables comme le NeoSac, fait d'un plastique ordinaire dans lequel on introduit un additif qui permet de le dégrader en quelques semaines sous l'action de la chaleur et des oxydants chimiques présents dans les sites d'enfouissement.
Ces deux types de sacs, compostables et oxo-biodégradables, contaminent en quelque sorte les stocks de plastique traditionnel que les municipalités récupèrent et qui sont recyclés pour fabriquer de nouveaux produits. Il ne faut donc pas placer ces nouveaux plastiques dans les bacs de recyclage, car on introduit alors dans les stocks de plastiques recyclés des molécules soit incompatibles, soit, pis encore, liées à des additifs qui vont rendre chimiquement instables les plastiques qu'on veut recycler, ce qui pourrait altérer leur valeur économique.
Devant ces faits, il vaut mieux s'en tenir aux bons vieux sacs de plastique traditionnels, qu'on peut sans problème envoyer au recyclage, où ils ne compromettront pas les efforts de récupération des municipalités, expliquait hier soir au Devoir Jeannot Richard, de Recyc-Québec.
Évidemment, on peut faire mieux en utilisant pour ses courses un sac à dos ou un sac en tissu solide et réutilisable, ce qui évite de recourir aux sacs de plastique, toutes catégories confondues.
Il existe cependant un type de sac oxo-biodégradable qui trouve grâce dans cette étude du CRIQ. Ce sac est compatible avec la filière du plastique recyclé, dont il ne compromet pas la stabilité chimique par un vieillissement accéléré.
Il s'agit des sacs fabriqués par la société EPI de la région de Vancouver, qui contient l'additif TDPA (Totally Degradable Plastic Additive). Selon l'étude du CRIQ, ce type de sac, même mêlé à des plastiques traditionnels, ne provoque pas leur vieillissement accéléré. Cependant, s'il est jeté aux ordures, il a l'avantage de se décomposer, comme le NeoSac, entre 90 et 120 jours, ce qui est nettement mieux que le plastique conventionnel, qui peut résister à la décomposition dans un site d'enfouissement pendant plus de deux siècles.
Caractéristiques différentes
Les «orientations» que Recyc-Québec envisage de promulguer en décembre pourraient bien fortement inciter les commerçants à ne pas distribuer aux consommateurs des sacs compostables comme l'EcoFilm et le BioBag afin que ces sacs ne soient pas envoyés au recyclage. Selon l'étude, le plastique qui résulterait de leur mélange perdrait ses propriétés de fusion, de moulage facile et de résistance au déchirement. Dans quelques années, ces sacs seront par contre la solution idéale, selon Jeannot Richard, pour la récupération des déchets putrescibles, car leur dégradation rapide dans un système de compostage rendra inutile toute manipulation. Ils vont en effet se composter aussi vite que les déchets de table qu'ils vont contenir.
Quant aux oxo-biodégradables, le NeoSac est celui qui pose problème car, a expliqué M. Richard, on ne doit pas l'envoyer au recyclage afin de ne pas contaminer les stocks de plastiques traditionnels récupérés. Il ne doit pas non plus aller aux composteurs municipaux en voie de planification parce qu'ils peuvent contenir des molécules toxiques dont on ne veut pas dans les composts destinés aux champs où on fera pousser des aliments.
Reste les oxo-biodégradables EPI. Ils ont la propriété de se décomposer en moins de quatre mois dans un site d'enfouissement si on les jette aux déchets et peuvent aussi être placés dans le bac vert sans contaminer la filière du recyclage des plastiques traditionnels.
C'est cette dernière solution, qui permet soit le recyclage, soit une biodégradation rapide, qu'a désormais décidé de retenir la société Transcontinental, qui distribue chaque semaine 4,6 millions de publi-sacs à travers le Québec, précisait hier sa porte-parole, Nissa Premdergast. Les nouveaux publi-sacs pourront donc être jetés aux déchets ou dans le bac de recyclage, ce que confirme l'étude du CRIQ.
Un problème de mode
C'est la multiplication des formules chimiques dans le lucratif marché des sacs de plastique et les volumes croissants de ce type de déchet qui ont incité Recyc-Québec à s'interroger sur les impacts de ces nouveaux produits dans les filières de recyclage. Selon les statistiques de Recyc-Québec, chaque année au Québec, on utilise deux milliards de sacs faits de plastiques divers.
Si le phénomène des nouveaux sacs était demeuré marginal, a expliqué Jeannot Richard, les impacts ne seraient pas inquiétants. Mais la volonté des sociétés commerciales de se distinguer en se donnant une image de marque sur le plan environnemental a entraîné un problème d'une grande complexité, dont les impacts économiques seront considérables le jour où les stocks de plastiques recyclés perdront tellement de valeur qu'il faudra tout bonnement les jeter, une perte sociale difficilement justifiable.
Les sacs compostables, fabriqués à partir des bases chimiques EcoFilm et BioBag, peuvent désormais se qualifier en fonction d'une norme créée au cours de la dernière année par le Bureau de normalisation du Québec. Ces sacs compostables, fabriqués avec de l'amidon de maïs ou de pomme de terre, sont en théorie les plus sains de tous, car ils ne contiennent pas de toxiques comme on en trouve souvent dans les oxo-biodégradables. Cependant, les sacs compostables coûtent en général plus cher que les oxo-biodégradables, mais leur utilisation future pour la collecte des déchets putrescibles reviendra globalement moins cher que si on devait crever et vider, manuellement ou mécaniquement, des sacs de plastique classiques, impossibles à composter.
À l'heure actuelle, une seule ville québécoise, soit Huntingdon, a décidé d'interdire la distribution de sacs de plastique sur son territoire. Ces derniers jours, c'est à Londres que ce débat s'est porté, car on y discute ferme de la possibilité d'y interdire les sacs de plastique classiques afin de diminuer le tonnage des déchets et réduire l'utilisation des produits pétroliers à la base de ces produits.
C'est ce qu'on apprend à la lecture d'une étude inédite, réalisée au cours de l'année par le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) pour le compte de Recyc-Québec. Cette étude, dont Le Devoir a obtenu copie, sera divulguée début décembre par Recyc-Québec, qui publiera à la même occasion les conseils ou les «orientations» qu'il entend adresser aux entreprises souhaitant se singulariser en mettant sur le marché les nouvelles merveilles compostables ou biodégradables.
L'étude en question indique en effet que les sacs compostables fabriqués sous l'étiquette EcoFilm et BioBag ne doivent en aucun cas être placés dans le bac de recyclage parce qu'ils «ne sont pas compatibles avec la filière traditionnelle du recyclage du plastique».
Ces sacs sont en effet constitués d'un plastique fait à base d'amidon de maïs ou de pomme de terre. Il en est de même pour les sacs biodégradables comme le NeoSac, fait d'un plastique ordinaire dans lequel on introduit un additif qui permet de le dégrader en quelques semaines sous l'action de la chaleur et des oxydants chimiques présents dans les sites d'enfouissement.
Ces deux types de sacs, compostables et oxo-biodégradables, contaminent en quelque sorte les stocks de plastique traditionnel que les municipalités récupèrent et qui sont recyclés pour fabriquer de nouveaux produits. Il ne faut donc pas placer ces nouveaux plastiques dans les bacs de recyclage, car on introduit alors dans les stocks de plastiques recyclés des molécules soit incompatibles, soit, pis encore, liées à des additifs qui vont rendre chimiquement instables les plastiques qu'on veut recycler, ce qui pourrait altérer leur valeur économique.
Devant ces faits, il vaut mieux s'en tenir aux bons vieux sacs de plastique traditionnels, qu'on peut sans problème envoyer au recyclage, où ils ne compromettront pas les efforts de récupération des municipalités, expliquait hier soir au Devoir Jeannot Richard, de Recyc-Québec.
Évidemment, on peut faire mieux en utilisant pour ses courses un sac à dos ou un sac en tissu solide et réutilisable, ce qui évite de recourir aux sacs de plastique, toutes catégories confondues.
Il existe cependant un type de sac oxo-biodégradable qui trouve grâce dans cette étude du CRIQ. Ce sac est compatible avec la filière du plastique recyclé, dont il ne compromet pas la stabilité chimique par un vieillissement accéléré.
Il s'agit des sacs fabriqués par la société EPI de la région de Vancouver, qui contient l'additif TDPA (Totally Degradable Plastic Additive). Selon l'étude du CRIQ, ce type de sac, même mêlé à des plastiques traditionnels, ne provoque pas leur vieillissement accéléré. Cependant, s'il est jeté aux ordures, il a l'avantage de se décomposer, comme le NeoSac, entre 90 et 120 jours, ce qui est nettement mieux que le plastique conventionnel, qui peut résister à la décomposition dans un site d'enfouissement pendant plus de deux siècles.
Caractéristiques différentes
Les «orientations» que Recyc-Québec envisage de promulguer en décembre pourraient bien fortement inciter les commerçants à ne pas distribuer aux consommateurs des sacs compostables comme l'EcoFilm et le BioBag afin que ces sacs ne soient pas envoyés au recyclage. Selon l'étude, le plastique qui résulterait de leur mélange perdrait ses propriétés de fusion, de moulage facile et de résistance au déchirement. Dans quelques années, ces sacs seront par contre la solution idéale, selon Jeannot Richard, pour la récupération des déchets putrescibles, car leur dégradation rapide dans un système de compostage rendra inutile toute manipulation. Ils vont en effet se composter aussi vite que les déchets de table qu'ils vont contenir.
Quant aux oxo-biodégradables, le NeoSac est celui qui pose problème car, a expliqué M. Richard, on ne doit pas l'envoyer au recyclage afin de ne pas contaminer les stocks de plastiques traditionnels récupérés. Il ne doit pas non plus aller aux composteurs municipaux en voie de planification parce qu'ils peuvent contenir des molécules toxiques dont on ne veut pas dans les composts destinés aux champs où on fera pousser des aliments.
Reste les oxo-biodégradables EPI. Ils ont la propriété de se décomposer en moins de quatre mois dans un site d'enfouissement si on les jette aux déchets et peuvent aussi être placés dans le bac vert sans contaminer la filière du recyclage des plastiques traditionnels.
C'est cette dernière solution, qui permet soit le recyclage, soit une biodégradation rapide, qu'a désormais décidé de retenir la société Transcontinental, qui distribue chaque semaine 4,6 millions de publi-sacs à travers le Québec, précisait hier sa porte-parole, Nissa Premdergast. Les nouveaux publi-sacs pourront donc être jetés aux déchets ou dans le bac de recyclage, ce que confirme l'étude du CRIQ.
Un problème de mode
C'est la multiplication des formules chimiques dans le lucratif marché des sacs de plastique et les volumes croissants de ce type de déchet qui ont incité Recyc-Québec à s'interroger sur les impacts de ces nouveaux produits dans les filières de recyclage. Selon les statistiques de Recyc-Québec, chaque année au Québec, on utilise deux milliards de sacs faits de plastiques divers.
Si le phénomène des nouveaux sacs était demeuré marginal, a expliqué Jeannot Richard, les impacts ne seraient pas inquiétants. Mais la volonté des sociétés commerciales de se distinguer en se donnant une image de marque sur le plan environnemental a entraîné un problème d'une grande complexité, dont les impacts économiques seront considérables le jour où les stocks de plastiques recyclés perdront tellement de valeur qu'il faudra tout bonnement les jeter, une perte sociale difficilement justifiable.
Les sacs compostables, fabriqués à partir des bases chimiques EcoFilm et BioBag, peuvent désormais se qualifier en fonction d'une norme créée au cours de la dernière année par le Bureau de normalisation du Québec. Ces sacs compostables, fabriqués avec de l'amidon de maïs ou de pomme de terre, sont en théorie les plus sains de tous, car ils ne contiennent pas de toxiques comme on en trouve souvent dans les oxo-biodégradables. Cependant, les sacs compostables coûtent en général plus cher que les oxo-biodégradables, mais leur utilisation future pour la collecte des déchets putrescibles reviendra globalement moins cher que si on devait crever et vider, manuellement ou mécaniquement, des sacs de plastique classiques, impossibles à composter.
À l'heure actuelle, une seule ville québécoise, soit Huntingdon, a décidé d'interdire la distribution de sacs de plastique sur son territoire. Ces derniers jours, c'est à Londres que ce débat s'est porté, car on y discute ferme de la possibilité d'y interdire les sacs de plastique classiques afin de diminuer le tonnage des déchets et réduire l'utilisation des produits pétroliers à la base de ces produits.
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